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Le client s’obstine. Malgré les conseils de ses amis, il est convaincu que le cambiste ne lui a pas remis tout son argent.

« Je jure sur la tête de ma mère que nous allons le tuer. C’est un vieux indigne. Il ne mérite pas sa place ici ». Il était 15 heures lundi, dans les environs du siège central de la BDM-SA. Soudain, dans la rue qui sépare la direction générale de l’AMAP et les logements des gendarmes, une clameur et des cris de guerre percent l’air. Les passants constatent un mouvement de foule et deviennent attentifs aux vociférations des belligérants qui ont semé la confusion dans la rue « des vendeurs de billets de banque ». Ici sont regroupés des jeunes gens de tous âges. Ils font soit le change des devises étrangères, ou échangent des grosses coupures contre de petites. L’endroit est toujours plein de monde.

C’est avec beaucoup de difficulté que les automobilistes et les motocyclistes se frayent un passage. Certains d’ailleurs préfèrent le contourner pour accéder à la cour du ministère de la communication. Ils évitent ainsi de se faire assiéger par ces cambistes des temps modernes de Bamako. Ceux qui se hasardent à emprunter la ruelle sont contraints de lever le pied sur l’accélérateur et de remonter leurs vitres pour se protéger de ces jeunes gens qui, des liasses d’argent dans la main, les interpellent. Parfois ils ouvrent sans autorisation les portières en demandant aux conducteurs, « vous voulez l’échange, Euro, dollar, Livre Sterling ».

Malgré la belle pagaille qui règne à cet endroit qui semble oublier des services chargés de mettre de l’ordre dans ce secteur, la place est très souvent calme. Entre les occupants, on peut constater une certaine symbiose, une entente cordiale fondée sur une solidarité active. On s’appelle par le prénom, on prend de l’argent avec l’autre lorsqu’on en manque au cours d’une transaction. Il arrive même de voir ces cambistes partager le repas et engager une partie de thé ensemble. L’honnêteté et le fair-play semblent de rigueur. Avant-hier cette harmonie relative a volé en éclats à un certain moment.

Vers 15 heures 20, nous avons vu de notre fenêtre, qui surplombe les lieux un jeune homme se faire tabasser comme un chien enragé, devant la porte d’une maison occupée par un officier supérieur de la gendarmerie. Un groupe de personnes armées de gourdins, de barres de fer affrontait vers l’Est un autre groupe décidé à en découdre avec eux. Des injures partaient dans toutes les directions et des menaces planaient sur un homme, d’un certain âge assis devant le bureau d’échanges « Wassa ». Dans le feu de l’action, notre reporter s’est rendu sur le terrain. Mais la tension était si vive qu’il a préféré revenir sur ses pas. Il risquait même d’être pris pour un adversaire par les membres d’un groupe ou de servir de cible au camp adverse.

La tempête s’est calmée après l’intervention des éléments de la gendarmerie. Ils ont été informés par un occupant de la maison devant laquelle une personne a été sérieusement battue. Nous sommes partis à la recherche de l’information. Toutes les versions reçues font état d’une transaction passée le samedi dernier entre A. D. et un autre cambiste. Le premier a reçu un appel d’un client qui avait besoin de 135000 Fcfa en coupures de 1000 Fcfa. Ne disposant pas de petites coupures, A. D. s’est adressé à un jeune qui occupe ce créneau. Ce dernier lui a donné son accord mais à raison de 1000 Fcfa de gain pour 5000 Fcfa.

Ce qui signifie que A.D. devait lui verser, en plus de 135000 Fcfa, 23000 Fcfa. Après l’opération, A. D. aurait versé la totalité de la somme plus les intérêts au monsieur auprès duquel il a emprunté la somme. Le lendemain dimanche, cet homme dont on n’est pas parvenu à avoir le vrai prénom, mais que tout le monde appelle « Diogaramékè » est revenu dire à A.D. que le montant qu’il a reçu ne faisait pas le compte. À la réponse de savoir combien il restait, il a répondu « 7000 Fcfa ».

Ne voulant pas polémiquer avec un jeune qui a l’âge de son fils, A.D. lui a remis la somme. Le bonhomme a encaissé le reliquat et il est parti. Mais il reviendra lundi pour faire circuler l’information selon laquelle, le montant que A.D. lui a remis était incomplet. Plusieurs de ses camarades lui répondirent que A.D. était un homme correct. Certes, le vieux ne fait de cadeau à personne.

Mais c’est un homme qui ne joue pas avec sa dignité. Ces précieux conseils des uns et des autres n’ont pas empêché « Diogaramékè » de revenir à la charge et de réclamer ce qu’il estime être le manquant de son argent. Mais ce retour a mis A.D. sur les nerfs. Il a invité le jeune à disparaître de sa vue. Un échange d’insultes s’en est suivi. Et le jeune homme a été reconduit à sa place. La plupart des jeunes gens opérant dans le domaine de l’échange ont cru qu’après leur intervention, l’affaire était close. Mais c’était sans compter sur l’arrivée inopinée du fils de A.D. Ayant trouvé son père très en colère il avait voulu en savoir la raison.

Les personnes présentes, assises à côté de son paternel, lui expliquèrent brièvement la situation et lui demandèrent de ne pas réagir. Mais le jeune homme ne pouvait pas accepter l’affront subi par son père de la part d’un camarade d’âge à lui. Il alla rejoindre « Diogaramékè » à son poste de travail. Il l’a saisi par le collet en lui rappelant que l’homme à qui il venait de lancer des invectives était son père. Le fiston a mis « Diogaraméké » en garde de ne plus manquer de respect à son père. Une foule s’était rassemblée autour des deux jeunes. Le fils de A.D. libéra le cambiste qui, se croyant sous la protection des autres collègues recommença sur le champ à lancer des insanités.

Le fils de A.D. voulut lui infliger une correction, mais il fut entouré de visages hostiles. Il retourna dans son quartier et pour aller chercher du renfort. Lui et ses amis formèrent un groupe et vinrent attaquer les cambistes. L’un des assaillants venus de loin a été gravement blessé. Une bagarre désordonnée s’en était suivie. Elle ne prit fin qu’avec l’intervention de la gendarmerie qui était venue ramasser les parties en conflit pour les entendre au niveau de la brigade. L’affaire suit son cours. L’instruction du dossier laisse présager des complications. Plusieurs cambistes affirment avoir perdu des sommes importantes au cours de l’affrontement. Ce qu’il faut démontrer.


Mercredi 20 juillet 2011, par Gamer A. Dicko

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