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Sa conduite exemplaire avait conquis tout le monde, la face cachée de sa vie n’en est que plus incroyable.

Les faits se sont déroulés ici à Bamako, dans un quartier de la périphérie. Au centre de cette histoire qui se finit mal se trouve MD, que ses amis et proches connaissent surtout par le surnom de « Doum« . Le jeune homme est natif de Bamako, mais ses vraies racines se trouvent dans un village situé à environ une centaine de kilomètres de la frontière de la Guinée.

Alors que Doum était adolescent, ses parents décidèrent de le renvoyer au terroir. Tout simplement parce que le garçon se révélait comme un élément turbulent, pratiquement incontrôlable. Le père escomptait qu’une bonne dose d’éducation traditionnelle et un éloignement prolongé des tentations de la capitale assagiraient son rejeton.

L’exil de Doum s’étendit sur presque une décennie. Un beau jour, le jeune homme qui estimait que son recyclage avait assez duré appela son père pour lui dire qu’il souhaitait revenir à Bamako. Le vieux, plutôt méfiant mais qui n’avait pas de raison d’opposer un refus catégorique à la requête de son fils, essaya de gagner du temps en enjoignant à son Doum « d’attendre un moment », le temps pour lui de mûrir sa décision finale.

Doum obtempéra, mais comme il ne recevait aucun signe de son père, il finit par perdre patience et se décida à se rendre à Bamako sans attendre le consentement paternel.

UN TRES LOURD SECRET :

Un dimanche, il débarqua donc en famille à la surprise générale. « J’en avais marre du village, il fallait que je vienne en ville pour mettre un peu d’ordre dans ma vie, car j’ai trop souffert là bas« , se justifia le jeune homme. Ne pouvant pas le faire retourner au village de force, le père fit contre mauvaise fortune bon cœur. Il fit construire dans sa concession un petit bâtiment où s’installa le revenant.

Durant un bon moment, Doum ne fit aucun effort pour se trouver du travail. Il passait ses jours à prendre du thé avec un ami, lui également chômeur. Puis sans que personne ne puisse expliquer son changement d’attitude, le jeune homme se mit à la recherche d’un emploi. On aurait dit que la chance n’attendait que cela pour lui sourire. Un GIE spécialisé dans le ramassage d’ordures le recruta pour la supervision de ses opérations de collecte dans le quartier.

Doum se montra plus qu’exemplaire dans sa nouvelle responsabilité et sa bonne conduite lui valut rapidement un bon salaire. Ce qui permit à Doum d’économiser de quoi se lancer dans le commerce pour son propre compte. Le jeune homme choisit d’entrer dans le négoce des tissus et c’est ainsi qu’il commencera à voyager entre le Mali, la Guinée, le Togo et le Sénégal.

Doum était dans cette activité là depuis trois ans environ lorsque lors d’un de ses multiples voyages il rencontra une jeune fille du nom de RK. dite Rose. Ce qui semblait au début une liaison sans lendemain se transforma au fil du temps en un amour passionné. Tout le quartier assistait bouche bée à cette idylle et s’étonnait de la parfaite entente entre les deux tourtereaux.

Rose avait pris l’habitude de venir passer le week-end chez Doum et adoptait alors le comportement de la parfaite épouse et de la belle-fille exemplaire. Elle préparait les repas, nettoyait les ustensiles de cuisine de sa belle-mère, faisait pratiquement tous les travaux ménagers de la concession. Même ses beaux-parents virtuels qui n’appréciaient pas au début sa présence avaient fini par l’apprécier.

Le voisinage, qui lui aussi n’avait pas manqué de commentaires perfides sur l’absence de statut de la fille, s’était laissé séduire par la conduite exemplaire de Rose. Celle-ci au bout de deux ans avait pratiquement déménagé chez Doum. Ce dernier ne parlait pas de mariage, mais il ne manquait de chanter les louanges de sa compagne chaque fois que l’occasion lui en était donnée. Personne ne se doutait du lourd secret que cachait la jeune femme.

