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Tourner courageusement la page du scrutin du 28 juillet et de la transition afin de faire rayonner le Mali. Tel doit être désormais le leitmotiv des différents acteurs politiques qui ne doivent pas négliger les leçons à tirer de cette page de l’histoire du pays. Ils ont la latitude de privilégier les voies légales de recours en lieu et place de la contestation violente des résultats issus des urnes.

Paradoxalement au satisfecit général qui s’est dégagé pour la bonne tenue de l’élection présidentielle avec une participation massive et sans incidents majeurs, l’attente des résultats fait naître des appréhensions, des doutes voire des craintes. Chacun des deux grands camps revendique l’avoir emporté et semble prêt à en découdre. Même si chacun sait qu’il n’y gagnera rien.

Les pro-IBK annoncent que leur candidat a déjà plié le match. Il serait élu dès le premier tour. Toute chose que les candidats du FDR, notamment Soumaïla Cissé, rejettent catégoriquement estimant qu’ « un second tour est inévitable « . Seuls les chiffres, certes provisoires mais officiels, de l’Administration territoriale peuvent clarifier la situation et peut-être calmer les ardeurs. Plus la proclamation de ces résultats tarde, plus la tension montera d’un cran entre les deux protagonistes.

Dans tous les cas, qu’il y ait un second tour ou pas, les premières tendances issues du scrutin de ce dimanche sont pleines d’enseignements. Ne pas en tenir compte serait faire preuve d’une regrettable cécité politique.

D’abord, il est vérifié, cela n’est contesté par personne, que Bamako a majoritairement voté pour IBK. Or, en général, les intentions de vote dans le pays ne sont souvent que le reflet de la réalité de la capitale, étant donné que presque toutes les communautés du pays profond y sont souvent représentées.

En outre, les populations de l’intérieur du pays surtout dans les zones rurales demandent souvent les avis de leurs ressortissants (surtout les intellectuels, étudiants, etc) établis dans la capitale avant de se prononcer sur les grandes questions de l’heure. Et le scrutin présidentiel de sortie de crise du 28 juillet en est une. En clair, les tendances électorales à Bamako ont dû avoir un effet d’entraînement sur le vote à l’intérieur du pays et peut-être même au sein de la diaspora.

Par ailleurs, le coup d’Etat du 22 mars a, semble-t-il, engendré au sein de l’opinion nationale un certain bouleversement dans les convictions politiques. Après sa chute, le régime ATT et tous ceux qui étaient considérés comme ses proches, ses affidés et courtisans ont été… diabolisés et continuent hélas de l’être. Les milieux politiques, qui avaient pris, ne serait-ce qu’une légère distance avec cette gouvernance ont, en revanche, gagné en sympathie vis-à-vis d’une frange importante de la population.

C’est probablement ce qui a favorisé le candidat IBK, notamment à Bamako. Faut-il rappeler que le leader du RPM a peu ou prou caché son accointance avec ceux qui ont renversé le régime du président Amadou Toumani Touré. Il tire aujourd’hui un dividende politique de cette proximité avec l’ex-junte militaire.

Tous les acteurs politiques qui ont été considérés, à tort ou à raison, comme proches du président déchu, sont voués aux gémonies. C’est ce qui explique les scores médiocres à Bamako des candidats Modibo Sidibé des FARE, Dramane Dembélé de l’ADEMA et Soumaïla Cissé de l’URD en deçà de ceux auxquels on pouvait s’attendre.

Il est donc loisible de reconnaître aujourd’hui que le ralliement du parti des héritiers d’ATT, le PDES, au candidat Soumaïla Cissé a pu produire un effet contraire en terme d’aura au sein de l’électorat. Cette lecture s’impose dans la mesure où ce parti avait été perçu comme truffé des symboles forts de la gouvernance du président Amadou Toumani Touré, sur qui il faut toutefois éviter de jeter l’opprobre.

Une autre leçon à tirer du scrutin du dimanche dernier, c’est la prééminence de la personnalité du candidat sur celle du parti dans une élection présidentielle. Le RPM d’Ibrahim Boubacar Kéita est réputé être une formation politique affaiblie ces dernières années. Le parti n’est pas territorialement aussi bien implanté que l’ADEMA de Dramane Dembélé et l’URD de Soumaïla Cissé. Mais si IBK dame le pion à ces deux challengers notamment à Bamako où le premier parti cité (l’ADEMA) contrôle cinq des six communes, il y a là matière à réflexion. La personnalité du candidat a dû jouer un rôle décisif.

En outre, le discours beaucoup plus orienté vers la donne sécuritaire que sur les questions économiques a fait mouche.

En effet, les propos d’IBK selon lesquels » plus personne ne prendra les armes contre le peuple malien. Toute personne qui le ferait trouvera l’armée malienne sur sa route… » ont séduit. Ce qui n’a pas été le cas du message axé sur la « réparation sociale » de Dramane Dembélé et celui « des 500 000 emplois en 5 ans pour les jeunes » développé par Soumaïla Cissé.

En clair, le contexte de la crise a certainement fait que les électeurs ont privilégié le besoin de sécurité, l’envie de voir le pays retrouver sa dignité et toute sa place par rapport aux questions de croissance économique, de construction d’infrastructures.

Comme on le voit, le scrutin du 28 juillet appartient à l’histoire avec des témoignages favorables de plusieurs observateurs. Il appartient à tous les acteurs d’en tirer tous les enseignements positifs dans l’intérêt exclusif du Mali, mais aussi afin de… rebondir.

Bruno Segbedji

31 Juillet 2013