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Malgré le sursis de trois mois observé dans le retrait de lots dans le district de Bamako, le maire du district continue de spolier des citoyens. Des victimes pleurent leur malheur.

La dame Haoua Kourouma, propriétaire de la parcelle RY/16 de Kalabancoura/Extension sud continue toujours de pleurer. C’est au chevet de sa mère malade et qui ne s’est plus relevée de sa maladie, qu’elle apprend que la mairie du district est en train de retirer les parcelles non mises en valeur depuis 5 ans dans le district de Bamako. Au bénéfice du sursis de trois mois donné en décembre, elle réunit les moyens pour mettre en valeur son terrain.

Mme Kourouma est tombée en syncope lorsqu’elle s’est rendue sur sa parcelle il y a deux semaines en compagnie de son maçon. Elle n’a pu identifier son terrain que grâce au plan de masse et son plan de construction. L’espace est occupé par un gros bâtiment dont le premier niveau est déjà dallé. Les maçons qui étaient sur place ont donné comme seule explication qu’ils sont au service d’un commerçant.

En dépit de ses démarches incessantes, le désormais nouveau propriétaire reste introuvable. A chacune de ses visites, les maçons répondent à la dame Kourouma que leur patron est en voyage.

A la mairie de la Commune V, la propriétaire spoliée a appris que son lot fait partie de ceux qui ont été retirés par la mairie du district. Ses démarches restent infructueuses pour l’heure et elle n’a que ses yeux pour pleurer.

Un autre scandale du genre que nous avons relaté dans une de nos parutions a éclaté à l’Hippodrome à la veille de la Tabaski. Un Malien de France qui avait amené du gravier et du moellon sur son chantier a eu la désagréable surprise de constater que quelqu’un avait clôturé ses deux terrains en y construisant un magasin pour gardien. Sans autre forme de procès, il a infligé une correction au gardien qui a pris ses jambes au cou.


Au nom de la paix sociale

Le gardien était revenu plus tard avec le député Mamadou Hawa Diaby Gassama. Celui-ci se présentait en qualité de nouveau propriétaire des lieux. Les deux parcelles retirées à notre compatriote vivant en France lui ont été reattribuées par le maire du district au nom de ses deux conjointes. L’affaire avait même créé un froid entre lui, le président de l’Assemblée nationale Dioncounda Traoré et Oumar Mariko.

Le contentieux a fini au Tribunal de la Commune II. Mais puisque Adama Sangaré a distribué des parcelles un peu partout à des hauts gradés de l’armée, des ministres députés, magistrats, entre autres, le député Gassama a repris le dessus.

La moralité dans cette histoire de parcelles est que le maire du district, qui avait soutenu sur les antennes de l’ORTM dans un débat taillé sur mesure qu’aucune parcelle n’avait été jusque-là retirée au nom du sursis de trois mois accordé suite à l’implication du chef de l’Etat, n’a pas dit toute la vérité. Ce sursis a trouvé que des lots étaient déjà retirés et les bénéficiaires se sont mis immédiatement à les bâtir.

Au nom de la paix sociale, comme l’avait réitéré l’achévêque de Bamako à la cérémonie de présentation de vœux à Koulouba, le président de la République est le seul à pouvoir arrêter cette délinquance foncière qui ne dit pas son nom. La loi qui autorise de retirer les lots non mis en valeur dans un délai de cinq ans n’est qu’un alibi. Une loi peut disparaître au profit de la paix sociale.

Or, ce sont une poignée d’individus qui tirent profit de ce retrait de lots, le maire du district en premier qui amasse une fortune. Sinon comment expliquer que dans un pays majoritairement pauvre où le Smig est un plus d’environ 26 000 F CFA, des citoyens puissent se construire un toit en cinq ans. Le retrait des parcelles est ni plus ni moins qu’une voie ouverte à l’enrichissement illicite et à la spéculation foncière. Car à défaut de construire son terrain dans les délais requis, le bénéficiaire sera obligé de le vendre au risque de le perdre.


Abdrahamane Dicko

14 Janvier 2009