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Face à la gravité de la situation exacerbée par la spéculation à outrance sur le riz exonéré, nombreux sont ceux qui perçoivent une complicité avec les opérateurs, dans le fameux accord conclu portant sur l’exonération du riz importé. Aussi, bien des citoyens, de s’interroger, au regard de ce qui se passe sur le marché malien : le Mali est-il réellement un “Etat fort” ? Autrement dit, l’Etat peut-il parer à cet état de chose?…

Malgré les sacrifices consentis par l’Etat, qui a décidé de renoncer aux taxes sur les quantités de riz importé, l’effet de cette mesure n’est toujours pas ressenti sur le plan de la vente par les consommateurs. En effet, contrairement au prix fixé par le gouvernement, le consommateur, lui, continue de payer cher ce riz, au grand bonheur des opérateurs qui se frottent les mains.

A plusieurs égards, ce comportement constitue un acte antipatriotique qui ne doit pas d’être toléré par les hautes autorités du pays.“Ce que nos opérateurs économiques font n’est rien d’autre que du banditisme”. Telle est la conviction d’un vieux chef de famille. Selon lui, même du temps du Général Moussa Traoré, les Maliens n’ont pas connu une telle spéculation sur les vivres, notamment les céréales.

Et notre interlocuteur, de se plaindre de la situation qui prévaut actuellement dans le pays, en déclarant qu’à l’époque (celle de Moussa Traoré), on parlait peu d’exonération ; mais malgré tout, l’Etat prenait ses responsabilité pour contrôler les prix sur le marché. Pourquoi alors ne pas le faire aujourd’hui, du moment que l’Etat a accepté de renoncer aux taxes qui lui sont dues par les opérateurs céréaliers?…

A plusieurs reprises, le gouvernement informera, sur l’ensemble du territoire national, que le kilo du riz exonéré doit être cédé au consommateur à 310 FCFA. A cet effet, on a même évoqué l’existence de boutiques témoins reparties dans les quartiers des six Communes du District, et même à l’intérieur du pays.

D’où la remarque de cette ménagère rencontrée après une promenade dans le marché en vue d’enquêter sur le prix de ce riz : “Nous, nous n’avons rien vu. On nous parle chaque fois de ces boutiques pour nous consoler tout simplement. Sinon, il n’y a rien ; car tout le monde connaît le prix pratiqué sur le marché par les commerçants”.


Une autre réalité

Effectivement, l’on se rend compte, hélas, que contrairement aux allégations avancées çà et là par les décideurs, la réalité est tout autre sur le marché. Car contrairement à 310FCFA, les commerçants détaillants vendent le kilo de ce riz à 375 FCFA. “Est-ce que le gouvernement a essayé de mener une enquête sur le marché ?“. C’est la pertinente question posée par notre ménagère lorsqu’on a tenté de lui fournir des explications sur les boutiques-témoins.

Pourtant, les opérateurs ont fait le serment dans ce sens”, a-t-on répondu à sa remarque. Alors, la ménagère, de lancer : “C’est vous qui les croyez. Ils (les) se fichent éperdument du gouvernement ou de la population. Ce qui importe pour eux, c’est leurs familles. Les autres ? Ce n’est pas leur affaire”.

Et d’exprimer toute son amertume en déclarant, parlant des opératuers économiques et des commerçants détaillants, que “ce sont tous des mercantilistes“. C’est dire que cette ménagère ne croit pas encore aux nombreuses déclarations du gouvernement, encore moins à celles du Chef du département de l’Industrie, du Commerce et de l’Economie.

Selon un citoyen interrogé sur la question, c’est l’Etat même qui encourage le banditisme dans lequel s’illustrent les commerçants, à l’heure actuelle.

Des mesures, sous d’autres cieux

Rappelons, à cet effet, que dans certains pays, notamment au Cameroun, le gouvernement a pris certaines mesures face à la flambée du prix des denrées, notamment les céréales. Les images diffusées il y a quelques jours, à travers une chaîne de télévision, en disent long sur les dispositions que les autorités de ce pays ont mises en place.

Pour s’assurer du respect du prix fixé, le gouvernement, à travers une brigade de contrôle, effectue des descentes sur les marchés. Les auteurs de spéculation sont embarqués sans autre forme de procès, en même temps que leurs produits. A travers cette action, on peut dire que cet Etat a réellement pris ses responsabilités. L’Etat malien ne peut-il pas faire de même, surtout après avoir renoncer à ses taxes?

Comme ce n’est pas le cas, le citoyen a de justes raisons de se convaincre que la faute n’incombe pas aux opérateurs qui se rendent coupables de tels actes, mais plutôt au gouvernement, à travers ses structures qui doivent s’impliquer, mais qui semblent protéger ces opérateurs par leur silence et leur inactivisme. C’est du moins la conviction de plusieurs citoyens confrontés aux dures réalités du moment.


La morale cède la place à la spéculation

Bakoré Sylla, Boubacar Keïta, Amadou Djigué…, tous sont accusés sans ménagement par bien des Maliens dépassés par l’ampleur du phénomène de la spéculation sur les vivres. Et que dire ou penser, quand on …pense justement que nous sommes dans un pays à plus de 90% musulman ? C’est tout simplement paradoxal et impensable, car apparemment, ces spéculateurs semblent faire fi des préceptes religieux.

Pourtant, toute spéculation est proscrite par la religion. Et constater des commerçants qui se disent croyants, mais qui se spécialisent une telle spéculation, cela dépasse tout simplement l’entendement. mais selon un citoyen, ce n’est pas étonnant, car on est dans un pays où les gens peuvent se tout permettre sans être inquiétés.

En prenant l’engagement que le kilo du riz sera vendu à un coût pas trop élevé, les commerçants n’ont-ils alors abusé les autorités? Mais en ne menant pas une enquête pour se convaincre de la réalité, et en ne châtiant pas les auteurs de cette spéculation, l’Etat aussi s’illustre dans un silence que bien des citoyens qualifient de “coupable”.

C’est dire qu’en plus de sensibiliser, l’Etat doit sanctionner tous ceux qui tenteraient de commettre de tels actes, surtout chez les commerçants (grands et petits). Car, un seul constat se manifeste, face à ce phénomène : la morale l’éthique sont vidées de leur contenu.

Laya DIARRA

19 Septembre 2008