Cette dernière menait une double vie des plus étonnantes. Cela à l’insu de son « conjoint » et des parents de ce dernier qui l’appréciaient tant. Chaque fois que son concubin s’absentait de la maison pour reconstituer ses stocks de marchandises, Rose se rendait dans des endroits pas très honorables pour une femme et s’y adonnait à ce qu’on pourrait appeler pudiquement des « activités nocturnes lucratives« .

LE VA ET VIENT DES CLIENTS :

Elle trouvait un prétexte pour s’absenter et n’éveillait aucun soupçon dans son entourage, puisque les parents de Doum lui accordaient une confiance aveugle. Mais une nuit, la chance abandonna notre dame. La fatalité prit l’apparence d’un des frères de Doum, un dénommé Yaya. Ce dernier, qui fréquentait un des lieux où officiait sa belle-sœur, tomba sur celle-ci par le plus grand des hasards. Rose se confondit en explications embarrassées et demanda à son « beau-frère » de ne rien dire à son conjoint.

Elle alla jusqu’à proposer une rétribution régulière à Yaya en échange de sa « couverture« . Après une courte hésitation, le témoin gênant qui avait des besoins constants d’argent accepta ce deal fort peu moral. Tout allait donc pour le mieux dans le plus faux des mondes jusqu’au jour où une dispute éclata entre les deux complices. Sans rien laisser voir de ses intentions, Yaya se jura de tout dévoiler à son grand frère au retour de voyage de ce dernier. Ainsi fit Yaya.

Pour Doum, le coup fut affreux à encaisser. Il résista tout d’abord à l’envie de passer à tabac son cadet. Car pour lui sa compagne était au-dessus de tout soupçon. Puis il reprit suffisamment de sang-froid pour réfléchir à la meilleure manière d’en avoir le cœur net. Il se garda bien de laisser voir à Yaya le fond de sa pensée. Mais il avait déjà son plan en tête. Très discrètement, il enquêta à l’adresse que lui avait donnée son jeune frère. Un des employés de l’endroit qui lui avait été indiqué comme étant le grin de Rose lui confirma qu’effectivement, la fille fréquentait assidûment les lieux.

Doum passa donc à la deuxième partie de son plan. Il annonça à sa famille et à sa compagne qu’il lui fallait repartir en voyage plus tôt que prévu et indiqua que son absence durerait au moins deux semaines.
En réalité, Doum ne quitta pas Bamako. Il alla passa la journée chez un ami à Faladié et à la nuit tombée, il revint chez lui, expliquant à ses parents qu’une panne de véhicule l’avait obligé à rebrousser chemin. Il prit juste le temps de se déposer ses bagages dans sa chambre et se dirigea vers le « grin » de Rose.

Embusqué dans l’ombre, il suivit le va et vient des clients de sa concubine. C’est ainsi qu’il se convainquit que cette dernière se prostituait, et cela avec des hommes de tout âge. L’amant cocu monta la garde jusqu’aux environs de 5 heures du matin. Il regagna ensuite sa maison pour y attendre Rose qui arriva une vingtaine de minutes après lui. Estomaquée de voir Doum qu’elle croyait en voyage, la dame essaya laborieusement de justifier son absence de toute une nuit. Son concubin la laissa parler.

Puis se levant sans mot dire, il se saisit d’elle, l’attacha au lit et passa une partie de la journée à la frapper. Rose fut sauvée par l’intervention des parents et des voisins qui supplièrent littéralement le jeune homme de la détacher. Doum, hagard, finit par accéder à cette demande. Mais il prit une décision qui pour lui était irrévocable. Il mit Rose dehors, balançant tous les bagages de sa concubine dans la rue. Mais arriva une chose à laquelle personne ne s’attendait.

Malgré les révélations accablantes sur sa double vie, la fille ne voulait pas quitter Doum. Ce denier finira par faire appel à la police pour que celle-ci sorte de force l’indésirable de chez lui. Jusqu’à la semaine dernière, Rose était gardée au commissariat du 7è arrondissement. Elle aurait promis de régler son compte à Moussa dès qu’elle serait à l’air libre.

Comme on le fit, la ligne séparant l’amour de la haine n’a parfois l’épaisseur que d’un fil.

Mh. TRAORÉ

L’Essor du 27 mars 2008.