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Boutef. est de retour en Algérie ! Hier, 77 jours après son hospitalisation au Val-de-Grâce pour un « AVC mineur » et sa convalescence dans une résidence sise aux Invalides, un avion médicalisé a fait le trajet Le Bourget – l’aéroport militaire de Boufarik avec à son bord le n°1 algérien.

Enfin ! est-on tenté de dire, puisque plusieurs vrais-faux retours avaient été annoncés, le dernier en date était le 8 juillet, signe que la communication autour de la santé du chef de l’Etat algérien est distillée à dose homéopathique.

Certes, selon les informations, lui au moins n’est pas rentré au bercail tard dans la nuit comme le Nigérian Yara’dua ou le Vénézuélien Chavez.

Avec le recul, on subodore que c’étaient peut-être les cadavres du premier qui était revenu d’Arabie Saoudite et du second de Cuba. Preuve que Bouteflika est au moins vivant.

N’empêche que cette fébrilité, doublée d’une certaine omerta qui entoure la communication relative à la santé de celui qui fut le plus jeune ministre des Affaires étrangères que l’Algérie ait eu depuis son indépendance, est peut-être symptomatique qu’on cache quelque chose aux Algériens.

La santé d’un quidam relève de la sphère privée à fortiori celle d’un président de la République, mais un chef d’Etat, du fait de ses responsabilités, lesquelles engagent la Nation, est-il vraiment un citoyen comme les autres ?

A la vérité, la maladie de Bouteflika et sa longue absence hors du pays reposent deux problèmes fondamentaux :

– le tabou qui entoure la santé de nos présidents et pas seulement en Afrique. Fait de chair et d’os, un chef d’Etat a le droit de tomber malade. Le hic est la chape de plomb sur la communication y relative : Pompidou souffrait de leucémie alors que, pour l’opinion, il s’agissait d’une grippe, Mitterrand, en complicité avec son médecin personnel (1), a pu gérer son cancer de la prostate 12 ans sans que l’opinion en sache quelque chose, Jacques Chirac a vicié l’info sur son hospitalisation due à son AVC sans que ni son dauphin constitutionnel, Christian Poncelet, ni son PM, Dominique De Villepin, encore moins son ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, en sussent rien…

De quoi souffre véritablement Bouteflika ? Est-il oui ou non en possession de toutes ses facultés pour continuer à diriger l’Algérie ? Pense-t-il à la dévolution du pouvoir ?

– Ce qui pose le second problème, lié à l’illustre malade algérien : sa succession.

Bien qu’un télégramme américain en 2008 (2) fît état d’une « bonne santé » de Bouteflika, citant des sources françaises (un constat à relativiser à présent) et qu’à l’évidence aucune tête n’émerge pour prétendre le remplacer, l’après-Bouteflika est désormais une problématique à résoudre.

Cette interminable convalescence de Boutef sur les bords de la Seine et ce retour controversé devraient inciter l’intéressé à penser à passer la main. La logique biologique le contrait également à songer à son départ du palais d’El Mouradia. Enfin après des années à la tête de plusieurs ministères, 14 années de présidence, que peut-il bien vouloir encore prouver à ses compatriotes ?

C’est pourquoi il devrait faire siens ces propos d’un de ses prédécesseurs, le général Liamine Zéroual, invité à se mettre en pôle position au cas où, qui a refusé l’offre et a déclaré dans la foulée : « Il est temps de laisser la place aux jeunes… il est temps de passer le flambeau » ; des propos qui sonnent comme un avertissement à peu de frais.

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

Mardi, 16 Juillet 2013 21:01

Source : L’observateur Palaaga