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Pour les honneurs, le prestige et l’argent, chacun veut s’accaparer du pouvoir, même s’il faut pour cela, passer sur le cadavre des autres et pourtant il ne fait pas bon de dormir sous les lambris dorés du palais présidentiel de Koulouba. Le pauvre, dans sa chaumière ne veut plus se contenter de son sort et regarde avec une grande envie la parade de ceux qui battent le haut du pavé.

C’est comme dans la parabole de Lazare ramassant par terre les miettes qui tombent de la table du riche. Mais ceux qui sont pauvres comme Job oublient que l’eldorado, la colline du pouvoir, à l’heure des grandes épreuves, peut se transformer en un véritable enfer pour son hôte. A cela il faut ajouter que le pouvoir tour à tour enivre, grise et use celui qui l’exerce. Pire, selon Montesquieu, «il corrompt et corrompt absolument».

Le prédécesseur d’ATT, le généralissime Moussa Traoré, avait déjà fait en son temps l’amère expérience de la vie au bunker présidentiel. Jusqu’à l’arrestation de la tristement célèbre « bande des trois » le 28 février 1978 Moussa, en effet, ne dormait plus que d’un œil.

Sur les décisions importantes il était toujours mis en minorité par la clique Kissima – Tiécoro – Karim Dembélé au sein du comité militaire dont la règle de fonctionnement était un homme, une voix. Il finit par imaginer la thèse du coup d’Etat pour éliminer des gens qui, pensait-il, voulaient lui faire la peau. Plus tard ATT lui-même sera considéré comme un pustchiste virtuel et évacué en France pour faire des études militaires.

Aujourd’hui encore et plus qu’hier, le syndrome du palais hante le maître de céans. Koulouba n’est plus une sinécure. C’est plutôt un asile hanté. A force d’imagination mille fantômes surgissent la nuit des catacombes pour couper court au sommeil du juste.

ATT ne vit, certes, pas dans la hantise d’un coup d’Etat mais il ne ronfle plus comme à l’accoutumée. Coincé entre les bandits armés de Bahanga et une opinion publique qui le presse de faire la guerre, il semble avoir désormais la retraite coupée et tous ses chemins pris. Il panique vite, tire à hue et à dia, traite tout le monde d’ennemi de la paix.

Pire, aujourd’hui quand, il dit « tchu« , demain il dit « tcha » Comment comprendre, en effet, qu’un homme qui affirmait hier après l’attaque de Nampala ne pas vouloir compter ses morts, s’accroche aujourd’hui à l’accord d’Alger comme à la sainte Bible ?

Les raisons de la colère ? Il l’a dit à Kayes lors de la biennale artistique et culturelle « je suis critiqué par certains Maliens impossibles. J’ai encaissé des critiques parfois acerbes et même méchantes parce que chacun fait sa guerre à sa manière et dans sa petite tête. Ceux qui sont fâchés, qu’il viennent à Bamako demain, je leur donnerais une arme, il n’auront qu’à aller se battre ».

On peut parier que tous les Maliens sont volontaires pour relever ce défi lancé par le président de la République. Qui n’est que désormais seul dans le camp du refus. Seul problème : comment pénétrer dans une forteresse férocement gardée par des cerbères armés jusqu’aux dents ? Or, surtout en pareille circonstance, mieux vaut avoir à faire à Dieu qu’à ses saints.

Qu’il sache, en tout cas, que ce sont ses cousins, les Coulibaly et les Sissoko (ô, qu’ils sont fatigués au Mali ces gens-là), qui sont les plus fâchés. Ils seront certainement au premier rang du recrutement pour aller faire la peau à Bahanga et à sa troupe de narcotrafiquants. Et pour finir, c’est au président (qui a repris IBK) de «savoir raison garder».

Car il y a un temps pour tout, surtout pour les envolées lyriques, les formules à l’emporte-pièce, les propos mi-figue, mi-raisin, le chaud et le froid, la carotte et le bâton etc. L’heure est grave. La patrie est en danger.

Mamadou Lamine DOUMBIA

14 Janvier 2009