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Le 19 mai prochain, le tribunal du travail de Bamako va étudier les plaintes déposées par des ex-salariés de la mine d’or de Morila, qui réclament leurs droits. Car si l’exploitation industrielle de l’or, développée dans le milieu des années 1990, a hissé le Mali au 3e rang des producteurs africains d’or jaune, derrière le Ghana et l’Afrique du Sud, ce succès – qui a laminé l’orpaillage traditionnel – ne profite pas à tous.

« Ici, l’or enrichit les multinationales, pas l’Etat malien », s’exclame Brahima Koné. Président de l’Union interafricaine des droits de l’Homme, organisation panafricaine non gouvernementale œuvrant à la promotion et la défense des droits de l’Homme, il veut que cela se sache. Pour lui, l’exploitation aurifère a peu d’effet d’entraînement sur l’économie du pays.

Le secteur n’emploie que quelques dizaines de milliers de travailleurs, alors que la culture du coton, elle, fait vivre plus de trois millions de personnes.

« Au niveau local, il y a eu quelques créations d’emplois qui ont permis de réduire la pauvreté, explique Brahima Koné. Pour le reste, les multinationales exportent l’or à l’état brut. Le traitement du minerai se fait en Suisse, au Canada ou en Afrique du Sud. La part revenant au Mali est dérisoire ». Une part d’autant plus maigre que l’Etat est privé de recettes pendant les cinq premières années d’exploitation.

En effet, pendant cette période, le code minier malien de 1991 octroie aux entreprises minières des exonérations fiscales. Un cadeau qui pousse ces entreprises à surexploiter les gisements au début.

Prime de rendement impayée

Située à 280 km au sud-est de Bamako, dans la région de Sikasso, tout près des frontières du Burkina et de la Côte d’Ivoire, la mine d’or de Morila est représentative des paradoxes du secteur aurifère malien.

« C’est une mine à ciel ouvert détenue par deux géants miniers qui se partagent 80 % du capital (40 % pour Randgold Ressource et 40 % pour Anglogold Ashanti), l’Etat malien possédant les 20 % restants, explique Brahima Koné.

C’est la Société malienne d’exploitation (Somadex), une filiale de la française Bouygues, qui assure l’exploitation depuis l’ouverture de la mine en juillet 2000. Le coût de l’extraction est très faible. En 2005, elle était la plus compétitive du continent ».

Mais les salariés se sont plaints, au vu des résultats réalisés, de ne pas recevoir la gratification pourtant prévue par les textes.
Président de l’association Avocats sans frontières du Mali, Hamadi Karambé soutient les ex-salariés de la Somadex qui veulent faire valoir leurs droits.

« Leur revendication principale concerne le versement d’une prime de rendement, prévue par la convention collective en cas de dépassement des objectifs d’exploitation, souligne-t-il. Des objectifs largement atteints. En effet, les travailleurs estiment qu’environ 80 tonnes d’or ont été extraites entre 2001 et 2003, alors que l’Etat malien et la Somadex avaient tablé sur 11 tonnes d’or par an ».

En 2003, une juridiction malienne ad hoc a reconnu le droit des salariés à la prime de rendement. En vain. « La Somadex refuse de payer », affirme l’avocat. Face à cette situation, une grève générale a été votée en 2005. Pour avoir refusé de reprendre le travail après 72 h, 300 d’entre eux, sur les 1500 employés par la Somadex, ont été licenciés.

Ils sont 218 à se retrouver aujourd’hui devant la justice pour un procès emblématique (initialement appelée devant le tribunal du travail de Bamako le 21 avril dernier, l’affaire a été reportée au 19 mai). « Seuls manquent à l’appel ceux qui nous ont quittés », souligne Hamadi Karambé.

De nouveaux gisements à surveiller de près

Morila n’est pas la seule mine d’or mise en cause au Mali. Sébastien Godinot, membre de la section française des Amis de la Terre, ONG de protection des droits de l’Homme et de l’environnement, a réalisé une mission d’investigation dans la mine d’or de Sadiola en 2004.

Pour lui, l’exploitation de l’or a provoqué d’importants problèmes de santé. « L’Etat manque de moyens pour faire respecter les normes sociales et environnementales, explique-t-il. Des travailleurs de la mine, qui avaient tenté de former un syndicat, ont été licenciés. » Sadiola a fermé ses portes fin 2006, le gisement étant épuisé.

A Morila, l’exploitation est prévue pour durer jusqu’en 2011. Pour l’heure, de nouvelles mines d’or ont ouvert. C’est le cas de celle de Loulo, inaugurée en novembre 2005 et considérée comme l’une des plus importantes en Afrique de l’Ouest.

Face à la découverte de nouveaux gisements d’or jaune, les associations de défense de l’environnement et des droits des travailleurs sont sur le qui-vive. Le gouvernement malien promet, quant à lui, qu’il planche sur un nouveau code minier.

(MFI)

15 Mai 2008