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Maître Mamary Diarra : « si c’est le prix à payer pour aller vers la paix ; je pense qu’il faut le faire ! »

Maître à PHOENIX CONSEILS (Cabinet d’Avocat- Conseil juridique et fiscal), Mamary Diarra avocat Fiscaliste spécialisé dans le droit des affaires, financier de formation, professeur de droit à l’université Sup Management. La révision constitutionnelle, demeure un sujet d’actualité qui oppose les maliens. D’aucuns sont pour le oui et d’autres pour le non. Pour comprendre cette opposition Me Mamary Diarra nous édifie sur la question.

Réforme constitutionnelle un sujet de longue date.

Le constat est clair ! D’après Me Mamary Diarra, le débat sur la réforme constitutionnelle ne date pas d’aujourd’hui : « au Mali, chaque fois qu’un président en exercice envisage de réviser la constitution ou de la modifier, il y a un blocage qui se présente. Du président Alpha Oumar Konaré à Amadou Toumani Touré l’obstacle a été le même : le manque de confiance ».

Pour rappel au terme de son mandat en 2000, l’ex-président Alpha Oumar Konaré avait initié un projet de réforme constitutionnelle, qui malheureusement n’avait pas été bien saisi par les Maliens qui le suspectaient de briguer un troisième mandat. Idem pour l’ex-président Amadou Toumani Touré, dont le projet sur la révision constitutionnelle avait été catégoriquement rejeté par l’ensemble de la population en 2011.

En 2017, le Président de la République son Excellence Ibrahim Boubacar Keita encore à son premier mandat avait manifesté sa volonté de réviser la constitution. Un projet qui avait d’ailleurs permis au mouvement « Antè Aba na » de voir le jour. Selon Me Mamary Diarra : « la constitution est le cœur d’une Nation. En Afrique quand celle-ci est touchée, les intérêts des uns et des autres sont menacés. C’est pourquoi la question de la révision constitutionnelle continue de poser problème au Mali ; les opposants font tout pour saboter ce projet », précise-t-il

Moment idéal ou pas ?

A en croire Me Mamary Diarra la question du temps est un « faux débat » voire un « prétexte » pour empêcher la réforme constitutionnelle. Pour lui, c’est le moment idéal de réviser la constitution de 1992, pour sortir le pays de tous les problèmes auxquels il est confronté : « Cette réforme est nécessaire pour le Mali, elle nous aidera à corriger les insuffisances, à régler les problèmes du nord. Et, si c’est le prix à payer pour aller vers la paix ; je pense qu’il faut le faire ! La constitution du 25 février 1992, ne concorde pas avec la réalité actuelle de notre pays. Concernant l’accord de paix, il y a des dispositions constitutionnelles qu’il faut éventuellement revoir afin de faciliter la finalisation et l’application de cet accord. Les problèmes de terrorisme qu’évoquent certains politiciens ne devrait pas empêcher les Maliens d’aller vers la réforme constitutionnelle » précise-t-il.

Me Mamary Diarra pense que les raisons évoquées par la plupart des Maliens sont purement politiques et techniques. Il insiste sur la raison politique qu’il considère comme une question d’intérêt individuel : « Si tu demandes l’avis de quelqu’un qui est en quête du pouvoir, il te dira que ce n’est pas le moment idéal parce que lui son travail est de saboter le régime pour pouvoir en bénéficié après ».

Avantage ou inconvénient ?

Contrairement à ce qui se dit ça et là, Me Mamary Diarra est plutôt optimiste : « toute loi comprend des insuffisances auxquelles il faut s’adapter, il n’y a jamais eu des textes parfaits ; tout ce qui vient de l’homme n’est pas parfait seul Dieu est parfait », rappelle-t-il.

Pour lui, cette réforme constitutionnelle permettra à l’Etat malien de mieux finaliser l’accord de paix qui avait été signé et dont la mise en œuvre pose problème. Il estime que tous les problèmes que connait le Mali sont liés à cet accord qui empêche l’économie de se développer ainsi que la libre circulation des personnes et des biens au nord et au centre du pays.

Le Mali qui a failli basculer dans une spirale des violences en 2012-2013 suite à des histoires d’intérim et autres, devrait sans doute compter sur la prochaine révision constitutionnelle pour corriger les défaillances de la constitution de février 1992 et retrancher définitivement le débat sur le rapport entre le Premier ministre et le Président de la République, il s’agira des conditions de sa nomination et de sa démission. Le Président de la République pourrait désormais démettre le Premier ministre sans que celui-ci ne présente sa démission. Elle fixe désormais le mandat d’un président intérimaire qui devra rester en fonction jusqu’à la prestation de serment du nouveau président élu, ce dernier pourrait enfin organiser les élections dans un délai de 60 jours au lieu de 40 jours prévus par la constitution de 1992 ; un conseil économique social culturel et environnemental sera créé, le projet actuel prend compte de tous ces aspects.

A noter que le projet de réforme constitutionnelle initié par le Président de la République prévoit la création d’un Sénat qui devra remplacer l’actuel Haut Conseil des collectivités et d’une Cour des comptes qui d’ailleurs n’est pas une initiative malienne mais de l’UEMOA ; au lieu d’avoir une section de compte l’UEMOA recommande à tous les pays membres de créer une cour des comptes qui est loin d’être une section de la cour suprême du Mali.

S’agissant de la polémique sur l’utilité du Sénat Me Mamary Diarra répond : « rien n’est inutile, si sa création permet aux Maliens de participer à la prise des décisions. D’ailleurs le projet de révision de révision constitutionnelle prévoit en cas de vacances du président de la République c’est le Président du Sénat qui assurera le relais. Je me répète le projet que j’ai lu renferme quelques points positifs qui vont nous permettre de corriger les insuffisances de la constitution de 1992 »

Le peuple Malien est prêt

« Le peuple Malien est prêt ! Le problème c’est le manque de confiance des uns envers les autres ! La constitution est déjà là, il y a juste quelques points qui changent. » estime Me Mamary Diarra.

Selon lui, la constitution malienne a une histoire qui tire son origine de la charte de « kourkan fouka » considérée comme la première constitution au monde.

En 2018, le Mali a réussi à organiser les élections présidentielles malgré le contexte actuel. Pourquoi ne serait-il pas en mesure d’aller vers une réforme constitutionnelle ? S’interroge-t-il.

Boly Keïta
Bamako, le 26 Aout 2019
©AFRIBONE