Partager

Il y’ a à peine deux mois que la direction de la sécurité d’Etat rendait un dernier hommage à quatre de ses sous officiers tués en mission « présidentielle » entre Gao et Mopti. Le lourd et pénible silence qui pesait sur les circonstances de la mort tragique de ces agents vient d’être brisé. En partie du moins. A l’issu d’une fastidieuse enquête, nous vous livrons quelques révélations sur cette scabreuse affaire. Qui sont-ils ? Comment sont ils morts ? Pourquoi les résultats de l’enquête n’ont-ils pas été rendus publics ? Lisez plutôt.

jpg_c-8.jpgEn effet, des membres d’Al qaïda d’origine mauritanienne avaient enlevé fin 2008, des diplomates canadiens au Niger et avaient réussi à trouver refuge dans le nord de notre pays. Après plusieurs tractations entre autorités maliennes et canadiennes, les otages et leurs ravisseurs ont été vite localisés.

Le président de la république Amadou Toumani Touré assure les autorités canadiennes de tout le soutien des services de sécurités du Mali pour obtenir la libération des otages sans violence.

Un ballet diplomatique s’engage entre le Canada, le Mali, le Niger et la Libye. Les services de renseignements canadiens sont autorisés à investiguer aux côtés de la Sécurité d’Etat du Mali.


Faisons économie des détails sur les missions conjointes qui ont travaillé sur le dossier jusqu’à l’aboutissement des négociations.

En tout cas, le chauffeur de nationalité nigérienne fut libéré et deux ravisseurs mauritaniens se réclamant du célèbre mouvement terroriste Al Qaïda ont été arrêtés.

Le président de la république Amadou Toumani Touré ordonne par téléphone au patron de la SE, le colonel Mamy Coulibaly de prendre toutes les dispositions utiles pour acheminer les ravisseurs et l’otage nigérien à Bamako.

Aussitôt, une réunion extraordinaire est convoquée à la DGSE, regroupant tous les officiers supérieurs et chefs de division.

A l’issue de ladite réunion, dont nous tairons la date et les débats qui y ont été animés, quatre sous officiers bien formés ont été désignés. II s’agit de Djakaridja Niaré, Guédiouma Sangaré, Samba Kébé, et Harouna Kampo en plus du chef de la mission et du chauffeur.

Le choix porté sur ces éléments n’est pas le fruit du hasard. Ils se sont brillamment illustrés dans d’autres missions plus complexes et extrêmement sensibles.


Les bavures inadmissibles

S’il est vrai que cette mission était d’une importance capitale, il faut reconnaître que les erreurs se sont multipliées dans sa préparation et son exécution.

D’abord, au lieu d’un avion militaire recommandé pour une telle mission, le DG de la SE et son adjoint ont préféré plutôt affecter un pick Up de marque DAKOTA à l’équipe. Si encore ce véhicule était en bon état de fonctionnement, on pourrait comprendre le souci d’économie de ressources financières argué par les chefs barbouzes.

Mais, en réalité, il s’agissait d’un véhicule tripoté par Ag Bibi, membre actif de la rébellion et qui ne l’avait rendu qu’à la veille de la périlleuse mission.

Dans les conditions normales, un véhicule affecté à une telle mission devrait subir une inspection mécanique générale avant d’être mobilisé sur une telle distance (Bamako-Gao, Gao- Bamako). Mais tenez bien, il n’y a aucun certificat attestant que l’engin a été présenté à un mécanicien.

La deuxième erreur a été que les responsables de la SE n’ont pas tenu compte du confort de l’équipe dans la DAKOTA. Comment peut-on faire embarquer dans un Pick UP six agents avec leurs bagages et dotation (armes et munitions) ? Mieux, au retour, le même et seul véhicule devait ramener huit passagers dont deux redoutables terroristes et un otage.

On n’a vraiment pas besoin d’être spécialiste pour savoir qu’à défaut d’un avion militaire, il fallait plus de véhicules.

Rappelons que dans le seul parc auto du DG, on peut compter, une Land Cruiser version américaine, une autre Cruiser V8, une Prado, une Nissan Pick Up double Cabines, et une Jeep Cherokee nouveau modèle en plus d’une autre uniquement réservée au transport de son déjeuner de son domicile à son bureau.

Pas question donc de problème de véhicule. A moins qu’on nous dise que ces véhicules, sont une propriété privée. Et même dans ce cas, où sont donc passés les Pick Up double cabines offerts par l’Espagne ?


Cette question ne sera pas répondue !

C’est donc dans ces conditions que les éléments ont embarqué pour  » un dernier voyage « .

Ni au départ de Bamako, ni au départ de Gao, le taco n’a reçu la visite d’un mécanicien.

Au retour, les deux terroristes mauritaniens, prennent place dans la cabine aux côtés du chef de mission et de son chauffeur.

Les autres dont les sous officiers Niaré, Sangaré, Kébé et Kampo sont parqués comme du bétail en arrière.

En pleine allure, pressés qu’ils étaient de regagner la base, une roue se détache entre Gao et Mopti. L’engin fait plusieurs tonneaux écrasant dans son roulé-boulé ses passagers.

Seuls survivants, le chef de mission, le chauffeur et les deux terroristes.

Les quatre autres membres de l’équipe manquent à l’appel et pour l’éternité.

Ironie du sort, c’est un avion militaire qui ramena leurs corps à Bamako.

Paix à l’âme de nos valeureux agents qui viennent de tomber sur le champ de l’honneur.

En attendant que le président de la république ne prenne toutes ses responsabilités dans cette scabreuse affaire, voilà une face «  immergée «  de Iceberg.


Abdoulaye Niangaly

Nous vous proposons notre article publié sur l’affaire dans notre édition N°368 du lundi 02 mars 2009

Rébellion au Nord du Mali : Quatre soldats et sous-officiers tués

Le camp de Kati était en deuil le vendredi dernier. Les corps de quatre soldats enveloppés des couleurs nationales sous le regard médusé d’une foule nombreuse de parents, amis, et compagnons d’armes, tel était pour le moins le triste spectacle qui a anéanti la ville.

Comment sont-ils morts ?Il s’agit de quatre officiers ayant trouvé la mort en mission commandée au Nord du Mali. La version officielle d’un accident n’a convaincu apparemment que peu de gens. En effet, dans le discours prononcé par le Général Kafougouna Koné, il est dit que ces soldats ont été tués dans un accident dans les environs de Gao.

Tout en larme et souvent en sanglot, les parents réclamaient les corps mais en vain. L’accès aux dépouilles leur ayant été interdit. Quelles sont les causes de cet accident, si ç’en n’est un ? Officiellement personne n’en pipe mot. Or, en pareille circonstance, des enquêtes sont vite ouvertes. Mais dans le cas présent, nous attendons encore en tout cas jusqu’au moment où nous mettons sous presse, une déclaration quelconque dans ce sens. Quoi qu’il en soit, toute la vérité doit être dite sur cette affaire, qui émeut tout le Mali.

En attendant, nous présentons toutes nos condoléances les plus attristées aux familles de ces vaillants fils du pays tombés sur le champ de l’honneur. Par la même occasion, adressons nos sincères félicitations aux soldats et sous-officiers et officiers, mobilisés pour la préservation de la paix et la sécurité dans notre pays.

Abdoulaye Niangaly

Le Quotidien de Bko du 14 Avril 2009