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Résultat d’une enquête d’opinion sur la crise post coup d’état du 22 mars : – 52 % de la population veut une transition dirigée par Dioncounda Traoré – 54 % des Maliens optent pour l’utilisation de la force pour libérer le Nord

Dans cette enquête d’opinion qu’il a menée après le putsch du 22 mars 2012, l’ingénieur statisticien économiste Sidiki Guindo, qu’on ne présente plus, a fait mener des investigations par rapport à certaines préoccupations de l’heure. C’est au cours de la période du 29 au 30 avril 2012 que les enquêteurs ont collecté des réponses sur un échantillon de populations(exactement 1100 personnes) d’au moins 18 ans des six communes du district de Bamako. Il s’agit, entre autres questions, de savoir si la population est satisfaite du coup d’Etat, si le président par intérim, Pr Dioncounda Traoré doit continuer avec la transition. Ainsi, 52% des Maliens pense que le Pr Dioncounda Traoré doit diriger le pays durant la transition, alors que 52 % de la population est favorable à l’usage de la force pour reconquérir l’intégrité du territoire national.

Depuis le mois de mars, le Mali connaît une crise sans précédent : des bandits armés, des terroristes et autres jihadistes réclament toute » la région de l’Azawad « , partageant ainsi le pays en deux, ceux du groupe des Ansar-dine veulent une application de la charia sur l’ensemble du territoire national, des sous-officiers se sentent trahis par certains de leur hiérarchie et provoquent une mutinerie, les trois régions du nord (Tombouctou, Gao, Kidal et aujourd’hui une partie de la région de Mopti) ne sont plus sous le contrôle de la République. Le président de la République a été évincé du pouvoir et un nouveau gouvernement a été mis en place, dirigé par le Premier ministre Dr Cheick Modibo Diarra.

Dans ce nouveau contexte très instable, il est important de recueillir l’avis de la population malienne par un sondage d’opinion. Ce sondage se veut neutre vis-à-vis des partis politiques, du nouveau et de l’ancien gouvernement, des putschistes et des organisations internationales. » Ainsi, avec la situation difficile que vit notre pays, notre curiosité de statisticien combinée à celle d’un chercheur nous pousse à évaluer l’avis des Maliens sur différents aspects de la crise « , explique Sidiki Guindo.

Selon lui, les résultats de cette étude pourraient aider le nouveau gouvernement et les amis du Mali à bien gérer la crise. L’ancien gouvernement peut tirer de ces résultats, différentes leçons. Nous avons cherché à répondre aux questions suivantes : le président par intérim doit-il continuer avec la transition ? Le peuple est-il satisfait du coup d’Etat ? Quel est le point de vue de la population sur les responsabilités dans cette crise ? Le peuple est-il satisfait de la composition du nouveau gouvernement ? La population souhaite-t-elle l’utilisation de la force pour reprendre le nord ? Selon la population, la CEDEAO doit-elle envoyer seulement des armes ou des hommes et des armes ? La France, les USA, la CEDEAO aident-ils le mali ou les rebelles du point de vue des populations ? La population est-elle satisfaite du comportement général des putschistes ? Quelle est l’image des différentes personnalités auprès de la population ?

Pour répondre à toutes ces préoccupations, ce sondage d’opinion a été réalisé les 29 et 30 avril 2012 auprès de 1100 personnes de 18 ans ou plus résidant dans le district de Bamako. La pertinence scientifique de cette étude est à deux niveaux : une conception rigoureuse de l’étude, la conception théorique de cette étude respecte toutes les théories de sondage ; des outils statistiques appropriés pour l’analyse des résultats de l’enquête : différents outils ont été utilisés et nous nous sommes assurés de la pertinence de chaque outil.

Pour revenir à la première préoccupation, qui est hautement d’actualité aujourd’hui, les enquêteurs sont sans détours. A la question de savoir si le président actuel-en convalescence à Paris après la lâche agression du 21 mai- doit être poursuivre sa mission en dirigeant la transition ou s’il doit être remplacé, 52% de la population pense que le Pr Dioncounda doit rester aux affaires.

43% pense qu’il doit être remplacé. La majorité des enquêtés n’est donc pas contre le fait que le président intérimaire dirige aussi la transition. Le comportement assez ambigu de la CEDEAO qui a consisté à prendre à contre-pied les putschistes et le peuple malien risque de fragiliser davantage la situation. La CEDEAO devrait actuellement penser à la réunification de l’armée malienne qui est plus que jamais dessoudée. Cette réunification semble être oubliée ou reléguée au second plan depuis le début de la négociation de l’accord-cadre.

A propos de la procédure pour reconquérir le septentrion, 54% de la population optent pour une utilisation de la force alors que 45% souhaite la voie de la négociation. Dans toutes les communes sauf en commune VI, la proportion de personnes préférant la force vaut au moins 50%. Cette statistique est de 40% au niveau de la commune VI.

Selon le niveau de formation, on note que dans tous les groupes, au moins 50% des personnes sont pour l’utilisation de la force. On note que 57% des hommes sont pour l’utilisation de la force alors que cette statistique est de 51% pour les femmes. Les personnes âgées de 41 ans et plus veulent une négociation (63% alors qu’au niveau des individus de moins de 41 ans, on constate que 56% préfèrent l’utilisation de la force pour reconquérir le nord du pays.

Dans ce contexte sociopolitique instable, le nouveau gouvernement doit éviter tous les facteurs d’une implosion sociale en communiquant mieux et plus largement sur sa stratégie de récupération des trois régions du nord de Gao, Kidal et Tombouctou et une partie de la région de Mopti, Douentza. Ceci, dans le but d’aller rapidement vers la restauration d’une vie politique et sociale apaisée.

L’analyse de nos données semble opposer des groupes d’individus ayant des lectures différentes de la crise actuelle, de ses antécédents et de ses enjeux. Il doit faire un effort tout particulier pour expliquer au peuple les choix et les priorités de la politique gouvernementale. Cela permettra au nouveau gouvernement d’être en phase avec son peuple.

Sidiki GUINDO

*Ingénieur statisticien économiste

01 Juin 2012