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La mise en œuvre de l’accord-cadre de règlement de la crise institutionnelle au Mali ne finit pas de faire jaser. Et pour cause : l’épisode le plus déterminant, en l’occurrence l’installation du dauphin constitutionnel dans ses fonctions d’intérimaire, aura révélé des signes qui inquiètent les démocrates avertis. Ils y ont perçu une intention de la junte de ne pas lâcher prise et n’ont pas hésité à frapper du poing sur la table.

jpg_une-651.jpgRien n’a été laissé au hasard à l’investiture de l’ancien président de l’Assemblée Nationale, Dioncounda Traoré, jeudi dernier. Pour un événement inédit au dans notre pays, la cérémonie aura réuni du monde au Centre International de Conférences de Bamako où, dans la pure tradition républicaine, le déjà ancien président de l’Adéma-PASJ a reçu le serment et les rênes de la magistrature suprême par intérim, en vertu notamment des dispositions constitutionnelles relatives à la vacance de poste. Intervenue dans le contexte qu’on sait, l’heure n’était pas à la manifestation de joie, mais la solennité est au rendez-vous. »Je jure de respecter le régime républicain….. », s’est conformé le Pr. Dioncounda Traoré avant d’être consacré Grand Maître des Ordres par le Chancelier Kokè Dembelé. Pour la circonstance, la cérémonie n’a drainé aucun chef d’État de la Sous-Région ni d’ailleurs, mais leurs représentants auront été massivement présents. On dénombre, outre les ministres des affaires étrangères du Burkina-Faso et de Côte d’Ivoire, la quasi-totalité des représentations diplomatiques accréditées dans notre pays.

En tout état de cause, la cérémonie, dans l’entendement de tous ces regards étrangers, qui ont joué une partition très importante dans le règlement de la crise, devrait consacrer une transmission définitive du pouvoir d’Etat de la junte au civil. C’était sans compter avec une intention tacite de cette junte de rendre le pouvoir sans s’y éloigner définitivement. Pour preuve, les observateurs auront été témoins de la présence militaire gênante et très importune, à travers notamment l’imposant arsenal déployé sur les lieux en hommes comme en matériel de guerre. Ce n’est pas tout. En guise d’obéissance au nouveau président installé, le chef de la junte, le Capitaine Amadou A. Sanogo, s’est certes illustré par un impressionnant salut militaire, mais son élégance exhibitionniste cache mal les appétits pouvoiristes aussitôt mis à nus par la suite.

Par exemple, tout au long de la visite que le président de la République par intérim a rendue aux blessés d’Aguelhoc, la forte présence de la junte et de son N°1 étaient si remarquables qu’ils donnaient l’air de disputer encore le pouvoir. Ceux qui croyaient à un caprice de courte durée en ont eu pour le compte car dès le jour suivant, le CNRDRE a de nouveau renoué avec l’invasion des antennes publiques, à travers des communiqués aux relents de mesures régaliennes. Faisant fi notamment des prérogatives constitutionnelles des pouvoirs légaux habilités pour ce faire, le Comité National de Redressement de la Démocratie et de Restauration de l’Etat s’est ainsi arrogé le droit d’enjoindre à tous les détenteurs de véhicules de l’État de les acheminer à Kati. Le même CNRDRE s’était illustré, auparavant, par une attitude similaire ayant consisté à procéder à des nominations massives au postes militaires bien après la signature de l’accord-cadre qui devrait logiquement marquer le retour à un fonctionnement des instruments décisionnels réguliers de l’État.

Seulement voilà : ces interférences de la junte, sa tendance à entretenir un certain bicéphalisme au sommet de l’État ne passe guère anodine ni n’échappe à la vigilance d’observateurs internationaux très avertis de la situation au Mali. Les Etats-Unis, en guise de protestation, auraient par exemple menacé de maintenir sous la veilleuse sa coopération bilatérale avec notre pays avant de voir plus clair dans le processus du retour de la junte dans les casernes et la transmission réelle du pouvoir aux civils.

A.Keïta

Aurore du 16 avril 2012