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Au lendemain de la défaite militaire des djihadistes, et de la restauration démocratique dans le pays avec l’élection d’IBK, le Mali s’est trouvé en présence de deux tâches urgentes : « la paix » et « la sécurité », conditions indispensables à sa reconstruction politique, matérielle et morale.
Or, les attaques terroristes des groupes djihadistes ne cessent, depuis un mois, de se multiplier, notamment dans les grandes villes du Nord-Mali. Comme si dans leur déroute, les groupes djihadistes n’avaient jamais perdu le fil de leur logique totalitaire. Au Nord-Mali, le monstre djihadiste se déchaîne à nouveau.

Il existe bel et bien un danger d’ « afghanisation » du Nord-Mali, prélude à un danger de généralisation d’une nouvelle guerre

Les adeptes de la formule, « la paix à tout prix », face à l’allure actuelle des événements, au plan sécuritaire, sont contraints au désenchantement.
Politiquement et moralement, cette formule pacifiste n’a aucune influence sur les groupes djihadistes.

Rappelons que « la stratégie totalitaire » des groupes djihadistes les amène à confondre « paix » et « terrorisme », une stratégie fondée sur le mépris des hommes et la négation de la vie.

IBK a vite fait, et bien fait de prendre conscience de la dégradation sécuritaire continue dans le pays, lors du sommet ordinaire de l’UEMOA et du sommet extraordinaire de la CEDEAO à Dakar, en déclarant : « chacun sent que les mouvements djihadistes veulent reprendre du poil de la bête ».

Corrigeons IBK, car ces groupes ont déjà repris et non qu’ils veulent reprendre leurs attaques terroristes. En vérité, IBK reconnaît, très clairement, que le Mali est encore loin d’être un État véritablement pacifié.

Ici, offres de paix et bruits de guerre coexistent. A l’heure actuelle, personne ne peut dire jusqu’où cette machine djihadiste folle, meurtrière continuera sa course, semant terreur et désolation morale au sein du peuple malien. Oui, il existe bel et bien un danger d’ « afghanisation » du Nord-Mali, prélude à un danger de généralisation d’une nouvelle guerre.

Face à ce spectre, on voit que la Minusma et l’état-major français ont décidé de reprendre l’initiative stratégique, afin de « contenir » le péril djihadiste. Il ne faut jamais se lasser de répéter que les groupes djihadistes sont de vrais ennemis du genre humain, et avec eux, nulle paix ne sera jamais possible. Avec eux, c’est un combat à vie et à mort que l’humanité civilisée est condamnée à mener.

Mais parallèlement aux attaques des groupes djihadistes, reste « la fronde indépendandiste » des groupes armés du Nord-Mali, signataires des Accords de Ouagadougou. Certes, il faut comprendre ceux et celles qui estiment que, du fait de leurs errements stratégiques et tactiques antérieurs, la ligne de démarcation entre le MNLA, le HCUA, le MAA et les groupes djihadistes, est loin d’être clairement établie.

Pourtant, d’après les déclarations officielles des principaux dirigeants de ces groupes dits représentatifs des populations du Nord, « le Mali est indivisible ». Or, on constate, actuellement, notamment à Kidal, fief « eschatologique » de ces groupes, que certaines « radios » utilisent des techniques de propagande « totalitaire » pour saper l’autorité politique et morale de l’Etat démocratique malien.

Sans aucune condamnation officielle des représentants du MNLA, du HCUA et du MAA, comme s’ils étaient congénitalement incapables d’avoir et d’adopter, au Nord-Mali, une conduite rationnelle de leurs affaires collectives.

On ne doit jamais oublier ce qu’est le terrorisme djihadiste et quel est son terrible effet de corrosion sur « la santé » politique et morale des peuples et des sociétés humaines

Face à ces groupes armés, il vaut mieux regarder la vérité en face. Selon leur logique « indépendantiste », le Nord-Mali est considéré comme « un territoire occupé », et les populations qui y vivent, notamment les Touaregs, identifiées à de nouveaux « Palestiniens ouest-africains ».

Par la ruse ou par la violence terroriste, quand ce ne sont pas par des manœuvres diplomatiques et politiques de diversion, le MNLA, le HCUA et le MAA conservent intact leur unique rêve : « Liquider » la souveraineté de l’Etat malien.

C’est pourquoi IBK ne doit pas « capituler » devant certaines revendications ouvertement nihilistes et absurdes de ces groupes armés. Il devient de plus en plus évident qu’il n’existe pas d’harmonie préétablie entre les intérêts de l’Etat malien et ceux des groupes armés du Nord. Dans leur propagande et discours contre l’Etat souverain du Mali, Bamako serait l’unique responsable de tous les malheurs du Nord.

Au Nord-Mali, l’enjeu doit être clair pour Bamako : l’existence même du Mali en tant qu’Etat souverain et indivisible. Le MNLA, le HCUA, le MAA disent défendre une cause qu’ils tiennent « métaphysiquement » et non politiquement pour juste : sauver « l’identité raciale » des populations du Nord-Mali. Soulignons qu’ici, la paix, la sécurité, l’avenir de la démocratie dépendent avant tout de la solidité politique et morale de l’Etat démocratique restauré du Mali.

Et seul un Etat solide est en mesure de conjurer, à la fois, le péril djihadiste et « la fronde indépendantiste » des groupes armés du Nord. Bien sûr, Bamako doit tout faire pour ramener ces groupes à la raison, et les rassembler autour de cette œuvre politique commune et indépassable qu’est « la République ».

Mais, il incombe à ces groupes d’afficher clairement leur soutien et leur adhésion à la République. Or, on a l’impression que, pour ces groupes, ce choix apparaît, politiquement, inconfortable. Evidemment, pour l’instant, il s’agit d’un bon signe que la rupture ne soit pas consommée entre Bamako et les groupes armées du Nord.

D’ailleurs, en levant les mandats d’arrêt nationaux émis contre certains dirigeants de ces groupes, Bamako vient de faire montre d’ « une réelle volonté de paix et de réconciliation ». Mais il ne doit pas tomber dans leurs pièges.

Comme l’a si bien vu Raymond Aron, « la paix suppose non la négation, mais le bon usage de la puissance ». Et on ne doit jamais oublier ce qu’est le terrorisme djihadiste et quel est son terrible effet de corrosion sur « la santé » politique et morale des peuples et des sociétés humaines. Décidément, le combat pour la liberté, la démocratie et la solidarité humaine est une œuvre indéfinie, sans cesse à refaire.

« Le Pays »

Publié le lundi 28 octobre 2013