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Révolte par les multiples gaffes et tentatives de restauration de la dictature : Le Collectif des patriotes exige la démission de Cheick Modibo Diarra

Le président du Collectif des patriotes, notre confère Makan Konaté, non moins secrétaire général du Syndicat du personnel des radios privées du Mali, nous a accordé une interview exclusive dans laquelle il exprime son indignation face aux fautes graves commises par le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra obsédé par la restauration de la dictature. En conséquence, pour donner une chance à la transition, le Collectif demande purement et simplement sa démission.

Le Prétoire : Peut-on d’abord savoir ce que représentent le Collectif des patriotes et ses objectifs?

Comme son nom l’indique, c’est un mouvement qui regroupe toutes les sensibilités. On y retrouve des journalistes, des agents de santé, des cadres de l’administration publique, des ouvriers et autres. Le Collectif est né au lendemain du coup d’Etat du 22 mars dernier. L’objectif principal de notre mouvement est de participer pleinement à la résolution des différents problèmes de la nation. Que ce soit d’ordre politique, économique et social, nous faisons des propositions allant dans le sens de la défense et de la préservation des intérêts du Mali.

Malgré la mise en place d’un gouvernement d’union nationale tant réclamé, le Premier ministre est contesté par certains partis politiques et mouvements dont le vôtre. Mais pourquoi?

Nous pensons que le Premier ministre a trahi la confiance du peuple malien. Sa nomination avait suscité beaucoup d’espoir au lendemain du coup d’Etat. On pensait que sa nomination allait mettre un terme à la crise politique et sécuritaire. Mais malheureusement, le Pm est source de problème et constitue un blocage de la transition.

Il convient en effet de rappeler que Cheick Modibo Diarra a été désigne uniquement pour deux missions. Il s’agit de la reconquête des régions nord du Mali sous occupation des groupes armés depuis plus de cinq mois et la tenue des élections générales transparentes et fiables. Quand il avait été nommé, il était question que Dioncounda quitte la présidence aux termes des 40 jours d’intérim pour que le Mali puisse aller à la concertation nationale pour définir les fondements et les contours de la transition tels qu’exprimés par le peuple.

Bien avant qu’on arrive aux termes des 40 jours de l’intérim de Dioncounda, le Premier ministre Cheick Modibo Diarra a écrit à la Cour suprême pour demander de prolonger le mandat de Dioncounda de deux semaines. Cela pour uniquement profiter de cette situation afin de mieux se positionner. En d’autres termes, pour avoir le temps de se préparer à aller à la concertation nationale en se faisant une belle place au soleil, parce que Dioncounda allait être remercié. C’est déjà la preuve que le Premier ministre se joue de tout le monde pour étancher sa soif de pouvoir.

Mais à sa grande surprise, la Cour Suprême a répondu que Dioncounda Traoré est Président du Mali par intérim jusqu’à la fin de la transition. Il a tout simplement classé cette réponse dans ses tiroirs jusqu’à ce qu’il y ait fuite. C’est à la lumière de cela que le peuple malien a été informé de la combine que le Premier ministre avait monté contre le président Traoré.

Deuxième constat de la mauvaise fois du Premier ministre, c’est qu’au lieu de mettre en place un gouvernement d’union nationale, il a mis en place un gouvernement élargi, se taillant lui-même la part du lion en se retrouvant avec 18 ministres. Pire, en violation des textes, il se permet de prendre trois autres personnes en qualité de conseillers à la Primature avec rang de ministre.
Autre erreur de Cheick Modibo Diarra, c’est le Comité technique chargé d’élaborer les termes de référence de la concertation nationale. Il a mis sur place un Comité technique piloté par ses proches.

Ils ont travaillé en catimini et n’ont pas rendu publics les termes de références. De toute façon, cela a été une source de contestation, disons de divergences au moment où on cherche à rassembler les Maliens autour des deux objectifs précités. En effet, les termes de référence n’ont pas eu l’adhésion de l’ensemble des forces vives de la nation. C’est pourquoi la date de ladite concertation nationale a été repoussée.

