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Si on pensait que la liste des apatrides s’était arrêtée aux responsables politiques de notre pays, qui ont clairement affiché leur vrai visage pendant la crise que nous vivons depuis le coup d’Etat du 22 mars dernier, on s’était trompé de combat. Malheureusement, cette liste s’allonge dangereusement chaque jour que Dieu fait.

Les syndicats viennent d’emboîter le pas à la classe politique en mettant au devant leurs intérêts au profit de la reconquête des 2/3 de notre territoire et de la souffrance que vivent nos compatriotes dans les zones occupées.
«C’est en temps de difficulté qu’on reconnait ses vrais amis», dit- on. A la lumière de ce que nous vivons dans notre chair et notre âme, l’occupation d’une bonne partie de notre territoire avec son corolaire de réfugiés, de viol, de pillage et de saccage de toutes les infrastructures de base, qu’on ne se fasse pas d’illusions, le peuple malien n’a vraiment pas d’amis.

De l’éclatement de la rébellion au coup d’Etat du 22 mars en passant par le massacre d’Aguel Hoc, les pays qu’on dit «amis du Mali» ont presque tous gardé un silence suspect. Aucune condamnation digne de ce nom n’est venue de leur part pour dénoncer les crimes de guerre dont nos militaires ont été victimes le 17 janvier à Aguel Hoc, à plus forte raison de saisir la justice internationale pour une éventuelle traduction des auteurs de ce crime et leurs complices. Comme ce fut le cas pour d’autres pays de part le monde.

De là, tous les Maliens devraient tirer la leçon qu’il s’agit bien d’un complot international contre notre pays. Et le seul rempart qui restait pour nous était le peuple malien dans toute sa diversité. Mais tel ne fut pas le cas.
A commencer par l’ancien président ATT et son gouvernement, qui malgré les atrocités commises contre nos soldats et le repli stratégique de nos militaires, n’ont jamais mesuré le danger qui guettait notre pays. Ils n’avaient qu’un seul souci : l’organisation de l’élection présidentielle. La défense de l’intégrité territoriale et la sécurisation de la population n’étaient pas inscrites dans leur agenda.

Malgré le cri de détresse des populations des trois régions du Nord, qui ont dit de vive voix au général Kafougouna Koné, l’ancien ministre de l’Administration territoriale, ne pas être concernées par l’élection tant que leur sécurité n’est pas garantie, ce dernier s’en moquait. Lui et les ministres qui l’accompagnaient lors de cette tournée ont tous déclaré que toutes les conditions étaient réunies pour la tenue de la présidentielle du 29 avril. Ils venaient ainsi de commettre un crime de lèse- majesté. Et le bon Dieu a tranché le 22 mars. Les généraux ont été chassés du pouvoir par une mutinerie des soldats.

Et au même moment, les éventuels candidats alternaient meetings, tournées à l’intérieur du pays, sauf dans sa partie nord. Ils étaient tous engagés dans cette course effrénée pour la conquête de Koulouba. Les morts, les déplacés, la perte de notre souveraineté sur une bonne partie de notre territoire ne leur disaient rien. Ce qui comptait, se faire élire président du Mali- Sud. Et après, on n’engageait les négociations pour récupérer le reste du pays.

Dans un élan de compassion à la douleur des familles des victimes des zones occupées ni ATT ni les hommes politiques n’ont eut le courage d’arrêter leur folklore pour faire comprendre aux Maliens qu’ils portent ce pays dans leur cœur. Alors qu’en France, au même moment, les candidats ont suspendu leur campagne pour la traque d’un terroriste, Mohamed Merah, qui venait de tuer six Français. Voilà des comportements d’hommes d’Etat.

De surprise en surprise, après le coup d’Etat du 22 mars, ils ont boudé la convention nationale proposée par le capitaine Amadou Haya Sanogo, président du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE), cadre idéal pour débattre de l’avenir et du devenir de notre pays. Cependant, les mêmes vont se donner en spectacle à Ouagadougou, à l’invitation de Blaise Compaoré, proposé par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) médiateur dans la crise malienne.
Avec ces actes, on a compris que notre classe politique est animée par des apatrides qui ne sont là que pour préserver leurs biens mal acquis sur le dos du peuple.

On pensait que l’hémorragie allait s’arrêter là, mais c’était sans compter sur l’esprit malveillant d’autres Maliens. Il s’agit des responsables syndicaux. Le dernier en date est la sortie éhontée du syndicat de l’éducation de base (SYNEB).

Reçu en audience la semaine dernière par le président par intérim, le Pr. Dioncounda Traoré, ce syndicat n’a trouvé, autres opportunités, que celle-là pour réclamer des droits au moment où ses militants du Nord croupissent dans la misère totale. En aucun moment, le secrétaire général de ce syndicat n’a fait allusion à la reconquête de notre territoire occupé, ni aux enseignants disparus dans la nature ou pour toujours.
Comment en ce moment difficile de la vie de notre nation, on peut poser des revendications.

Le secrétaire général du syndicat de l’ORTM lui aussi a profité de la visite du ministre de la Communication pour demander des primes conséquentes. Pour cet homme, les dégâts causés à l’ORTM importent peu.
A Sikasso, lors de la tournée du capitaine Idrissa Sissoko, les militaires revendiquent des logements à un moment où ils devraient dire que notre objectif est le Nord.

Dans la société civile, c’est la guéguerre entre les religieux. Chacun se positionnant pour ravir la vedette à l’autre.

Finalement, les Maliens aiment-ils le Mali, pourrait-on se demander ? On veut profiter de la souffrance de l’autre pour se faire une place au soleil. En un mot, le Malien est un loup pour le Malien, chacun se cherchant à tirer la couverture sur soi.

Il serait utile que cette génération de Maliens fasse référence à des nationalistes comme Modibo Keïta, Sékou Touré, Kuamé Nkrumah, etc.

Yoro SOW

L’Inter de Bamako du 14 Mai 2012