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En opérant des arrestations arbitraires de leaders politiques sans l’autorisation du président de la République par intérim, le président du Cnrdre n’a-t-il pas violé l’accord cadre signé, le 6 avril 2012. Par ces actes, le chef de la junte, Amadou Sanogo, a été pris dans son propre piège.

En signant un accord cadre avec le Comité National pour le Redressement de la démocratie et la Restauration de l’Etat (Cnrdre), la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) était convaincue qu’elle tenait le bon bout dans sa quête d’obtenir le retrait des militaires de la vie politique et le retour à une vie constitutionnelle.

Pour amener la junte à choisir la voie la plus honorable, les diplomates Adama Bictogo et Djibril Bassolé ont fait plusieurs va et vient entre Ouagadougou et Bamako. Des efforts qui se sont soldés par le «rétablissement» des institutions et l’investiture du président de la République par intérim, Dioncounda Traoré. Après la prestation de serment du président intérimaire, lors d’une audience solennelle devant la Cour suprême, beaucoup d’observateurs y compris le médiateur de la Cedeao, étaient convaincus que le Cnrdre a compris qu’il devait laisser le processus se poursuivre normalement. Pourtant, cette remise fut de courte durée. Le chef de la junte n’entend pas céder certains pouvoirs au président par intérim et décide d’exercer le pouvoir de façon illégale malgré les assurances données à la communauté internationale.

Le CNRDRE a gardé son Qg intact à Kati où il continue d’accorder des audiences. Le capitaine Amadou Haya Sanogo, qui glisse doucement vers un durcissement de sa position, a conservé son autorité sur l’armée, qu’il veut utiliser à d’autres fins. La preuve, sur ses instructions et sans consulter au préalable le président de la République par intérim, il vient de mettre aux arrêts plusieurs hauts gradés de l’armée et des responsables politiques, détenus à Kati pour des raisons qui ne leur ont jamais été révélées. Autre chose qui atteste que le CNRDRE s’accroche toujours au pouvoir, c’est la main mise qu’il a gardée sur les médias publics.

Le quotidien national « L’Essor » et la télévision nationale « L’ORTM » travaillent selon le bon vouloir des responsables du Cnrdre. L’ORTM, occupée la veille du coup d’Etat, est toujours aux mains de la junte qui garde un regard sur son programme. La télévision nationale, comme on le sait, est un des instruments du pouvoir. Malgré son entrée en fonction, la télé échappe au président de la République par intérim, Dioncounda Traoré, qui n’a aucune emprise sur la chaîne publique. Et ses propres interventions passent à la Télé après avoir été soumises préalablement au tamis du Cnrdre qui aurait pouvoir à censurer les propos du chef de l’Etat.

Cela a été attesté le mardi dernier, lors de la cérémonie organisée à la base (aérienne) à l’occasion du retour des militaires libérés par les rebelles. Dès l’entame de cette rencontre, le Cnrdre a invité les journalistes à se limiter uniquement à la prise de notes. Interdictions fermes ont été faites aux reporters de faire des photos ou de filmer sous peine de perdre leurs appareils. Au dernier moment, une dérogation a été faite au caméraman de l’ORTM qui était, en fait venu, avec la délégation du Cnrdre. Preuve évidente non seulement de la main mise des putschistes sur ces médias d’Etat, mais également de leur volonté de plus en plus affichée de faire restriction à la liberté de la presse.

Le président intérimaire lui-même n’échappe pas à la situation quand on sait que ses interventions à la télé doivent passées d’abord à la loupe avant que Kati n’autorise leur diffusion. Autant de choses qui prouvent que contrairement à l’accord cadre, les militaires n’ont jamais rendu le pouvoir aux civils. Et qu’ils se sont juste joués de la communauté internationale en installant Dioncounda Traoré sur un navire dont il n’est pas le capitaine. D’où la certitude que le chef de la junte veut s’installer par la force à la tête de l’Etat. Tolérance zéro pour toute personne qui s’oppose à cette volonté.

Oumar Diamoye

Le 20 Avril 2012