L’autre gaffe du Premier ministre est qu’il s’appuie sur le Haut conseil islamique à travers le président de cette institution, pour se faire une certaine légitimité auprès des musulmans. Il va jusqu’à créer un ministère chargé des Affaires religieuses et du culte uniquement pour faire un clin d’œil au monde religieux, notamment les musulmans et les chrétiens. C’est justement son moyen lui de faire pression sur ce monde religieux.

Pire encore, Cheick Modibo Diarra est en train de travailler en douceur avec son chef de Cabinet pour placer petit à petit les anciens dignitaires du régime de l’Udpm. Il est aidé dans cette tache par ses beaux-parents, l’ancien président Moussa Traoré et son épouse. De plus en plus, nous avons l’impression que le Mali est gouverné par Moussa et sa femme à travers Cheick Modibo Diarra. Ce que nous dénonçons. Il y a déjà des sentiments de revanche qui sont en train d’émerger. Et Cheick Modibo Diarra pense qu’il doit mener ce combat contre tous ceux qui ont fait partie du mouvement démocratique de 1991.

Par ailleurs, nous avons appris que Cheick Modibo Diarra a des ambitions démesurées de devenir président de la République et ses faits, gestes et actes de tous les jours le prouvent. Nous nous sommes battus en 1991 pour l’instauration de la démocratie. Si des signes annonciateurs du retour de la démocratie émergent, nous allons combattre cela.

Comme solution, nous demandons tout simplement à Cheick Modibo Diarra de démissionner. Il a commis trop de gaffes et nous avons compris ses manigances. Nous n’allons pas nous laisser faire car au lieu de trouver des solutions aux problèmes du nord, il s’adonne à de petits jeux et œuvre à la restauration de la dictature.

Mais justement, on vous a collé l’étiquette de pro junte et que certainement vos propos seront vus sous cet angle. Que répondez-vous ?

J’accepte que nous soutenons les militaires. Quand ils font du bien nous le dirons. Quand ils font du mal, en bon patriote, nous dénoncerons cela. Pourquoi être contre sa propre armée? Il faut la soutenir. Surtout quand c’est une armée républicaine comme la nôtre.

Aujourd’hui, tout le monde sait que l’armée est déterminée à en découdre avec les occupants. Mais avec le blocage de nos armes par la Cédéao avec quels moyens va-t-elle se battre au front? La Cedeao nous a demandé de retourner à l’ordre constitutionnel et nous nous sommes pliés à cette exigence. Pourquoi alors imposer un embargo sur nos armes ? C’est pourquoi je dis que le Mali est victime d’un complot international piloté par Alassane Ouattara et Blaise Compaoré.

A propos de la requête du président Dioncounda adressée à la Cédéao pour l’intervention militaire de ces forces, quelle appréciation en faites-vous ?

Nous sommes parfaitement d’accord avec cette requête. Mais nous avons émis des réserves. Nous ne voulons pas de ces forces pour une quelconque sécurisation des organes de transition à Bamako. Nous voulons plutôt qu’elle aille à Mopti et surtout qu’elle ne soit pas une force d’interposition entre nos forces et les ennemis.

Quel appel avez-vous à lancer au peuple malien ?

Je demande au peuple malien de faire attention au Premier ministre car il est en train de faire la restauration de la dictature à travers l’installation des anciens dignitaires de Moussa Traoré et des proches de Mariam. Je demande aux citoyens de faire confiance à leur armée et de la soutenir en s’investissant à faire pression sur la Cédéao afin que nos militaires soient en possession de nos armes bloquées à Conakry et à Dakar.

Propos recueillis par

Oumar KONATE et Ibrahim M. GUEYE

Le Prétoire du 20 Septembre 2012