Partager

La requête d’une intervention de la force en attente de la Cédéao a été adressée au président ivoirien par son homologue malien. Pourquoi Dioncounda Traoré se décide-t-il enfin à accepter maintenant ce qu’il avait refusé à la communauté internationale ? Comment réagiront les acteurs hostiles à la présence de troupes étrangères au Mali ?

Le gouvernement n’ayant pas de porte-parole, la présidence étant dépourvue d’une cellule de communication fonctionnelle, c’est par une radio internationale que le peuple malien a appris que son président par intérim a requis l’intervention d’une force étrangère pour déloger les groupes armés qui occupent son nord. Mais cela est tout à fait normal dans un pays piloté à vue, et dont, des deux hommes qui occupent le cockpit, personne ne sait qui est le commandant de bord et qui est le copilote. Toujours est-il que, selon Radio France internationale, qui l’aurait appris du représentant spécial de la France au Sahel, c’est Dioncounda Traoré, président de la République, qui a demandé au chef d’Etat ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, président en exercice de la Cédéao, de venir au Mali pour sécuriser les organes de la transition, lutter contre le terrorisme, renforcer les capacités militaires, réorganiser et doter de moyens techniques les forces armées et de sécurité.

Pendant ce temps, d’autres pays inquiets de l’insécurité dans la bande sahélo-saharienne s’activent à recevoir de l’Onu un mandat.
La requête de Dioncounda Traoré ne manque pas de soulever des interrogations chez les observateurs. Pourquoi maintenant ? Et, surtout, pourquoi le président de la République, dans sa requête, demande-t-il à la Cédéao ce qu’il avait refusé auparavant, notamment la sécurisation des organes de la transition ?

A l’analyse, il semble que Dioncounda Traoré a cédé à certaines pressions et contraintes émanant de ses pairs de la sous-région et des partenaires techniques et financiers. Exigée par la communauté internationale, la formation d’un gouvernement d’union nationale semble ne pas avoir le total aval des pays amis. En raison de l’importante présence de représentants des forces armées et de sécurité et de personnes jugées trop proches de l’actuel Premier ministre, en raison également de l’étroitesse de la marge de manœuvres d’un chef de l’Etat qui ne parvient pas à affirmer véritablement son autorité dans la gestion des affaires de la nation.

De plus, malgré l’acceptation de ce gouvernement par la majorité des forces vives, les partenaires financiers rechignent à délier les cordons de la bourse. Dioncounda Traoré ne peut pas non plus se permettre d’ignorer les critiques venant de ses amis du Front du refus qui s’évertuent à demander l’intervention de forces étrangères au Mali. Il y a quelques jours seulement, un responsable du Fdr réclamait, sur les antennes de la même RFI, la force en attente de la Cédéao. Et quoiqu’en dise un diplomate français, la récente prise de la localité de Douentza, située à seulement moins de 200 kilomètres de Sévaré, pourrait avoir pésé sur la décision présidentielle de requérir la communauté internationale pour sauver son pays.

Reste maintenant à savoir quelle sera la réaction de cette frange de l’armée réfractaire à toute intervention étrangère à Bamako. Mais déjà, on peut affirmer que le chef de l’Etat a la caution d’au moins une partie des forces armées et de sécurité concernées principalement par ce projet. Notamment celle du Comité militaire de suivi des réformes des forces de défense et de sécurité dirigé par un certain capitaine Amadou Haya Sanogo. Depuis des mois, le chef des putschistes du 22 mars a pris la meilleure voie possible, celle de la sagesse, et serait prêt à accompagner le projet présidentiel. Les forces de défense et de sécurité, dans leur ensemble, pourraient également participer à une prochaine intervention de la Cédéao au Mali, et ce, d’autant plus que depuis quelques jours, une commission ad hoc a été mise en place pour réconcilier l’armée avec elle-même.

C’est de l’extérieur que pourraient provenir les plus vives réticences. Notamment de l’Algérie voisine qui s’est toujours opposée à la présence d’une force internationale à ses portes. Mais ce serait de vaines réticences car, comme l’a compris le président Dioncounda Traoré, l’occupation des régions du nord et du centre n’est plus le problème du Mali seulement mais une menace internationale pour la sous-région et l’Occident.

Cheick Tandina

Le Prétoire du 6 Septembre 2012