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« Le rap n’a de sens que lorsqu’il est engagé, engagé à défendre les sans voix, à dénoncer l’injustice », affirment Djo Dama, Ramsès et Dixon, les têtes d’affiche du rap malien. Leur dernière œuvre, « Révolution », qui n’est pas tendre avec des tenants du pouvoir, a été tronquée, censurée. Plusieurs séquences ont été coupées pour ménager la susceptibilité de ceux qui, aujourd’hui, exercent le pouvoir.

Mais Tata Pound n’est en rien responsable de cette « révision » et entend plutôt se battre pour une société juste, équitable et prospère. C’est fidèle à cet engagement que les trois hommes forts du rap malien ont mis sur le marché discographique l’album « Révolution », qui a suscité une vive polémique. « Nous avons finalement été obligés de revoir la première mouture, sinon c’est notre carrière qui était compromise ».

L’album comporte dix titres dont deux génériques « Monsieur le maire » et « Yelama », dans lesquels le trio, basé à Badalabougou Sema-Gexco, dénonce la vente illicite des terrains à usage d’habitation et le manque de réalisme des autorités actuelles face au défi du développement.

Revenons-en aux faits, la sortie du fameux tube polémique de Tata Pound était prévue pour le 15 mars, mais c’est jusqu’au 20 mars que l’album est apparu sur le marché discographique, car les jeunes rappeurs, disent-ils, ont été obligés de réaménager la première version qui contenait des propos assez poussés à l’adresse du locataire de Koulouba.

En effet, tout juste à la veille de la sortie de la première version (15 mars) Tata Pound dit avoir reçu un coup de fil anonyme qui leur disait, je cite « Les enfants, vous ne savez pas comment ça se passe ici, il y a des propos qu’il faut enlever, sinon la cassette ne va pas sortir ».
Au début, les jeunes pensaient à un bluff. « A notre grande surprise, le 15 mars, la cassette ne sort pas », affirme Ramsès.

Selon de nombreux observateurs, les clips da Tata Pound ne sont plus diffusés depuis un certain moment sur les antennes de l’ORTM et la Chaîne II. D’après Djo Dama, Ramsès et Dixon, c’est le directeur général de l’ORTM en personne qui a affirmé dans un journal de la place d’injurieux l’album « Révolution ».

Ainsi, vu cette censure et si la sortie de l’album était empêchée, c’était la fin de la carrière du trio qui fait peur. Donc à un moment donné, Tata pound a jugé d’être un peu flexible selon leur propre expression « on était obligé d’enlever certaines parties, mais à la limite, nous nous sommes dit que c’était pas trop grave, car la première version du tube était déjà sur toutes les lèvres et c’est là notre victoire » dixit Ramsès.

Tata pound, victime d’une censure sans effet

Face aux menaces qu’a subit le groupe et à la prise de position du D.G de l’ORTM, que Tata pound qualifie d’ailleurs d’entrave à la liberté d’expression, le groupe de rap le plus envié de la capitale, dit à celui qui veut l’entendre, poursuivre son combat de conscientisation pour une meilleure harmonie de la société.

L’album, « Révolution » selon Tata pound n’insulte personne et ne s’adresse pas particulièrement à une personne, mais a tout Homme qui essaie de berner les populations ; Enfin ! D’après leur dire « celui ou celle qui se sent morveux se mouche ».

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître que la censure des titres « Monsieur le maire » et « Yelema » n’a pas eu de conséquence néfaste sur la bonne marche de la cassette (30 000 exemplaires vendus à la date du 30 mars). Par ailleurs les radios privées continuent à diffuser la version originale. Pis, lors du récent concert le 26 mars au stade Modibo Keita, tout le public chantait avec Tata les parties censurées.

Selon les rumeurs, le groupe de rap aurait reçu la bagatelle de 47 millions de la part des autorités pour le réaménagement de leur œuvre, en leur demandant sur le fondement de ces rumeurs, les jeunes rappeurs répondent avec ironie « Si on avait reçu 47 millions, on aurait brûlé l’album, car 47 millions n’est pas une petite somme ». Si cette rumeur s’avérait réelle, Tata pound aurait échoué dans son combat pour une justice sociale.

Présentement, Tata pound prépare activement la dédicace de son tube prévue normalement le 22 Avril prochain au stade Modibo Keita.

Tata pound a profité de notre entretien pour remercier particulièrement les médias privés et Amnesty International (organisme international pour la défense des droits de l’homme), qui les a rassuré sur la sécurité des membres du groupe en estimant que la liberté d’expression est une réalité au Mali.

Le prochain album de Tata pound est prévu pour 2007 avant les prochaines élections présidentielles, et pour anticiper cette date, Djo Dama nous confie que cet album sera une occasion pour eux d’adresser un message costaud à l’adresse des jeunes filles qui perdent les repères de notre société.

Tata est convaincu que la femme constitue l’épicentre de toute société. Vrai !

Amadou Waigalo

04 avril 2006.