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Le 17 juin 2021 restera désormais une date historique en Côte d’Ivoire. En effet, c’est ce jour-là que le Christ de Mama, parti par les airs,  a signé, par les airs, son retour au bercail de la plus belle des manières qui jure avec son transfèrement en catimini à la Cour pénale internationale (CPI) dix ans plus tôt. Mobilisation populaire, salon présidentiel, cortège officiel, bain de foule, prise de parole en public,  tout ou presque, excepté le tapis rouge,  était réuni  pour rappeler à l’homme, le souvenir de ses heures de gloire à la tête de l’Etat ivoirien, ces heures où il était le maître absolu d’Abidjan.  Le tout, dans une ambiance de liesse parfois débordante de ses nombreux partisans venus le célébrer sous les gaz lacrymogènes des forces de l’ordre, pour ce qui ressemblait au retour en famille de l’enfant prodigue, qui vaut de tuer le veau le gras. Comme s’il prenait sa revanche sur l’histoire, Gbagbo signe son retour au bercail au moment où l’ex-président français, Nicolas Sarkozy, connu pour avoir soutenu son  adversaire Alassane Dramane Ouattara, a maille à partir avec la Justice qui lui demande des compte pour le financement illégal de sa campagne en 2012.

Laurent Gbagbo apparaît, d’ores et déjà, comme le maillon fort de la réconciliation nationale

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le retour annoncé et attendu de Laurent Gbagbo sur les bords de lagune Ebrié, est devenu une réalité.  Si la palme de la reconnaissance du Woody peut logiquement aller, a priori, à ses nombreux partisans restés mobilisés et fidèles malgré le temps et la distance, il convient de saluer la hauteur d’esprit du pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara (ADO) qui a accepté de jouer le jeu en se montrant favorable et en accompagnant les GOR (Gbgabo ou rien) dans l’organisation de ce retour fort remarqué. La question que l’on peut maintenant se poser, est la suivante : quelle peut être la plus-value de ce retour en fanfare de l’ex-pensionnaire de la prison de La Haye, auréolé de son acquittement par la Justice internationale, pour la Côte d’Ivoire ? La question est d’autant plus fondée que c’est au nom de la réconciliation nationale que Laurent Gbgabo a pu revenir dans une telle ambiance de fête en Côte d’Ivoire. Autrement, malgré son acquittement par la CPI, si le pouvoir d’ADO n’avait pas voulu de ce retour, on ne voit pas comment Gbagbo aurait pu remettre paisiblement les pieds en Eburnie sans être conduit en prison. C’est dire si ce retour doit s’inscrire dans une dynamique d’apaisement, pour favoriser un véritable rapprochement des Ivoiriens. C’est en cela que l’on espère que le septuagénaire ex-président aura la sagesse de son âge après une telle épreuve, pour s’inscrire résolument dans la dynamique de son grand rival, afin de donner un contenu plus consistant à la réconciliation nationale qui est sur toutes les lèvres, et dont il apparaît, d’ores et déjà, comme le maillon fort. Car,  qu’on le veuille ou pas, c’est lui, Laurent Gbagbo, qui est le mieux placé pour constituer le catalyseur de la réconciliation nationale, s’il veut véritablement recoller les morceaux du tissu social déchiré en Côte d’Ivoire. C’est aussi lui qui peut constituer le frein à la réconciliation nationale si son retour doit s’inscrire dans la logique triomphaliste et revancharde de ceux de ses partisans qui sont toujours dans l’attente du match retour.  

L’intérêt, pour la Côte d’Ivoire, serait une conjugaison des efforts pour consolider les acquis de la réconciliation nationale

En tous les cas, si son retour « triomphal » n’est pas déjà une revanche sur l’histoire, il n’est pas loin d’en prendre les allures. D’autant qu’au moment où le président Alassane Ouattara lui déroule de la main droite, le tapis pour son retour au pays, il punit sévèrement de la main gauche son ex-protégé, Guillaume Soro, contre qui la Justice ivoirienne vient de requérir la prison à perpétuité. Et cela n’est pas seulement anecdotique,  pour qui connaît l’histoire entre les trois hommes. En tout état de cause, au lendemain de l’euphorie de ces jours de liesse pour ses partisans et de peine pour les parents des victimes, la vie reprendra son cours normal en Côte d’Ivoire. Avec ses peines et ses joies. Avec ses rancunes encore tenaces et ses rancœurs mal contenues. Avec ses chaudes discussions dans les gargotes entre partisans et adversaires de Laurent Gbagbo. Et c’est là qu’est attendue l’action de conciliation du Christ de Mama pour qui le pays tout entier de Houphouët Boigny, est resté figé en ce jour du 17 juin 2021. C’est en cela que la Côte d’Ivoire aura gagné et que Gbagbo lui-même aura mérité cet hommage. En tout état de cause, l’intérêt, pour la Côte d’Ivoire, serait une conjugaison des efforts pour consolider les acquis d’une réconciliation qui, petit à petit, est en train de prendre forme, et qui attend d’embarquer dans ses wagons d’autres passagers comme Charles Blé Goudé, l’un des grands oubliés, qui attend aussi certainement son heure pour signer son retour au bercail. 

« Le Pays »