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Des bergers peulhs copieusement bastonnés, 30 chameaux emportés

Depuis l’assassinat par balles début septembre de quatre Touaregs accusés, à tort ou à raison, d’avoir volé du bétail appartenant à des bergers peuls, la localité de Fafa, Cercle d’Ansongo, région de Gao, est entraînée dans une spirale de la violence. C’est l’armée malienne, d’abord qui a pilonné des supposés éléments du Gandaïso, soupçonnés d’être derrière ce quadruple assassinat. Le chef du Mouvement d’auto-défense, Amadou Diallo, sera par la suite arrêté au Niger et extradé à Bamako où il serait détenu dans les locaux de la Sécurité d’Etat.

La récente visite du ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, le Général Kafougouna Koné, du 2 au 5 octobre dernier, dans différentes localités de la zone, n’aura pas réussi à calmer les esprits si l’on en juge d’après l’opération de représaille menée par des Touaregs, mercredi 8 octobre, contre la population de Fafa, majoritairement des Peuls et des Sonraïs. Bilan : plusieurs blessés et une trentaine de chameaux volés.

Dans notre parution n°2057 du mardi 7 octobre, nous titrions à la Une, dans un article intitulé : «la région de Gao agitée par de fortes tensions inter-communautaires, Kafougouna Koné sur le terrain pour désamorcer la bombe». Dans cet article, nous rendions compte de la mission du ministre KafougounaKoné à Gao, Ansongo, Fafa et Sorori.

Ainsi, nous expliquions que, suite aux règlements de comptes meurtriers qui opposent depuis un certain temps, Touaregs et Peulhs, les derniers accusant les premiers de vols répétés de bétail, le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales a sillonné la ville de Gao, d’Ansongo, de Fafa et de Sorori pour prêcher la bonne parole : la sécurité des populations et la paix inter-communautaire.

Au cours de cette mission, les Peulhs soutenus par les Sonraïs et les Touaregs appuyés par les Arabes se sont engagés à préserver la paix sociale. C’est dans cette optique que les élus d’Ansongo, toutes communautés confondues, ont pris leur bâton de pèlerin, le samedi 4 octobre, c’est à dire, le lendemain de la visite du ministre Koné, pour sillonner toutes les communes du cercle d’Ansongo.


Objectif
: apaiser les cœurs et les esprits déjà surchauffés suite à l’arrestation du leader du «Gandaïso» (fils du terroir) et au quadruple assassinat de Touaregs pour lequel le premier cité a été accusé. C’est donc confiant que le ministre Kafougouna Koné est rentré à Bamako, croyant que son message a été reçu et compris cinq sur cinq. Mais, c’était sans compter sur l’esprit de vengeance des uns et la versatilité des autres.

Soixante douze heures après le retour de Kafougouna Koné à Bamako, des Touaregs (certains parlent de Daoussak, d’autres des Imaghads) armés jusqu’aux dents et à dos de chameaux – une vingtaine environ – se sont attaqués à des bergers peulhs dans le Gourma de Fafa. Si l’on ne déplore aucun mort, le bilan de cette agression barbare fait état de 30 chameaux emportés, des jeunes bergers bastionnés et dépouillés des maigres ressources financières qu’ils détenaient.

Informé, le Préfet d’Ansongo a aussitôt saisi son supérieur hiérarchique, le Gouverneur de la région de Gao, le Colonel Amadou Baba Touré. Celui-ci a immédiatement mis les éléments de forces armées et de sécurité à leurs trousses. A leur arrivée sur les lieux de l’agression, nos militaires n’ont trouvé aucun agresseur. Ils ont tournoyé autour de Fafa, sans pouvoir arrêter les assaillants qui avaient disparu dans la nature.

Cette situation qui menace de plonger la région de Gao, le cercle d’Ansongo en particulier, dans les affrontements inter-communautaires interpellent encore, une fois de plus, les autorités de Bamako et les ressortissants des deux communautés dans la capitale. Aujourd’hui, plus que jamais, la sensibilisation s’impose. L’Etat doit assumer sa mission régalienne qui consiste à protéger toutes les populations (pauvres et riches, Noirs et Blancs) pour éviter les règlements de compte meurtriers et inter-communautaires.

De plus, l’Etat se doit d’être juste et équitable envers ces mêmes populations, en évitant des frustrations et le principe «de deux poids, deux mesures».

Depuis la mi-septembre, le leader de Gandaïso, Amadou Diallo, séjourne dans les locaux de la Sécurité d’Etat, à Bamako. Vingt deux supposés membres de son mouvement d’auto-défense sont également emprisonnés depuis le 16 septembre à la maison d’arrêt de Gao.

Sa base, située autour de la mare de Sorori, a été complètement détruite. Au même moment, des habitants de son village sont victimes de représailles. Sans que les auteurs soient retrouvés, encore moins emprisonnés.

Auparavant, les voleurs de bétail, les assassins de nombreux bergers et du marabout peulh dans la commune de Tin-hamma, n’avaient jamais été retrouvés. C’est dans cette mouvance que le leader de «Gandaïso» pour ceux qui ne le savent pas, a abandonné son travail depuis Dakar pour venir, semble t-il, «défendre les siens». La suite est connue. Nous sommes déjà dans l’escalade de la violence et des conflits inter-communautaires qui menacent dangereusement la coexistence pacifique entre Peulhs, Sonrhaïs, Touaregs et Arabes. Un conflit dont le Mali n’a point besoin.
A suivre.

Chahana TAKIOU

10 Octobre 2008