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Anecdote pour anecdote, l’épreuve de la danse est en tout cas d’une brûlante actualité au Mali. Les rapports successifs du Végal montrent que partout les prédateurs ont pignon sur rue : 360 milliards de FCFA ont été dilapidés en cinq ans dont seulement dix ont été recouvrés. On dirait que plus on contrôle plus on bouffe, plus il y a de structures de contrôle plus on s’en donne à cœur joie. Le comble est que chaque année les montants détournés vont crescendo. D’une soixantaine au départ, on se retrouve aujourd’hui à 112 milliards. A quelque niveau de responsabilité, pour peu qu’on ait une caisse, requins, caïmans, piranhas boivent comme des sangsues le sang du peuple. Et la gabegie n’est pas près de s’arrêter.

C’est la faute à l’impunité parce qu’ATT a dit de ne pas humilier les voleurs, de leur demander de restituer en douce ce qu’ils ont volé. Ils ne doivent même pas apparaître à la télé portant au cou l’ardoise de l’infamie comme cela se faisait pendant la révolution culturelle au temps de Mao Zedong. De toute façon, les Maliens sont de grands bouffeurs d’argent et ils ont toujours vécu au dessus de leurs moyens. Celui qui gagne 100 000 FCFA par mois fera des dépenses de 200 000 francs. Comment entretenir sa maîtresse, lui payer une Jakarta sinon qu’à puiser allègrement dans les caisses du service. De toute façon, celui qui détourne un milliard, il en rembourse cent millions et il est mis en liberté provisoire. Chacun sait qu’au Mali, liberté provisoire égale liberté définitive. La preuve en est que les irréductibles du Coppo embastillés au temps de Alpha sont toujours en liberté provisoire et ils participent à l’élection présidentielle.

Ainsi, chaque année, d’importantes sommes d’argent sont dissipées qui ne seront jamais récupérées. Elles passeront tout bonnement par profit et perte. De Modibo à ATT c’est une somme astronomique qui s’est volatilisée dans la nature hypothéquant le devenir de tout un peuple. Pourtant, chacun des régimes successifs qui ont eu à diriger le Mali a lutté à sa manière contre le fléau de la corruption. Avec plus ou moins de bonheur. Cette lutte fut spectaculaire chez les uns, timorée chez les autres. A chaque coup cependant l’hydre pointait sa tête.

Sous le président Modibo Kéïta, à côté de l’opération taxi au stade omnisports, un slogan était à la mode qui était régulièrement diffusé sur les antennes de Radio-Mali. Il disait que « trois voleurs sont recherchés par la police : les bandits qui attaquent la nuit, les commerçants qui font du trafic et les clients des trafiquants. Toi, quelle sorte de voleur es tu ? ». Quoiqu’on dise du généralissime Moussa Traoré, il avait pris à bras le corps la lutte contre la corruption dont le summum fut la montée de son ministre des finances Soumana Sako au front pour traquer le trafic d’or. Moussa ira jusqu’à créer une commission nationale de lutte contre les crimes d’enrichissement illicite. Il lui a fallu beaucoup de courage pour faire passer à la trappe la tristement célèbre bande des trois composée des colonels Kissima Doukara, Tiécoro Bagayogo et Karim Demblélé.

Les juges de la cour de sûreté de l’Etat ont reproché à Kissima le détournement à lui seul de la bagatelle de 13 milliards de francs maliens. Interrogé sur l’origine de ses biens, l’ancien ministre de la défense avait sèchement dit à Moussa Traoré dans le bureau de ce dernier à la maison du peuple qu’en tant que Maraka bon teint, il menait déjà ses propres affaires avant d’être recruté dans l’armée ! Alpha était plutôt préoccupé par le sida et traqué par les copposants et les étudiants qui ont failli mettre son régime en péril. Avec ATT c’est une autre paire de manche. Avec lui, on est loin d’une thérapie de choc car il se comporte comme un acupuncteur qui soigne son malade à dose homéopathique. Si le peuple réclame des châtiments sévères en même temps que le remboursement des sous, sous son règne, la lutte contre la corruption est devenue opaque, comme un écran de fumée. En tout cas, quelque chose qui ressemble au règne de l’impunité parallèlement à la recrudescence du fléau. Certes que tous les chemins mènent à Rome mais il y a des chemins plus courts que d’autres.

Mamadou Lamine DOUMBIA

25 aout 2010