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En République Démocratique du Congo (RDC), les organisations de la société civile ont participé à l’organisation des élections présidentielle et législatives de 2006. Mais la participation de la population à la lutte contre la pauvreté était encore plus urgente que la mise en place d’un scrutin.

C’est ce qu’explique le Secrétaire Général du Conseil National des Organisations Non Gouvernementales de Développement (CNONGD) en RDC, M. Robert Mabala Kasongo, en mettant en exergue le rôle et l’implication de la société civile dans la démocratie en République Démocratique du Congo.

La RDC après Mobutu

Après son coup d’Etat en 1965, le Congo Léopoldville devient le Zaïre. Et Mobutu Sese Seko se maintient au pouvoir pendant 32 ans, même si, au début des années 1990, il est obligé de tenir compte des appels à la démocratisation. Aussi, Mobutu s’y engage, mais avec peu de volonté réelle.

En 1997, Laurent Kabila prend le pouvoir ; et le pays devient la République Démocratique du Congo (RDC), grâce à l’appui du Rwanda et de l’Ouganda. Mais un an plus tard, soit en 1998, Kabila doit affronter ses anciens alliés (le Rwanda et l’Ouganda). Il demande alors, pour le soutenir, l’intervention de l’Angola, du Tchad, de la Namibie, du Soudan et du Zimbabwe.

Après l’assassinat de Laurent Kabila en 2001, son ”fils spirituel” qu’on dit aussi “adoptif”, Joseph Kabila, est nommé Chef d’Etat. S’ensuit alors le processus dit de Prétoria, pour la Transition, en vue de mettre ainsi fin à l’ingérence étrangère dans les “affaires intérieures“ du pays.

En Juillet 2003, un gouvernement de Transition est nommé, suivant la formule dite de “1 plus 4”, c’est-à-dire le Président Joseph Kabila et 4 Vice-Présidents, représentant l’ancien gouvernement, d’anciens groupes rebelles et l’Opposition politique. L’année 2006 sera celle des élections présidentielle, législatives et provinciales (avec 10 provinces).

Joseph Kabila sera élu en Décembre 2006, avec 58% des voix, au second tour du scrutin. Mais le moins que l’on puisse constater, c’est que son ”règne” ne sera pas de tout repos. Car non seulement il aura maille à partir avec ses opposants politiques, mais il doit, de nos jours encore, faire face à une insurrection plus tenace de groupes rebelles armés, dirigés par un officier supérieur, un certain …Laurent Kunda.

Pour la reconstruction nationale

Est-ce pour cetta raison que la société civile congolaise a d’emblée jugé bon, sinon salvateur, de s’immiscier dans ces affaires de l’Etat? Toujours est-il que dès la même année (2006), une formation des observateurs nationaux des élections a été organisée, dans toute la RDC, par le Conseil National des Organisations Non Gouvernementales de Développement (CNONGD), à travers ses structures provinciales dénommées Conseils Régionaux des Organisations Non Gouvernementales de Développement (CRONGD).

Cette formation portait sur toutes les étapes du processus électoral, notamment la publication des listes des candidats, la campagne électorale, les scrutins présidentiel et législatif, les opérations de vote et de dépouillement dans les différents centres. Bien que ces sélections aient eu lieu, M. Robert Mabala Kasongo constate que l’essentiel reste encore à faire.

Le pays doit être reconstruit. Le programme du gouvernement congolais est fondé sur un document des stratégies de réduction de la pauvreté. Avec les autorités, nous sommes en train de travailler sur la bonne gouvernance et sur la décentralisation. Il nous revient de travailler avec l’ensemble des ONG, pour une bonne gouvernance interne des organisations civiles, qui sont souvent appelées à remplacer l’Etat dans les différentes régions du pays“, a-t-il indiqué.

Et d’ajouter :Dans le contexte du Congo, rendre la gestion des associations tranparente est une première étape vers une meilleure gouvernance, de manière générale. Il faut une gestion de proximité du pays. Nous devons sensibiliser la population à participer à la construction du pays, ainsi qu’à la gestion de la chose publique. Ce rôle de sensibilisation de la population revient à toutes les organisations de la société civile”.

