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La tenue des concertations nationales réclamées par une partie de la classe politique et de la société civile semble compromise. Le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République (FDR) en conteste l’organisation, les membres de la commission d’organisation et les termes de références. Le front anti-putch n’est donc pas près de participer à une concertation nationale censée planifier la transition, ou ce qu’il en reste, désigner les acteurs, situer les responsables, déterminer les missions.

Or, il le faut. Pour plusieurs raisons. En particulier, il convient de déterminer les missions des deux principaux responsables de la transition : le président de la République et le Premier ministre. Il faudrait que le Malien sache dans quelle république il vit. Une démocratie comme l’Allemagne avec un chancelier plein de pouvoirs ou comme la France avec un président de plein exercice ?

Si l’accord-cadre signé entre le Cnrdre et la Cédéao le 06 avril dernier concédait au Premier ministre les pleins pouvoirs, il y a longtemps que les choses devaient rentrer dans l’ordre, notamment depuis le retour du président de la République de son congé médical en France. On se rappelle que quelques heures avant ce retour, le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, comme l’ancien président de la République, Amadou Toumani Touré, a organisé un show télévisé, le « Baroni », sur ses actions. Mais bien avant cela, se prenant pour le chef de l’Etat, il a beaucoup voyagé dans l’avion présidentiel, rencontré des chefs d’Etat, parlé au nom du Mali, pris beaucoup de décisions dont les plus notables et contestables ont été de s’entourer de conseillers spéciaux avec rang de ministre et de former un gouvernement parallèle. Devant le tollé général, y compris à l’extérieur, le boulimique Premier ministre semblait avoir mis de l’eau dans son vin. Mais non ! Il vient de remettre ça. Vendredi soir, le Premier ministre s’est payé le luxe présidentiel de faire une « adresse à la nation » (sic). Comme n’importe quel chef d’Etat qui parle à son peuple.

Un bon discours, quand même. Cheick Modibo Diarra a profité de cette occasion pour faire montre de fermeté et d’agressivité envers les groupes armés qui occupent le nord du pays. Pour lui, la saison du dialogue et de la négociation est passée, il faut passer à l’action, faire la guerre. Les criminels qui se sont rendus coupables des pires atrocités, vols, viols, amputations, flagellations, lapidations, meurtres, ne doivent pas restés impunis. Ils doivent passer devant la justice et payer pour tout ce qu’ils ont fait. Tous doivent être poursuivis et jugés, qu’ils soient du Mnla ou d’Ansar Eddine qui sont en train de faire les yeux doux à la communauté internationale pour l’absolution de leurs crimes et leur retour dans la danse, qu’ils soient d’Aqmi ou du Mujao qui ne renoncent toujours pas à l’application de la loi islamique, tous doivent payer, de même que leurs complices et leurs relais locaux. Un pied de nez au médiateur burkinabé, à l’Algérie, aux Etats-Unis et à certains occidentaux qui s’imaginent encore que le dialogue est encore possible avec des bandes criminelles qui ont pris le fusil contre leur pays et ses populations, en détruisant tout ce qui a été péniblement construit pendant des décennies.

Le Premier ministre a fait son « adresse à la nation » au moment où le président de la République se trouvait à Abuja (Nigeria) pour prendre part au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement sur le plan d’intervention militaire multinationale dans le nord du Mali. Mais selon certaines indiscrétions, Dioncounda Traoré aurait failli ne pas aller à cette rencontre, faute d’avion. Mais à ce niveau, il y a deux thèses. Selon la prémière, les réservoirs de l’avion présidentiel ne contenaient pas une seule goutte de kérosène alors que dans la deuxième, c’est le pilote qui aurait refusé de faire le déplacement parce qu’il ne serait plus payé depuis des lustres.

Dans tous les cas, selon les mêmes indiscrétions, c’est un avion ivoirien qui aurait transporté le chef de l’Etat jusqu’à Abuja. Pour son retour, il serait peut-être forcé de se débrouiller comme un grand. Après tout il est officiellement le président de la République même si c’est par intérim, et même si c’est pour amuser la galerie ou inaugurer les chrysantèmes. Et s’il se laisse faire, il sera toujours dans l’ombre de son super Premier ministre.

Cheick Tandina

Le Prétoire du 12 Novembre 2012