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Autre temps, autre discours; tel semble se résumer le comportement de Tièbilé Dramé et caramades politiques, par rapport à la révision de la Constitution malienne du 25 Février 1992.

Et pour cause ! Après avoir fait capoter le projet de Konaré en 2001, alors que le Parena était un membre très influent et de première heure de la CNDP, la mouvance présidentielle d’alors, le parti du bélier blanc, qui assure aujourd’hui la présidence du FDR, à savoir l’opposition au pouvoir ATT, vient de recommander à la commission Daba Diawara de prendre en compte ce même texte.

A croire que ce parti revient sur une trahison. Mais laquelle? La trahison des dirigeants du Parena ou celle de l’ancien Président Konaré ?

Pour mener à bien la réflexion sur la refondation du processus démocratique malien, le Président ATT a mis en place une commission d’experts dirigée par Daba Diawara. Pour ce faire, diverses contributions sont en train de parvenir à la commission. C’est dans ce cadre que le PARENA a adressé une contribution contenant 27 propositions à la commission Daba Diawara.

Au parti du bélier blanc, on se targue d’être un véritable laboratoire d’idées pour avoir produit une contribution fort intéressante à la réflexion sur la consolidation de la démocratie au Mali. Pourtant, il suffit de jeter un regard sur le récent passé politique du Mali pour se convaincre de la versatilité de nos amis du Parena par rapport au débat sur la révision de la Constitution.

La trahison du PARENA?

En effet, en 2001, le Président Konaré avait initié un projet de révision de la Constitution. Pour élaborer le document à soumettre au vote de l’Assemblée nationale avant le référendum, le pouvoir avait initié des rencontres permettant de recueillir l’avis de toutes couches et à tous les niveaux. Il ya eu des concertations régionales pour aboutir à un forum politique.

Même si cette idée de forum politique national était l’initiative du Président Konaré, elle avait été fortement appuyée par les partis membres de la CNDP, dont le PARENA.

Ayant participé à toutes les étapes du forum politique et jusqu’à la table ronde, personne n’avait enregistré une quelconque protestation du parti, pendant qu’il avait la latitude privilégiée de faire entendre sa voix par le canal de Me Hamidou Diabaté, ministre de la Justice d’alors.

Cela se comprend, car membre très influent et de première heure de la CNDP, le PARENA était ce parti, plus que l’ADEMA d’ailleurs, à soutenir, les yeux fermés, toutes les politiques entreprises par le Président Konaté, même si de temps à autre, il essayait de masquer son alignement linéaire en procédant à des critiques spectaculaires.

Or, comme tout le monde le sait, l’essence même de la CNDP était de soutenir vaille que vaille le Président Konaré, surtout qu’elle s’était constituée à un moment où le navire tanguait sérieusement.

Mais il aura suffi d’attendre de voir l’absence du Parena dans le nouveau gouvernement -le poste du ministre chargé de la promotion féminine qui lui était réservé fut finalement retiré- pour que le mécontement du PARENA vis-à-vis du gouvernement de Mandé Sidibé soit sans limite. D’ailleurs, il ne manquait aucune occasion pour le manifester.

Ainsi, lorsque le gouvernement déposa le projet de révision de la loi constitutionnelle devant l’Assemblée Nationale, le PARENA attendait ce moment pour réagir. Puisque son président était député . Dans sa déclaration sur le projet soumis au Parlement, Tiébilé Dramé n’y est allé avec le dos de la cuillère.

Sans pour autant fournir un argument valable pouvant amener à renoncer à la révision de la Constitution, il se contenta seulement de balancer : “Les conditions de consensus n’existent pas aujourd’hui”. Car,“Elle (la constitution) demeure aujourd’hui le seul texte fondamental sur lequel s’accordent tous les acteurs politiques du pays”.

Pour le PARENA, le moment était mal choisi, pour le pouvoir, de toucher à la Constitution qui est la “fille de la révolution démocratique de mars 1991, la 3è République a été fondée par la constitution votée par le peuple souverain du Mali le12 janvier 1992 …” Et de poursuivre : “… Aucun secteur de la population n’avait appelé à voter contre la Constitution, lors du référendum. Elle demeure aujourd’hui le seul texte fondamental sur lequel s’accordent tous les acteurs politiques du pays…

Néanmoins, sept ans après, le même parti semble revenir sur sa décision. Dans un document transmis à la commission Daba Diawara, on peut lire : “Le Parena, aux termes de ses propositions, recommande que la mission prenne en compte le projet de révision constitutionnelle de 2001.

Fruit d’un long processus participatif (concertations régionales, assises nationales), il prend en compte des propositions fort utiles, notamment en ce qui concerne la prolongation de délai d’organisation des élections présidentielles et une meilleure précision de nombreux articles de la constitution”.


Alors questions :
En recommandant aujourd’hui à la commission Daba Diawara de prendre en compte le projet de révision constitutionnelle de 2001, pourquoi les leaders du PARENA ont-ils appelé le peuple à réfuser ce texte? Baissent-ils alors la tête devant Alpha?

Ce parti n’aurait-il donc pas pu nous faire économie de sa déclaration sur le projet de révision de la loi constitutionnelle de 2001 s’il savait qu’un jour il reviendra sur sa position?

Ayant été déclaré parti persona non grata dans le nouveau gouvernement, cela a-t-il poussé le PARENA à rejeter le projet de révision de la constitution?Ou alors y avait-il une autre explication à ce rejet?

Ou la trahison de Konaré ?

A cette dernière question,Tièbilé Dramé et camarades donnent l’impression de répondre, en écrivant : “Le Parena recommande à la commission Daba Diawara de déclarer publiquement que l’article 30 de la constitution, relative à la durée du mandat du président de la République, ne fera pas l’objet de révision”.

Selon le parti du Bélier du blanc, cité par le confrère “Le Républicain” dans son édition datée du 15 mai 2008, “une telle clarification lèverait toute ambiguité et permettrait la poursuite des travaux de la commission Daba Diawara dans la sérénité”.

Autant reconnaître que tous les partis politiques qui avaient participé au forum politique, le PARENA compris, et qui avaient vu la nécessité de modifier légèrement la constitution, ne faisaient pas partie de ceux qualifiés d’acteurs politiques du pays, comme il l’avait dit dans sa déclaration de 2001 à l’Assemblée.

Dès lors, dans l’imagerie de Tiébilé Dramé et camarades, seul le COPPO-l’opposition dite radicale d’alors- représentait “ces acteurs politiques du pays”, car étant le seul à déclarer que la révision de la constitution n’était pas opportune.

Alors en demandant à la commission Daba Diawara de “de déclarer publiquement que l’article 30 de la constitution relative à la durée du mandat du président de la République ne fera pas l’objet de révision”, le PARENA donne-t-il raison aux leaders du COPPO qui accusaient Alpha de tripatouiller la constitution pour bénéficier d’un troisième mandat?

A croire donc que le parti revient sur ce qu’on avait qualifié à l’époque de trahison du peuple par Alpha. Même si dans ses confidences d’outre pouvoir à J.A/L’Intelligent de juillet 2002, Konaré dit : “Il ne m’est jamais venu à l’esprit de modifier la constitution pour rester plus longtemps à la tête du Mali !

Quid du PARENA, membre très influent de la mouvance
présidentielle d’alors et de Konaré, faut-il alors croire?

Oumar SIDIBE

19 Mai 2008