Est-ce à dire que les CRONGD doivent, par exemple, inciter les gens à faire de la politique ou à être élus?. Non, répond M. Robert Mabala Kasongo, car selon lui, la décentralistaion doit se comprendre dans le sens de la bonne gestion de la chose publique, de la transparence et de l’obligation des élus à rendre compte auprès de leurs électuers : plus facile à dire qu’à faire, surtout sous les cieux africains…

Que peuvent alors faire le CNONGD et son réseau, pour assurer l’éducation et la sensibilisation de la population? Que faut-il comprendre par “bonne goucernance” ? Comment doivent être gérées les recettes de l’Etat démocratique congolais? Pourquoi doit-on payer les impôts et taxes?.

Ça, c’est un problème dans l’ensemble du pays. Depuis des années, le citoyen congolais ne paie pas correctement ses impôts. La raison qu’on avance, c’est que ces taxes sont détournées au niveau des gestionnaires du gouvernement. Aujourd’hui, il faut faire comprendre à la population que sans le paiement des impôts, la reconstruction du pays sera impossible”, constate M. Kasongo en guise de réponse.

Du côté des gouvernants aussi, il est (selon lui) du devoir du CNONGD d’assurer le renforcement des capacités des autorités dans les communes, afin que les recettes servent efficacement à la reconstruction. Un budget doit alors être élaboré de manière participative, avec la présence des élus.

C’est dans ce travail-là que nous devons nous impliquer. Il n’est pas exclu que, dans les associations, il y ait l’un ou l’autre membre (NDLR : du CNONGD) qui s’intéresse à la politique. Et s’il décide de faire de la politique, il est libre de la faire. Mais il ne pourra pas être, au même moment, dirigeant politique et dirigeant d’une association“, indique M. Robert Mabala Kasongo.

Le rôle d’un CRONGD

A l’image du Conseil National des Organisations Non Gouvernementales de Développement (CNONGD) qui s’exerce sur le plan national, le Conseil Régional des Organisations Non Gouvernementales de Développement (CRONGD) évolue sur le plan régional, c’est-à-dire sur le plan des structures provinciales.

Et le président du CNONGD, M. Kasongo, d’expliquer :Je prends le cas du Katanga. Là-bas, le CRONGD Katanga accompagne tous les jours les associations locales. Il y a les associations situées dans les villages, qui travaillent dans plusieurs domaines : la sécurité alimentaire, l’environnement, la santé, l’éducation… Le rôle du CRONGD Katanga est de donner les informations appropriées à ces gens, sur les différentes techniques et méthodes de travail qui concernene un domaine particulier, d’assurer le suivi des actions que ces gens mènent et d’essayer de capitaliser toutes ces expériences“.

C’est dire qu’il revient à ce CRONGD de réunir les associations qui travaillent dans un même territoire pour échanger leurs expériences. Les CNONGD assurent également des formations pour le renforcement des membres des associations.


Un coût d’élections

Comme en 2006, les Congolais ont été conviés à participer aux opérations électorales de 2008. Après le référendum , la présidentielle, les législatives et les provinciales, la Commission Electorale Indépendante (CEI) s‘est préparée à organiser les élections locales, municipales et urbaines pour boucler le processus électoral. Six structures sont alors proposées : deux au suffrage universel direct, et quatre au suffrage universel indirect. Les électeurs sont appelés à élire directement les conseillers de secteurs ou de chefferie, ainsi que les conseillers municipaux.

Pour organiser les élections locales, municipales et urbaines, la Commission Electorale Indépendante devrait impérativement disposer de 120 millions de dollars US, soit près de 60 milliards de FCFA. “Nous sommes en train de faire du lobbying auprès des bailleurs de fonds pour mobiliser les fonds promis“, assurait le Rapporteur de la CEI, M. Dieudonné Mirimo Milongo, qui précisait : “Ce sont des élections très importantes, car elles constituent la base de la décentralisation qui est en train de se mettre en place. Il faut donc qu’il y ait des animateurs des institutions à partir de la base“.

Et M. Milongo, de conclure :L’électeur qui est à Kiri (province du Badundu) ou à Lodja (province du Kasaï Oriental) n’a pas besoin que le député qui se trouve à Kinshasa parle d’un pont qui est coupé ou d’un hôpital qui manque de médicaments. L’élu local peut régler ces problèmes, parce qu’il vit au quotidien avec sa base“.

Rassemblées par Oumar DIAWARA

19 Novembre 2008