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En faisant une analyse des résultats du premier tour de la présidentielle, il y a plusieurs constats qui s’imposent. Si à part trois candidats, les autres postulants n’ont pas pu obtenir 5% des voix, cela démontre une nouvelle configuration de la scène politique et confirme la mainmise des partis comme le Rpm, l’Urd et l’Adéma-Pasj sur l’électorat malien.

Les grands absents

Sur la liste des candidats qui n’ont pas convaincu au regard de leur score, il y a Choguel Kokala Maïga qui est sorti avec 2, 29%. Ce score est la preuve que le Mpr (son parti) n’a pas du tout travaillé sur le terrain et que son président a préféré plutôt se contenter des postes juteux, en oubliant le parti qui avait pourtant des atouts au départ. A coté de ce parti, le Cnid-Fyt a brillé moins, avec 1,52% des voix. Idem pour le candidat de la Cds, Mamadou Blaise Sangaré qui n’a pu obtenir que 1,06%. Ce parti dont l’essentiel de ses militants est concentré dans le cercle de Bougouni, est aussi un habitué de la course pour la présidentielle. En tout cas, les performances des trois vieux briscards de la scène politique malienne sont en deçà des attentes. Mais, ces scores prouvent que ces formations politiques et leurs leaders ont du pain sur la planche et risquent même carrément de disparaître du paysage politique malien.

La révélation

Le candidat de l’Umam, Jeamille Bittar, obtient 1,74% des voix, alors que nombre d’observateurs ne lui prédisaient pas ce résultat qui lui confère une stature politique. Longtemps à la traîne à la faveur des législatives en Commune V, le président du Conseil économique social et culturel a montré qu’on peut désormais compter sur lui. Ainsi, il vient de loin, car après avoir milité au parti Pdes, l’homme a, en si peu de temps, implanter l’Umam à l’intérieur du pays. Dans la foulée, le score que Bittar vient d’obtenir est une réponse à tous ceux qui pensaient que cet homme d’affaires n’a pas de chance dans la politique. Le fait d’avoir pu se classer avant avec certains ténors, est un signe qui ne trompe pas.

Percée fulgurante du candidat de la Codem

Le candidat de la Convergence pour le développement du Mali (Codem), Housseini Guindo s’en est sorti avec 4,63% des voix. Du coup, il vient de bousculer l’ordre et se hisse devant ses aînés, à l’image de Me Tall, Choguel Maïga et autres. Avec ce score, le parti de la quenouille devient la cinquième formation politique et conforte sa position sur l’ensemble du territoire national. Cette percée de Poulo et de ses camarades trouve son explication dans la politique de proximité développée depuis la création du parti. A travers sa casquette de député, Guindo a pu bâtir un parti politique dont le socle repose sur les villages et hameaux. En clair, il a su capter l’attention d’un maximum de militants qui voient en son président un homme très accessible. Le futur succès de cette jeune formation politique dépendra du soutien qu’il apportera à un des candidats au 2ème tour. Reste à savoir si la Codem pourra conforter sa position aux législatives et communales prochaines.

Modibo Sidibé se fraye un chemin

Ancien premier ministre d’ATT, Modibo Sidibé a étalé ses ambitions politiques en 2012 et en 2013 ; et ses amis ont porté sur les fonts baptismaux un parti du nom des Fare. Et c’est cette formation politique et les nombreux clubs de soutien créés en son nom, qui ont soutenu sa candidature. Le résultat est éloquent : même s’il n’a pas atteint les 5%, il a pu obtenir 4,87% des voix. Ce qui lui fait devancer ses aînés politiques et à travers ce score, Jimmy peut se taper la poitrine d’avoir pu convaincre une bonne partie de l’électorat malien. Pourtant, une forte campagne de désinformation avait été orchestrée contre lui au fort moment des événements du 22 mars 2012. En tout état de cause, Modibo Sidibé peut continuer à se battre sur le terrain politique pour atteindre, dans les années à venir, ses objectifs. Comme il l’a fait en 2012 où il a sillonné le pays profond et le monde entier.

