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Dans la mythologie grecque on dit que le phénix est un oiseau fabuleux qui, après avoir vécu plusieurs siècles, se brûle lui-même sur un bûcher pour ensuite renaitre de ses cendres. Avouons que de nos jours peu d’hommes ont le sens du hara-kiri. L’éros, comme le dit le philosophe est plus développé que le thanatos (instinct de mort).

Chacun veut vivre cent ans quitte à se procurer l’élixir de vie éternelle. Pour cela, il faut aller chez les charlatans du moyen âge qui prétendaient transformer le métal en or en fabriquant la pierre philosophale. Aujourd’hui, le phénix se ramène à la dimension d’un homme exceptionnel, un oiseau rare qu’on cherche dans les branches sans le trouver.

Nul n’est indispensable, parait-il, mais le retour récent de Djonké Diarra à la tête des impôts est un phénomène qui ne peut passer inaperçu. Après avoir fait seulement un an au dehors, il revient en force comme pour dire : « J’y suis, j’y reste« . Il y a des signes qui ne trompent pas. Ayant régulièrement dépassé les objectifs de recettes du gouvernement, il ne pouvait longtemps rester en chômage technique alors que le pays est plongé dans une crise profonde par la faute des bailleurs de fonds qui ont coupé le robinet. Ce retour triomphal indique au contraire que l’homme a été victime de l’arbitraire d’un régime à bout de souffle qui voulait coûte que coûte loger un de ses ouailles.

Or, dit-on, on ne change pas une équipe qui gagne. Malheureusement, le beau frère national qu’on a mis à sa place fait aujourd’hui les frais du népotisme au plus haut sommet de l’Etat. Du Pamori (Projet de Mobilisation des Ressources Intérieures) un projet canadien qu’il a dirigé de main d’expert en passant par la direction générale du trésor et de la comptabilité publique, Djonkè a fait la preuve qu’il est un gourou de la haute finance. Mieux encore, il est le grand Manitou des impôts qu’il connaît comme le fond de sa poche.

Les Canadiens tiennent à lui comme à la prunelle de leurs yeux. D’aucuns disent d’ailleurs que c’est l’homme des Canadiens. Parce qu’il se comporte comme un trappeur qui chasse le grizzli dans les territoires du Nord-Est. En quête de fourrure pour se mettre à chaud, peu importe l’épaisseur de la glace du pôle arctique qu’il brise comme un brise-glace soviétique.

La valse des cadres méritants orchestrée par des ministres aventuriers est devenue une épidémie qui fait des ravages dans ce pays. En particulier, les gouvernements de mission mis en place après ATT se sont tout simplement transformés en gouvernements de nomination. Pour caser ses petits copains et ses petits coquins, partout on assiste à la chasse aux sorcières.

Chaque mercredi on tend l’oreille pour écouter une longue litanie de promotions et de limogeages. Chaque nouveau ministre croit devoir faire place nette en chassant les autres comme des malpropres. Aussi, à la veille de chaque conseil des ministres, chefs de cabinet, chargés de mission, secrétaires généraux et de façon générale tous ceux qui détiennent un strapontin tendent-ils l’oreille pour savoir demain, à quelle sauce ils seront mangés. Les chargés de mission (communication) sont les plus menacés.

Leur sort ne tient qu’à un fil. Le maître de Ceans parti qu’attendent-ils par plier bagage? Mais le mal vient d’en haut. Dans quel pays du monde a-t-on vu un premier ministre s’entourer de trois conseillers spéciaux avec rang de ministre ? C’est la preuve, en tout cas, que le clientélisme a bon dos. Passe encore la nomination de ministres d’Etat (une pratique désuète dans une démocratie) que signifie la création d’un département aussi saugrenu que le ministère des affaires religieuses et du culte ? Pour nous enfoncer davantage dans les querelles confessionnelles dont on en a déjà marre ?

Pourquoi la nomination dans tous les départements de cerbères improprement appelés « hauts fonctionnaires de défense » parce qu’ils se tordent le pouce, ils n’ont rien à faire dans les cabinets. Nous sommes, en temps de guerre, ces hauts gradés ont plutôt leur place au front. Par contre on connaît l’utilité des médecins-colonels qui officient dans de grands hôpitaux comme le Point G, le Gabriel Touré, l’ex-Institut Marchoux. Ils sont sur un autre front de la guerre en sauvant des vies humaines. Attention aux dérapages !

Bon vent, Djonké Diarra et que l’argent coule à flot.

Mamadou Lamine DOUMBIA

17 Octobre 2012