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Deux faits majeurs étaient attendus pour cette semaine : la formation d’un gouvernement d’union nationale et la décision du conseil de sécurité des Nations unies concernant le concept d’opération de la force africaine dans le nord du Mali. Concernant le premier point, le nouveau couple exécutif, Dion et Dian, semble être bien pressé et entreprenant.

Un peu plus de vingt-quatre heures après s’être débarrassé de son encombrant et extravagant Premier ministre, l’imposant Cheick Modibo Diarra, Dioncounda Traoré le remplace par Diango Cissoko. Mais si le président de la République n’a pas perdu de temps pour ce faire, son nouveau Premier ministre non plus ne tardera pas à remplir sa première mission. Car à peine nommé, Dian forme, le samedi, un gouvernement dit d’union nationale censé représenter toutes les sensibilités. Un gouvernement de trente membres, expurgé des amis de l’ancien Premier ministre, n’enregistrant que six nouvelles entrées, avec les mutins et putschistes à leurs postes stratégiques.

Aux dires de Dian, le nouveau gouvernement va s’atteler à ses deux missions principales que lui ont confiées Dion : la libération des régions du nord et l’organisation d’élections crédibles. Ce gouvernement était réclamé par tous, à commencer par la classe politique qui avait du mal à cautionner le sortant. Et aujourd’hui, Frd et Copam approuvent celui qui vient d’être mis en place. Pourtant, à y voir de près, il n’y a pas grand changement. Il y a certes eu des permutations, six nouvelles entrées, mais l’ossature reste la même, notamment en ce qui concerne les postes dits de souveraineté et les parts léonines de la junte. Et, on l’a déjà dit, les missions restent les mêmes. Haya !

Dès l’aube du 22 mars, le chef des putschistes, Amadou Haya Sanogo, déclarait à la télé que l’urgence était au retour de la sécurité et de la paix dans le nord. Neuf mois plus tard, les régions septentrionales sont toujours occupées par des terroristes, jihadistes et narcotrafiquants. Mais l’urgence, semble-t-il, n’est plus à la libération du nord mais à l’organisation d’élections sur le seul tiers du territoire encore sous contrôle des autorités maliennes. Les plus volontaires à aller à la reconquête des régions du nord sont tour à tour évincés.

D’abord en mars, après avoir commandé du matériel de guerre, et pendant qu’il s’apprêtait à mobiliser toutes les forces armées et de sécurité pour faire face à la rébellion armée déclenchée le 17 janvier par le Mnla, le président Amadou Toumani Touré est renversé par des militaires, notamment par ceux-là mêmes qu’il se proposait d’envoyer dans le nord. Neuf mois plus tard, Cheick Modibo Diarra, alors Premier ministre, de retour de la France et du Tchad, adopte un ton ferme et belliqueux. Pendant que des émissaires de la présidence étaient à Ouagadougou pour amorcer le dialogue avec les terroristes et indépendantistes, Cheick Modibo Diarra clame haut et fort : ni dialogue ni négociation, il faut la guerre. Quelques heures plus tard, il est renversé à son tour par ceux-là mêmes qui ont envoyé Amadou Toumani Touré en exil forcé. D’où quelques interrogations.

Ces jeunes militaires qui roulent des mécaniques et exhibent leurs muscles, qui n’hésitent pas à enlever et à séquestrer de paisibles citoyens, qui font une guerre implacable et exterminante à un autre corps de l’armée, ces jeunes militaires qui ont la gâchette si facile ici à Bamako, qui imposent leur volonté dans la formation des gouvernements et ont le pouvoir de démettre un Premier ministre, ces jeunes militaires ont-ils vraiment la volonté d’aller combattre dans le nord afin de libérer les régions du nord ? Selon le capitaine Amadou Haya Sanogo, la seule préoccupation de l’armée est la libération du nord. On veut bien le croire, mais jusqu’-à présent les militaires se sont surtout illustrés par leur immixtion dans la sphère politique. A un certain moment, ils ont fait des vagues parce que le matériel de guerre commandé par le général Amadou Toumani Touré avait été bloqué dans certains ports de la sous-région. Cette cargaison a été libérée depuis quelques semaines mais Kati ne parle toujours pas de contre-offensive, au contraire, sa nomenklatura tient plus que jamais aux strapontins dans le gouvernement et à d’autres postes stratégiques.

Pendant ce temps, le nord se meurt de sa plus belle mort.
Du coup, tous les regards sont désormais tournés vers New York où le conseil de sécurité des Nations unies doit examiner le concept d’opération de la Cédéao et de l’Union africaine au Mali. Il s’agit pour l’organisation mondiale de se décider sur l’envoi d’une force internationale africaine afin de libérer les régions du nord de la présence de groupes armés non étatiques. L’opération doit se faire avec, en première ligne, les forces armées et de sécurité maliennes. Mais il semble que la réticence des Etats-Unis et de l’Onu est surtout due à la méfiance qu’inspirent des militaires plus prompts à jouer sur la sphère politique qu’à aller sur la ligne de front. Autant dire qu’on n’est pas encore sorti de l’ornière.

Cheick Tandina

Le Prétoire du 17 Décembre 2012