Partager

Le mini sommet tenu en marge du sommet de l’UEMOA à Lomé le 6 juin 2012, a été l’occasion pour les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de réaffirmer, entre autres, « la non-reconnaissance du CNRDRE » ainsi que « de tout statut de chef d’Etat ou d’ancien chef d’Etat au capitaine Amadou Sanogo » par l’Organisation. Cela veut dire clairement que, désormais, la CEDEAO ne reconnait pas la junte comme partenaire et que pour elle, Sanogo n’est pas et n’a pas été un chef d’Etat dûment reconnu.

jpg_une-803.jpgOn imagine bien que cette décision de l’organisation sous-régionale ne fera pas que des heureux à Bamako. Dans le camp des anti-putschistes qui trouvaient que la CEDEAO n’était pas assez ferme contre la junte, ce sera un motif de satisfaction. Mais dans le camp de Sanogo, cette prise de position ne manquera pas de faire des vagues. Pour ces gens, que la junte soit dissoute, cela passe.

Mais que le Capitaine Haya Amadou Sanogo qui avait pris le pouvoir à Bamako n’ait pas le statut d’ancien chef d’Etat, cela n’est pas aisé à accepter. Ce d’autant plus qu’il a été annoncé, il n’y a pas très longtemps de cela, que ce turbulent capitaine devait bénéficier de ce statut et de tous les avantages qui y sont attachés. C’est tout comme si la CEDEAO remettait en cause, de façon indirecte, l’accord conclu avec les putschistes. Ceci dit, il y a un grand risque que privé de ses avantages, Sanogo se révolte. Mais, s’il est vrai que la position de la CEDEAO fait un peu désordre au regard de l’accord qu’elle avait elle-même conclu avec la junte alors au pouvoir et de son attitude aujourd’hui vis-à-vis de cette même junte, force est de reconnaitre qu’elle revient à une posture plus juste.

Ce durcissement de ton semble d’ailleurs donner raison à tous ceux qui avaient trouvé l’accord conclu avec la bande à Sanogo, boîteux. En tout cas, la suite de cet accord, on la connaît. Une sorte de simulacre de retour à l’ordre constitutionnel, alors que le capitaine est resté maître du jeu et donc du pays. En effet, il est notoire que le pouvoir réel, malgré la transition constitutionnelle affichée, se trouve à Kati, dans l’antre du capitaine. En témoignent des arrestations de personnalités politiques et militaires dans le plus grand désordre et la plus grande opacité qui s’opèrent sans que les autorités constitutionnelles soient en mesure de donner les tenants et les aboutissants du dossier.

Les partisans des putschistes n’ont pas manqué d’occasion pour humilier les délégations de la CEDEAO qui se sont rendues au chevet du pays. Comme des fauves, le capitaine Sanogo et ses partisans guettaient la fin du délai légal de transition pour bondir et récupérer « leur chose ». Mal leur en a pris puisque la communauté internationale, notamment la CEDEAO et les Etats-Unis, sentant leur manège, les ont fermement mis en garde contre toute tentative de remise en cause de la transition confiée à l’ex-président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, conformément aux dispositions de la loi fondamentale de la République malienne.

Leurs plans étant tombés à l’eau, des manifestants pro-Sanogo ont eu l’outrecuidance de prendre d’assaut le palais de Koulouba et comble de lâcheté, ils y ont molesté le président intérimaire, Dioncounda Traoré, tout en promettant d’investir leur chef Sanogo à sa place. Suite à cette attaque, le président de la transition, comme on le sait, s’est envolé pour des examens médicaux en France et s’est retrouvé contraint à un exil qui ne dit pas son nom.

Au regard de ce tableau, on peut conclure aisément que le capitaine Sanogo est plus un problème qu’une solution pour son pays. Les honneurs et avantages qui lui ont été octroyés n’ont pas suffi à calmer ses ardeurs, ses envies de Koulouba. Pendant que les viols et autres atteintes aux droits fondamentaux de l’Homme sont perpétrés au Nord, le capitaine et ses partisans ne sont préoccupés que par le pouvoir. Inutile de dire que ce climat délétère empêche la prise de toute mesure conséquente pour la restauration de l’intégrité territoriale du pays et le soulagement des populations qui étouffent entre les « serres » des « fous de Dieu » du désert. L’attitude peu républicaine de la junte concourt, avec l’action du MNLA et des mouvements terroristes, à maintenir le Mali dans l’impasse.

Probablement et à juste titre excédée par les turpitudes de Sanogo, la CEDEAO est donc décidée à lui refuser le statut d’ancien chef d’Etat. Lui reconnaître ce statut allait, du reste, donner des idées à d’autres personnes, susciter des envies pas forcément saines sur le continent. La décision semble juste et justifiée. De toute façon, président Sanogo ne l’aura été que de nom. Le fait que la transition n’a pu s’ouvrir qu’avec la démission formelle de l’ex-président ATT, prouve cela à souhait. Reste à savoir si la CEDEAO aura les moyens de sa politique.

Il n’est pas évident que Sanogo accepte docilement de se laisser « déshabiller » de la sorte. Il faut craindre qu’il se rebiffe officiellement en ce qui concerne son retrait du fauteuil présidentiel. A la CEDEAO de s’assumer et de conférer à ses décisions toute la force, toute l’autorité requise. Il faut espérer que ce faisant, elle réussisse à calmer au plus vite les ardeurs déplacées de la junte pour donner place aux efforts de réunification du pays qui pourraient être placés bientôt sous mandat des Nations unies.

« Le Pays » (Burkina Faso)

Source : lefaso.net