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Deux avocats français, l’ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Roland Dumas et Jacques Vergès, ont dénoncé jeudi l’ingérence française et internationale en Côte d’Ivoire, apportant leur soutien au président sortant Laurent Gbagbo.

MM. Dumas et Vergès sont arrivés jeudi à Abidjan pour soutenir et conseiller Laurent Gbagbo, dont la presque totalité de la communauté internationale demande le départ.

« Qu’est-ce qui autorise le gouvernement français à intervenir dans une querelle électorale en Côte d’Ivoire ? Le temps de la colonisation et des juges de paix à compétence étendue est terminé », a déclaré sur la chaîne française I-Télé Jacques Vergès, 85 ans, connu pour ses engagements tiers-mondistes, notamment sur le continent africain.

« J’ai quelques indications pour pouvoir dire que tout le monde n’est pas d’accord dans la communauté internationale. Elle se résume à quelques personnalités qui se mêlent de tout et dont on va examiner le cas », a estimé pour sa part Roland Dumas, 88 ans, ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand.

Ces déclarations tranchent avec l’unanimité affichée notamment par les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), qui ont toutes appelé Laurent Gbagbo à céder sa place à son rival Alassane Ouattara, dont elles ont reconnu la victoire à l’élection présidentielle du 28 novembre.

Les violences post-électorales ont fait au moins 173 morts, essentiellement des partisans de M. Ouattara, selon les Nations unies, alors que les partisans de Laurent Gbagbo ont menacé de prendre d’assaut le quartier général de M. Ouattara à Abidjan.

Le parti de M. Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), est membre de l’Internationale socialiste mais, officiellement, le PS français et le président sortant ivoirien n’entretiennent plus de relations depuis 2004.

PARIS (AFP) – jeudi 30 décembre 2010 – 12h15

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Côte d’Ivoire : le dialogue plutôt que la force, pour le moment, selon la Cédéao

Le voyage de la troïka de la Cédéao, mardi 28 décembre 2010, à Abidjan, n’a pas eu d’effet immédiat mais l’heure est au dialogue plutôt qu’à la violence. La troïka reviendra le 3 janvier prochain. Laurent Gbagbo a donc réussi à gagner du temps pour peaufiner sa contre-offensive judiciaire. On annonce pour ce jeudi l’arrivée à Abidjan des avocats français Roland Dumas et Jacques Vergès.

jpg_verges-dumas.jpgEn les remerciant et en les invitant à revenir bientôt à Abidjan, c’est un véritable pied de nez que Laurent Gbagbo a fait aux trois chefs d’Etat africains, les présidents béninois Boni Yayi, sierra-léonais Ernest Koroma et capverdien Pedro Pires, venus le presser de céder sa place… Les discussions ont certes été courtoises voire policées, mais les résultats vains car c’est un Laurent Gbagbo décontracté mais ferme qu’ils ont trouvé.

Sa position n’a pas varié d’un iota : j’ai gagné l’élection présidentielle et je vous en donne les preuves… et le président sortant de brandir des procès-verbaux ! Réplique en choeur des trois émissaires : mais monsieur le président, ce ne sont pas les résultats proclamés par la Commission électorale indépendante et certifiés par les Nations unies. Réponse de Laurent Gbagbo : c’est justement pour cela que je propose la mise en place d’un comité d’évaluation post électoral. Si ce comité me fait la démonstration que j’ai perdu, pas de problème, je me retire…

Face à la Cédéao, Laurent Gbagbo n’a rien lâché et chaque fois qu’il en a eu l’occasion pendant les deux heures et demie d’entretien, subtilement il a toujours brandi la menace d’un embrasement de l’ensemble de la région si toutefois on se risquait simplement à essayer de le déloger par la force.

Nous sommes toujours en discussion avec les émissaires que nous avons envoyé voir le président Gbagbo à propos de la crise ivoirienne. Ils sont venus rendre compte, mais ils y retournent le 3 janvier, donc je ne veux pas vous en dire plus sur le contenu des discussions. Ils y retournent le 3, ensuite ils reviendront et là nous prendrons une décision. Quand il y a des désaccords entre les gens, c’est le dialogue qui permet de résoudre les problèmes. Ce dialogue est en cours, on nous a demandé de retourner à Abidjan, donc ils vont y retourner.

Goodluck Jonathan, président du Nigéria et président en exercice de la Cédéao :« Nous sommes toujours en discussion avec les émissaires que nous avons envoyé voir le président Gbagbo à propos de la crise ivoirienne. Ils sont venus rendre compte, mais ils y retournent le 3 janvier, donc je ne veux pas vous en dire plus sur le contenu des discussions. Ils y retournent le 3, ensuite ils reviendront et là nous prendrons une décision. Quand il y a des désaccords entre les gens, c’est le dialogue qui permet de résoudre les problèmes. Ce dialogue est en cours, on nous a demandé de retourner à Abidjan, donc ils vont y retourner.»

Le camp Gbagbo prépare une contre-attaque judiciaire

Laurent Gbagbo s’apprête à lancer une contre-offensive juridique pour justifier son maintien -contesté- au pouvoir et dénoncer les ingérences extérieures.

Une plainte devant la Cour de justice de la Cédéao a déjà été déposée et l’idée de saisir la Cour internationale de justice est bien avancée. Les juristes du palais sont actuellement au travail et si Laurent Gbagbo ou ses proches dénoncent régulièrement un complot international contre la Côte d’Ivoire, cela ne les empêche pas de tenter de mobiliser à l’extérieur des frontières, aux Etats-Unis mais aussi en France.

D’éminents juristes ont été contactés. Parmi les célébrités approchées ces derniers jours, deux noms reviennent en boucle : Jacques Vergès et Roland Dumas qui devraient tous deux arriver ce jeudi matin à Abidjan.
Dans l’entourage d’Alassane Ouattara, on ironise sur cette stratégie de défense. Son ministre de la Justice, Jeannot Ahoussou Kouadio, considère que si Jacques Vergès venait à défendre les intérêts de Laurent Gbagbo, c’est que sa cause est déjà perdue. Quant à l’évocation de Roland Dumas, cet avocat de formation reprend une citation attribuée à l’ancien président français François Mitterrand, «pour le droit, j’ai Badinter, pour le tordu, j’ai Dumas».

Sanctions internationales : l’Union européenne augmente la pression

L’Union européenne a décidé de porter à 61 le nombre de proches du président ivoirien autoproclamé Laurent Gbagbo qui seront interdits de visas. Cette nouvelle liste vise des membres du gouvernement de Laurent Gbagbo et aussi des membres du Conseil constitutionnel, des responsables militaires, économiques et des médias. Ces nouvelles mesures seront soumises début janvier, pour approbation, aux 27 pays membres de l’Union.

Article publié le 30 Décembre par RFI