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Le 10 janvier 2009, s’est tenue au CICB l’une des grandes messes du Mouvement démocratique. Mais, les rôles étant mal connus et mal distribués, chacun essaya de tirer la couverture sur lui et de dire ce qu’il a fait exactement en ces journées chaudes de lutte contre l’autocratie parce qu’on a remarqué, par ces temps de restauration que certains s’emploient à écrire frauduleusement l’Histoire nationale à leur seul profit.

Beaucoup d’observateurs ont noté que derrière les discours plus ou moins enflammés des uns et des autres, se lisaient, moins que la reconstitution de la vérité historique, tantôt la nostalgie des années de pouvoir, tantôt le regret et l’agacement (voire la colère) d’avoir imprudemment laissé le pouvoir à des démocrates du lendemain qui non seulement ont eu maintenant le temps d’implanter leur clan et leur régime, mais également se donnant même la liberté de restaurer l’ancien régime.

Néanmoins, une telle rencontre aurait dû être, en plus de son objet même, l’occasion, pour ses organisateurs, de dire certaines vérités sèches au gouvernement, de hurler haut que le pays va mal, que l’air que l’on respire se vend de plus en plus cher, qu’on n’a plus l’impression d’être chez nous mais surtout que la gestion de la crise du Nord est tellement calamiteuse que des amateurs en politique feraient mieux.

Dans la recherche de solution à cette dernière, on est ahuri par la position de certains grands partis politiques qui n’osent pas contredire le chef de l’Etat qui, on le sait, va droit au mur dans cette affaire. Tout simplement parce que le scénario gouvernemental fait de bout le dialogue et de concession ne marche pas avec des gens qui n’entendent que le bruit des armes à feu.

Il faut donc faire changer le fusil d’épaule et adopter la même position guerrière que les bandits du Nord, que ceux-ci s’appellent rebelles, bandits armés ou narcotrafiquants. C’est à ce prix que le Mali ne deviendra pas la Colombie de l’Afrique de l’Ouest.

Ces messieurs et ces dames du Mouvement démocratique ont d’ailleurs été si prudents dans leur démarche qu’on eut le sentiment qu’ils étaient venus dans la salle plus pour se divertir que pour parler des problèmes nationaux.

Evitant soigneusement de s’attaquer aux sujets qui fâchent, comme la vie chère ou la délinquance des commerçants et des mairies, ils ont préféré inaugurer les chrysanthèmes et se sont félicités de l’élection de Barack Obama à la présidence américaine, sans prendre le temps de penser que si le président élu est Noir, le pouvoir américain, lui, reste blanc et anglo-saxon.

Ils ont donc gardé le profil bas, conscients d’avoir participé sans doute à l’avènement du régime actuel. S’ils sont sortis de la salle quelque peu contents de montrer aux Bamakois – dans les campagnes, on ne fut pas au courant – qu’ils se souviennent des grandes lignes, pas des détails, du grand chamboulement de mars 1991, beaucoup n’ont pas été convaincants dans leurs déclarations, surtout après une décennie passée au pouvoir.

Le peuple n’ayant pas la mémoire courte, les considère désormais comme des combattants de la génération perdue qui guerroient plus dans les souvenirs que dans les faits. D’ailleurs, plus personne ne les écoute si ce n’est quelques clients auxquels ils ont rendu service quand ils étaient aux affaires et leurs tentatives maladroites pour retrouver les positions perdues n’ont aucune chance d’aboutir.

C’est vrai que cela ne doit pas être facile de rouler dans l’or perdant dix ans et de devoir courir derrière le nansongon quelques années plus tard, mais en politique quand on assure mal sa succession, cela se paye au comptant et avec des intérêts.

Tout cela fait que la génération actuelle de nos politiciens et en perte de vitesse et doit passer le relais à celle qui vient et dont les premières têtes sont déjà visibles, non pas dans le gouvernement, qui est un club d’amis mais à l’Assemblée nationale où le discours politique commence à changer. Celle-ci ayant vu, malgré l’argumentaire démagogique déployé, la pourriture des aînés étalée sur la place publique, saura se corriger et faire en sorte qu’elle ne se reproduise plus.

Yiriba

23 Janvier 2009