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Dans la nuit du samedi au dimanche derniers, au moins huit Maliens et autant de Mauritaniens, tous membres de la confrérie Dawa, ont été tués par les forces de sécurité à Diabali. Bavure ou erreur, cet incident (diplomatique ?) a suffi à attirer l’attention du public sur une confrérie qui s’active depuis des années au Mali.

C’est au début de la décennie 1990 que les premiers «frères» de la Dawa ont fait leur apparition au Mali, précisement dans l’extrême nord du pays, pour lancer leur « appel à l’islam ». Dans cette zone caractérisée par l’absence de contrôle aux frontières et le déficit d’Etat fort, ces prédicateurs, auxquels certains prêtent des origines pakistanaises et afghanes, ont mené assez aisément leurs activités à partir de la région de Kidal, installant un axe entre tout le septentrion malien et le Nigéria. Le terreau était particulièrement fertile car, après la victoire confisquée du Front islamique du salut (FIS) aux élections législatives algériennes, la répression qui s’en est suivie a abouti entre autres au repli de nombreux membres de ce parti islamiste dans les pays proches, en particulier le nord du Mali d’où l’Etat est absent depuis la signature du pacte national dont un des impératifs était la démilitarisation des régions de Tombouctou, Gao et Kidal.

Le terreau était fertile également parce qu’à la même époque, les ex-combattants des mouvements et fronts unifiés de l’Azawad (Mfua), dont beaucoup ont séjourné au Pakistan, en Irak, en Libye et en Afghanistan, sont devenus les logeurs des prédicateurs pakistanais et afghans qui sillonnent le Sahel.

Sachant que les populations locales sont attachées à un islam tolérant et non violent, ces prêcheurs ont procédé d’abord à un endoctrinement à l’aide d’actions humanitaires et caritatives. De plus, tout en véhiculant savamment et patiemment leur idéologie islamiste à travers des prêches, ils ont contribué au dévelopement local par la création d’emplois pour les jeunes et le financement d’un commerce local venant rémédier aux tares de l’économie locale. Laquelle était handicapée par une vulnérabilité marquée par l’absence des autorités légales et le manque d’encadrement des populations, la pauvreté croissante et les difficiles conditions de survie, le chômage et le désoeuvrement de la jeunesse. Celle-ci était devenue la cible préférée des prédicateurs.
Cette stratégie d’implantation et le pacifisme qui l’accompagnait ont amené les populations locales à accepter les membres de la Dawa, à cohabiter et à collaborer avec eux. Trompant ainsi la vigilance des populations, avec le soutien assez important d’ex-combattants des Mfua et de certains notabilités locales, les prédicateurs ont pu assurer leur expansion.

Les recruteurs islamistes ont de l’argent, issu de quêtes dans certains pays arabes du Golfe et de financements occultes. Issu également du développement d’une économie criminelle internationale basée sur la drogue, les otages, le blanchiment d’argent, la fraude et la contrebande.
Un de ces notables qui ont le plus contribué à l’implantation et à l’expansion de la Dawa dans le nord du Mali est un certain Iyad Ag Ghaly, ex-chef rebelle et ancien diplomate, trafiquant et contrebandier, qui s’est reconverti dans la médiation entre ravisseurs d’otages et payeurs de rançons. Radicalisant son idéologie, Ag Ghaly va quitter la confrérie Dawa pour fonder son propre mouvement, Ansar Eddine. Contrairement au prosélytisme humanitaire et caritatif mais tout aussi dangereux en cela qu’il vise la fanatisation de ses adeptes de la Dawa, Iyad Ag Ghaly va adopter une stratégie plus agressive et radicale. Aujourd’hui, son mouvement s’est allié à Aqmi et au Mujao et occupe la région de Kidal où il applique la charia (loi islamique).

Le copinage d’Iyad Ag Ghaly avec la confrérie Dawa pendant de longues années prouve que si leurs stratégies sont différentes dans la forme, au fond les deux mouvements partagent la même idéologie. D’ailleurs, pendant tout le temps que Iyad Ag Ghaly mène sa croisade barbare d’un autre siècle, personne n’entendu les frères de la Dawa protester contre lui ou condamner sa volonté d’appliquer la charia. Cela prouve également qu’à tout moment un adepte de la Dawa peut basculer dans l’islamisme radical et extrémiste. Y compris ici même à Bamako où les frères de la Dawa sont de plus en plus nombreux, où ils ont un endroit particulier pour leurs prêches et rencontres. Mais pour le moment, ils se font peu entendre, sont acceptés par les populations locales avec lesquelles ils mènent une cohabitation pacifique. Comme dans la région de Kidal dans les années 1990 avant l’avènement du chaos généralisé.

Cheick Tandina

Le Prétoire du 13 Septembre 2012