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Il y a quelques temps, la nomination par Dioncounda Traoré de Tiébilé Dramé au poste de conseiller spécial du président de la République pour les affaires du nord avait suscité beaucoup de débats et d’interrogations. Surtout quand c’est le président du Parena qui a été chargé, en juin, de mener des discussions et négociations avec les groupes armés touareg à Ouagadougou où un accord a été signé entre le gouvernement malien et les rebelles terroristes. Des interrogations et débats parce que, peu de temps auparavant, le président avait créé la Commission de dialogue et de réconciliation (CDR) avec pour mission de ramener la paix et la stabilité sociale entre les communautés du Septentrion malien. Tiébilé Dramé a donc vite été perçu comme un doublon de trop.

Aussitôt élu à la présidence de la République avec une très large majorité, Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) s’est empressé de créer un ministère en charge de la réconciliation nationale sans pour autant mettre fin à la mission de la CDR. Suscitant du coup les mêmes interrogations que lors de la création du poste de conseiller spécial pour les questions du nord. Il est vrai qu’un département ministériel est autrement plus important et représentatif qu’une commission, quelque soit la structure, présidence ou primature, à laquelle celle-ci est rattachée. D’autant plus que le ministre de la réconciliation nationale, Cheick Oumar Diarrah, est la troisième personnalité du gouvernement après Mohamed Aly Bathily, ministre de la justice, garde des sceaux, et Soumeylou Boubèye Maïga, ministre de la défense et des anciens combattants ; mais avant le chef rebelle des années 1990, Zahabi Ould Sidi Mohamed, ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale, et la banquière Bouaré Fily Sissoko, ministre de l’économie et des finances.

Mais les risques de chevauchement entre le ministère de la réconciliation nationale et la CDR existent et pourraient entraver les missions des deux structures. Des missions qui pourtant se présentent bien en ce qui concerne le nord. Parce que d’une part, les communautés du nord ont toujours vécu paisiblement entre elles au point de tisser de solides liens matrimoniaux entre nomades et sédentaires, tout en développant une interdépendance commerciale (sel et viande contre céréales, etc.) La réconciliation ne sera pas difficile parce que ces différentes communautés sont condamnées à vivre ensemble, les unes dépendant des autres. D’autre part, ceux des deux bords qui se sont illustrés par des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et infractions diverses sont connus de tous. Là également, la réconciliation ne sera pas difficile à condition que les torts et injustices soient réparés, que les coupables, d’un côté comme de l’autre, soient poursuivis et punis conformément aux lois en vigueur.
Mais le nouveau département n’est pas seulement que pour la réconciliation nationale. Cheick Oumar Diarrah et le gouvernement doivent aussi s’atteler au développement des régions du nord. Et là il y a problème.

Le grand public n’a pas oublié, en effet, que depuis des décennies le nord engloutit une très grande part de l’aide publique au développement même si, au finish, seuls quelques individus (ministres, élus, notables, chefs coutumiers, chef de projet ou de programme, etc.) en profitent réellement. Le grand public sait également que le souci de ces rebelles terroristes avec lesquels le gouvernement veut dialoguer et négocier n’est pas le développement de leurs terroirs. Sinon, pendant le laps de temps où ils se sont rendus maitres du septentrion, ils n’auraient pas déchiré le fragile tissu socioéconomique, détruit le peu de réalisations qui ont pu être faites péniblement grâce aux partenaires.

Pour rappel, dans les centres de santé, les lits, matelas, draps et couvertures ont été emportés par les assaillants de même que certains matériels et équipements dont des véhicules et motos. De la même manière, des écoles ont été pillées de fond en combles avec les battants des portes et fenêtres arrachés et emportés ; des ONG, projet et programmes de développement ont également été saccagés et pillés.
Le gouvernement aura donc du mal à dialoguer et à travailler avec des gens qui n’ont pas la même perception du développement que lui.
Par ailleurs, pourquoi un département consacré uniquement au développement des régions du nord ? N’est-ce pas cautionner cette dichotomie qui veut qu’il y ait un Mali du nord et un Mali du sud, alors que le développement doit être national, total et intégré ? Les ressortissants des autres régions vont-ils continuer à accepter que le gouvernement injecte des centaines de milliards dans une seule et même partie du pays dont les véritables bénéficiaires sont les premiers à détourner et piller les ressources avant de prendre les armes contre le pouvoir central ?

Il est temps pour le pouvoir central de ne plus faire de différence entre le nord et le sud d’un pays qu’il veut un et indivisible. D’autant plus qu’une initiative pareille s’était révélée malheureuse. C’était en 1996-1997, lorsqu’IBK, en sa qualité de Premier ministre (le troisième du président Alpha Oumar Konaré en l’espace de deux ans), pour faire plaisir à des amis politiques, comme c’est le cas aujourd’hui, avait créé un ministère des zones arides et semi arides. Plus récemment, le président Amadou Toumani Touré, pour les mêmes raisons, a tenté la même chose avec la création d’un ministère spécifiquement dédié à la zone Office du Niger. Les deux expériences ont tourné court.
Et celle d’IBK ne tardera pas à connaitre le même sort tant qu’il se refusera à appréhender les véritables problèmes.

Cheick TANDINA

Le Prétoire du 12 Septembre 2013