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La vulgarisation de la culture de la pomme de terre dans notre pays date de la fin des années 80. La culture de la pomme de terre se fait en deux saisons au Mali. En saison sèche fraîche (d’octobre à février et mars) et en contre-saison pendant l’hivernage (de juin à fin août).

L’Association malienne d’assistance technique villageoise (Amatevi) est une ONG locale outillée par l’ONG italienne Iscos pour apporter l’appui-conseil et la formation aux paysans de la filière pomme de terre à Sikasso. L’objectif est de renforcer la capacité technique des paysans au niveau de la production et de la consommation du produit.

Selon son coordinateur, Mahamadou Coulibaly, technicien supérieur d’agriculture de son état, l’Amatevi appuie de façon transversale l’Association des producteurs de pomme de terre de Sikasso (APPS) dans le cadre des actions organisationnelles des paysans producteurs.

Les difficultés du secteur portent surtout sur sa capacité à satisfaire le marché national en toute période de l’année et à tirer son épingle du jeu. Le paradoxe pour la filière réside dans l’abondance qu’elle ne parvient pas à gérer pendant des époques de l’année et le problème de financement.

De février à mars, voire avril, le marché de Sikasso est inondé de pommes de terre. L’exportation a lieu vers des pays comme le Burkina, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Sénégal, etc. Les prix défient toute concurrence à ce moment-là, le prix du kilo se situant entre 75 et 125 F CFA.

En revanche, la période de soudure pour la pomme de terre commence de mai-juin à août. Une crise s’installe dans le pays, contraint d’en importer d’Hollande et d’autres pays d’Europe pour approvisionner les marchés nationaux. Présentement à Sikasso, le kilo est cédé à 250 F, voire 400 F. Ailleurs, sur le territoire national, principalement à Bamako, la même denrée est vendue au kilo à 600 F CFA ou plus.

Enorme gâchis

Cette fluctuation qui alterne avec la baisse des prix au gré des saisons constitue un énorme gâchis aussi bien pour le consommateur que le producteur malien. La solution préconisée par M. Coulibaly, consiste à faire en sorte que la pomme de terre ait un prix stable quelles que soient les saisons. L’une des solutions est la conservation du produit durant l’année à travers l’amélioration des techniques de conservation des paysans.

Pour mieux aider à conserver leurs produits, Iscos a construit un magasin de 300 m2 pour 200 tonnes à Sikasso. Des villages partenaires comme Niaradougou, Zangaradougou, Zanikodougou et Dialakoroladiassa disposent chacun d’un magasin de stockage de 140 m2.

Mahamadou Coulibaly croît dur comme fer que la pomme de terre peut bel et bien jouer le rôle de 2e produit d’exportation au Mali et détrôner l’or blanc. Dans sa logique, les villages producteurs ont moins de penchant pour la culture de coton pour la simple raison que la pomme de terre leur rapporte gros.

Une autre raison avancée par lui est que tous les villages producteurs possèdent des bas-fonds qui les occupent toute l’année. M. Coulibaly pense aussi que la culture de pomme de terre est plus sécurisée que celle du coton puisque le cotonculteur ne peut jamais fixer lui-même son prix.

L’engouement de notre interlocuteur pour la pomme de terre s’explique aussi par le fait que cette culture constitue, de son point de vue, la locomotive de toutes les autres cultures pratiquées dans les bas-fonds. A l’en croire, l’engrais utilisé peut servir aux cultures de contre saison (maïs, riz, légumes et autres tubercules). Une réflexion qui le pousse à demander le soutien de l’Etat à ce secteur qui peut même approvisionner toute la sous-région.

La pomme de terre, selon ses dires, fait injecter par an, un milliard de F dans les intrants pour plus de 2 millions d’hectares cultivables. « Le créneau peut faire 50 000 tonnes par an et pas moins de 6 milliards de F CFA de chiffre d’affaires. Mais, la rentabilité de la filière nécessite une organisation solide des paysans et des autres acteurs », conseille-t-il.

Il urge, pour l’Etat, de faire un clin d’œil à la filière pomme de terre conformément à l’objectif visé par le président de la République qui veut faire de l’agriculture le moteur de l’économie. La filière doit être prise en compte par la Loi d’orientation agricole (LOA) lancée par le chef de l’Etat en février 2005 pour faire de l’agro-industrie un secteur à forte valeur ajoutée.

Abdrahamane Dicko
(envoyé spécial à Sikasso)

10 août 2006.