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Ils sont tous deux étrangers. L’un est Sud africain Oustman Soohon. L’autre est marocaine, de la ville d’Agadir Rachida. N’eut été le hasard du destin, ces deux personnes n’allaient jamais se rencontrer à plus forte raison se connaître et s’engager dans une entreprise commune.

Et pourtant c’est ce destin qui les a conduit sur la terre malienne avec curieusement le même objectif : acheter de l’or en catimini en grande quantité. Pour n’avoir pas voulu observer les règles élémentaires de prudence en la matière, ils ont tous deux été floués, dépossédés de tout leur argent par des réseaux mafieux maliens qui contrôlent le trafic de ce métal précieux.

Oustman Soohon et Rachida se sont aujourd’hui établis dans notre pays pour que justice leur soit faite. Quand nous les avons rencontrés dans les couloirs du tribunal de première instance de la Commune III du District de Bamako, ils avaient l’air perdu. Et malgré cette dure épreuve, ils ont accepté de nous conter leurs mésaventures. Récit d’une histoire pas comme les autres.

Selon le Sud africain Oustman Soohon, il est le représentant d’une société spécialisée dans la vente de l’or basée à Singapour, Dubaï et Hong-Kong. Il dit être entré en contact avec un certain Abdramane Diallo qui lui a promis le transport de 37 kg d’or sur Dubaï. Ce dernier qui se faisait passer comme un transitaire l’a invité dans sa société dénommée FIDAP.

Et d’ajouter qu’il lui a versé 28 000 dollars soit 14 000 000 de F Cfa. «Depuis qu’il a perçu cet argent, Abdramane Diallo a disparu dans la nature» dira Oustman Soohon.

Comme un malheur ne vient jamais seul, le même Sud africain est entré en relation d’affaires avec un dénommé Brahima Gakou. Avec ce dernier, nous confia-t-il, «j’ai acheté 156 kg d’or et tous les montants ont été virés dans son compte moyennant la somme de plus d’un million six cent mille dollars».

Selon lui, tous les virements effectués sont dans le dossier du juge d’instruction du 7e cabinet du tribunal de première instance de la Commune III du District de Bamako, Amadou Bocar Touré en charge de ce dossier. «Il n’a respecté aucun de ses engagements et à ce jour, je n’ai reçu aucun kilo d’or malgré le fait qu’il ait été payé en intégralité» conclut-il avec amertume. La victime sud africaine s’en est limitée-là au motif qu’il ne sape mot sur la procédure qui est présentement en cours dirigée contre Abdramane Diallo et Brahima Gakou.

Oustnan Soohon a cependant tenu à nous dire que s’il a décidé de publier sa mésaventure c’est pour informer l’opinion publique des agissements crapuleux de certains Maliens car à l’étranger c’est un pays qui jouit d’un bon crédit.

L’histoire de la marocaine, Rachida est tout aussi rocambolesque que celle du Sud africain. Elle nous confia que c’est par un certain Azaber de Paris et Manuel Senounou qu’elle a découvert les potentialités en or du Mali sur internet. Selon elle, ce sont ces derniers qui lui ont présenté la Société SONETRANS de Abdoulaye Touré ; MARDINAL GOALD de Mamadou Traoré et AFRICAN SERVICE de Djindé Conté.

«Après un contact en mail, dira Rachida, je suis venue à Bamako pour discuter des détails du contrat de vente de l’or à savoir la quantité et le prix. Avec la société MARDINAL Goast de Mamadou Traoré, j’ai signé un contrat portant sur la vente de 150 kg d’or. Le tout pour 39 000 dollars. «C’est ainsi que mon partenaire PRAIDE ITALIA de M. Bonato ATILIO a envoyé à la MARDINAL Goald 39 000 dollars» fera savoir Rachida. Elle tiendra aussi à dire qu’elle a ajouté 8 000 dollars pour les formalités administratives de transport des 150 kg d’or.

«J’ai découvert très tardivement qu’ils n’avaient rien et qu’ils n’ont rien fait» dira Rachida. Et pourtant, elle a tenu encore à entretenir une autre relation avec une autre société, SONETRANS de Abdoulaye Touré.

Selon elle, cette société aussi lui avait promis 150 kg d’or avec un acompte de 8 000 dollars. «Il n’a pourtant donné tous les documents un original mais les marchandises ne sont jamais arrivées en Italie» fera savoir Rachida. Elle estime avoir perdu dans cette opération 127 000 dollars soit près du demi milliard de F Cfa.

«Depuis que je suis au Mali jusqu’à ce jour, j’attends que justice soit rendue» dira Rachida avant d’ajouter qu’elle se sent aujourd’hui en insécurité dans notre pays. En effet, révéla-t-elle, il y a quelques temps pendant qu’elle se trouvait en ville, un inconnu a mis un pistolet à son dos.
C’est dire qu’en dépit du préjudice dont elle est victime, sa vie aussi est menacée.

Certains des membres de ce réseau crapuleux sont sous mandat de dépôt et d’autres pas. Le principal fugitif impliqué dans l’escroquerie à l’or au préjudice des Russes, de la Marocaine et du Sud africain n’est pourtant allé nulle part. il est à Bamako et se promène en ville comme «un bon père de famille». Tout le monde le sait et personne ne lève le petit doigt pour procéder à son arrestation. Pourquoi ?

Comment voudriez-vous alors que le juge d’instruction en charge de la procédure se substitue à ceux-là même qui sont censés procéder à son arrestation ? Est-ce un juge ou un «Jack Bauer», nous croyons que non car sa mission c’est d’instruire à charge et en décharge mais faudrait-il qu’on lui donne également les moyens pour qu’il arrive à cette fin.

De grâce, la justice n’appartient à personne, elle est rendue au nom de l’Etat, «Un Peuple, Un But, Une Foi» c’est pourquoi au nom de ce même Etat, il est loisible que tout soit mis en œuvre pour que Brahima Gakou comparaisse devant le jeune juge d’instruction du 7e cabinet du tribunal de la Commune III.

Au lieu de tenter de noyer le poisson dans l’eau comme tente de faire certains, il est bon de rappeler que tout le Mali est au courant de cette escroquerie à l’or qui est loin d’être une représentation fantasmagorique. Aujourd’hui, la Marocaine et le Sud africain séjournent au Mali et ne savent plus à quel saint se vouer mais leur espoir est fondé sur le juge Amadou Bocar Touré qui est décidé à chercher la vérité jusque dans la cuisse de jupiter.

10 Avril 2009