Zou, la grande déception

Porte-étendard du parti Cnas-Faso Héré, Soumana Sacko n’a pu obtenir que 0,87% des voix ; ce qui le classe parmi les bons derniers de la course présidentielle. La déconvenue de l’ancien Premier ministre de la transition réside dans le fait que l’homme n’a pas mené une campagne digne de son rang. C’est vrai qu’avant, il a sillonné le pays et a rencontré les populations ; mais au finish, il a baissé les bras. Zou, comme l’appellent les intimes, était très attendu par nombre de Maliens qui voyaient en lui un homme intègre et travailleur. Son passé de Monsieur salaire pouvait être un atout majeur et lui permettre d’avoir un score honorable. Le hic est qu’il n’a pu s’expliquer à la nouvelle génération et surtout se faire connaître du grand public qui n’a pas du tout senti sa présence dans la course pour Koulouba.

Oumar Ibrahim Touré, humilié

Il était très attendu, l’ancien ministre et transfuge de l’Urd Oumar Ibrahim Touré, mais il n’a pu obtenir qu’un score misérable de 0,82 des voix. De quoi lui rafraîchir la mémoire et lui faire descendre sur terre. Après ses démêlées judiciaires, il a cru bon de créer un parti politique dans le seul but de faire mal à Soumi. Mal lui a en pris, car il est sorti par le trou et aura de la peine à continuer à implanter son parti, l’Apr. À travers ce piètre score, l’Oit a pu mesurer son poids politique réel et cela vient aussi de confirmer qu’en réalité qu’il vivait plus dans l’ombre de son ancien mentor, Soumaila Cissé. Car, c’est ce dernier qui avait fait sortir Touré de l’obscurité et l’a aidé politiquement en l’imposant dans le directoire du parti comme vice-président. La suite, on la connaît : son ascension fulgurante. De ministre délégué, il a été bombardé super ministre de la santé. En clair, le candidat de l’Apr devrait avoir plus d’idées pour rallier les Maliens à sa cause. Car, tout porte à croire qu’il a du chemin à faire pour arriver à ses fins. En tout cas, le score qu’il a obtenu est une humiliation au regard de la forte publicité qui a caractérisé la naissance de son parti.

Les déflatés

Au total, ce sont 16 candidats qui sont confinés dans la barre de 0… % et n’ont donc pas réalisé un score important. Ousmane Ben Fana Traoré et Cheick Boucadry Traoré ont surpris en sortant avec respectivement 0, 52% et 0, 30% des voix. Si le premier était là depuis plusieurs années, le second, lui, a commencé à se faire entendre en 2012, avec la création de son parti, la Care. Dans la perspective de la présidentielle avortée de 2012, Niankoro Yeah Samaké a créé son parti, mais au sortir du scrutin du 28 juillet, il n’a pu obtenir que 0, 56. L’incongru reste le candidat du parti l’Ufd, Siaka Diarra. Ce dernier s’en sort avec 0,47% des voix. Ce qui est un cinglant revers qui empoisonne l’héritage de l’ancien médiateur de la République et acteur intournable du Mouvement démocratique, Me Demba Moussa Diallo. Idem pour Ahmed Sow et Konimba Sidibé qui ont obtenu un score léger, le premier était un ancien ministre et a créé le Rtd, tandis que le second était un ancien ministre et député dissident du Parena, avant de lancer son parti, le Modec.

Les menus fretins

Par contre, les scores d’Haïdara Aïchata Alassane Cissé, Sibiry Coumaré, Alhousseini Abba Maiga, Racine Seydou Thiam, Oumar Bouri Touré, Youssouf Cissé, n’ont pas surpris. Il s’agit bien d’illustres inconnus qui se sont lancés dans la reconquête du pouvoir, sans base réelle.

D’énormes défis à relever pour le prochain président du Mali

S’il est vrai que le gouvernement de la transition est en passe de gagner le pari des deux missions qui lui était assignées, à savoir la récupération des zones du Nord qui étaient sous occupation des jihadistes et des narco-trafiquants et l’organisation d’élections libres et transparentes, le gros lot du travail attend le futur président de la République qui sortira des urnes. Il lui faudra régler, de façon idoine, tous les problèmes qui minent notre société : pacification de notre pays, recoudre le tissu social délabré, résoudre définitivement les équations du Nord, de l’école, de la santé, de l’eau et de l’électricité, des infrastructures, lutter contre la pauvreté…En un mot, le nouveau président de la République aura du pain sur la planche.

Alpha Mahamane CISSE

Notre Printemps du 6 Août 2013