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Dès le lundi soir, Soumaïla Cissé (URD), candidat admis au second tour de l’élection présidentielle, a appelé son rival finaliste, Ibrahim Boubacar Kéita (RPM), avant de lui rendre visite afin de le féliciter d’avoir gagné le scrutin du 11 août. Ce geste a été salué par tous et perçu comme un acte révélant la stature d’homme d’Etat, de démocrate et de républicain du candidat de l’URD. Ce geste a également entrainé les félicitations de la communauté nationale et internationale à l’endroit d’IBK.

Quelques heures plus tard, Soumaïla Cissé organise une conférence de presse pour tenter d’expliquer et de justifier son geste, « naturel à l’égard d’un ainé ». Au moment où nous mettons sous presse, le principal intéressé, IBK, n’a pas encore réagi. Ni à son « élection » ni aux félicitations des uns et des autres. Est-ce un signe ?
On a accusé le président du RPM, tout au long de la campagne électorale, et même avant, d’être le moins démocrate de tous les candidats parce qu’il a eu le soutien, peut-être à son corps défendant, de certains groupes musulmans et militaires.

Ceux qui ont lancé ces accusations n’ont pas tenu compte que tous les militaires réunis, que toutes les associations islamiques réunies ne font pas la majorité du peuple malien, ne constituent pas les 48,98% de Maliens qui ont voté pour IBK au premier tour de scrutin. Ils ne sauraient non plus constituer la majorité des votants qu’on impute au « Tisserand » en chef à l’issue du second tour. D’où la nécessité de comprendre qu’IBK a bénéficié d’un vote populaire, c’est-à-dire des suffrages provenant de toutes les couches socioprofessionnelles du pays. Mais malgré cette légitimité populaire, c’est le président du RPM qui a adopté l’attitude la plus républicaine et démocratique, la plus légaliste et respectueuse des textes.

Ceci, en restant strictement muet parce que la loi, autrement dit la Cour constitutionnelle, ne s’est pas encore prononcé définitivement sur des résultats que même l’administration territoriale n’a pas encore fini de traiter a fortiori les transmettre au pouvoir judiciaire.
Cette attitude à elle seule annonce-t-elle ce que sera le prochain quinquennat ? IBK sera-t-il ce président légaliste, démocrate et républicain que les Maliens attendent depuis des décennies ?

En tous les cas, son mutisme présent constitue l’espoir d’un acte refondateur et constructif. A condition que dès à présent, IBK fasse la part des choses entre ceux qui l’ont rejoint parce qu’ils partagent la même vision politique, idéologique et philosophique que lui, et ceux qui, sûrs de sa victoire, sont venus grossir ses rangs par opportunisme, parce qu’ils ont horreur d’aller à l’opposition et de rester en marge du pouvoir. Ces individus, depuis des décennies, les Maliens les pratiquent et les supportent sans jamais parvenir à s’en débarrasser, et s’ils ont voté pour IBK, c’est justement dans la logique d’être gouvernés autrement.

Au cours de sa conférence de presse, le candidat Soumaïla Cissé qui, en l’absence de la moindre décision du gouvernement et de la Cour constitutionnelle, croit qu’il est déjà battu, a affirmé constituer désormais une opposition constructive. Faut-il le croire ?

Non, à première vue, car son geste de la veille a surpris et dérouté plus d’un. D’abord, comme déjà dit, l’homme n’a aucune preuve officielle de sa défaite, une preuve que seule la Cour constitutionnelle peut fournir. Ensuite, même s’il n’a fait aucune requête en annulation du scrutin, même s’il n’y a aucune autre plainte, Soumaïla Cissé aurait dû, en bon légaliste, démocrate et républicain attendre la proclamation provisoire du ministère en charge des élections et, surtout, la décision définitive de la Cour constitutionnelle.

En outre, le candidat de l’URD a affirmé qu’il ne pouvait pas se contenter d’un simple coup de fil pour féliciter « un ainé » qu’il n’a pas du tout épargné tout au long de la campagne électorale, allant jusqu’à rappeler en public les goûts exagérés de l’ancien Premier ministre pour la bonne chère et les soirées arrosées. Il est vrai qu’un simple coup de fil peut difficilement effacer une telle discourtoisie envers « un ainé. »

Il fallait donc qu’il fasse le déplacement en personne. Mais apparemment, cela ne suffisait pas car Soumaïla Cissé a également éprouvé le besoin de faire le déplacement avec son épouse et ses deux enfants, de trouver IBK à son domicile privé au lieu de prendre un rendez-vous au Q.G de campagne de ce dernier. Un geste surprenant dans la mesure où, en légaliste, démocrate et républicain, il ne devrait pas mélanger les affaires de famille et les exigences de la nation.

Mais le candidat de l’URD peut également, en agissant ainsi, avoir fait ses calculs : développer suffisamment de familiarité entre sa famille et celle de son ancien camarade de l’Adema qui a promis, tout au long de sa campagne, de s’atteler fermement et définitivement, une fois élu, à la lutte contre la corruption et la délinquance financière.

Cette crainte du projet de société d’IBK va-t-elle pousser certains à rejoindre les rangs de la majorité ? Très certainement, notamment les principaux animateurs du FDR qui ont dirigé ce pays depuis la chute du général Moussa Traoré en mars 1991. Et dont beaucoup sont encore libres parce que, consensus criminel aidant, le général ATT ne voulait pas envoyer en prison et humilier un chef de famille parce que celui-ci aurait détourné quelques centaines de millions de F Cfa.

Et alors, ce serait le retour à l’anormal tel que vécu avec la gestion consensuelle du pouvoir par tous les prédateurs de la République.

Cheick TANDINA

15 Août 2013