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De plus en plus, curieusement, il est question, au sein de certains états-majors politiques de reporter les élections historiques d’avril 2012 qui débarrasseront à coup sûr le pays du désordre politique et économique installé en 2002. Dans la situation actuelle caractérisée par le chaos en toute chose, il ne serait ni réfléchi ni souhaitable de dérouter le processus électoral attendu avec impatience par notre peuple à cause de quelques coups de feu tirés par des bandits armés et des narcotrafiquants dans une partie du territoire national qu’on dit représenter les 2/3 du total.

Il serait dangereux de faire le jeu des alarmistes et des fatalistes qui pensent que la conjoncture n’est pas favorable, certaines localités nord du pays étant aux mains des ennemis de la nation. Mais notre situation n’a rien d’exceptionnel tout simplement parce qu’à côté de nous, dans des pays voisins, des élections se sont tenues ou se tiennent dans un contexte pire que le nôtre.

En 2010, les Ivoiriens ont voté sous des pluies de plomb alors que le pays était divisé en deux et les Sénégalais ont fait leur présidentielle dimanche dans une atmosphère de guerre civile plus dangereuse que chez nous. Il ne s’agit certes pas de voter pour voter comme pour se mettre en règle avec un exercice démocratique mais il est aussi très important pour notre processus démocratique de ne pas donner l’impression d’être pris en otage par des gangsters qui ne sont en fait que des chasseurs de primes ou de faire croire à ceux-ci que le pays est éternellement à leur merci.

En tout état de cause l’erreur est de croire aveuglement que ce mercenariat prendrait fin bientôt. Il continuera comme par le passé parce que les rebelles sont persuadés que l’Etat malien a peur et est spécialisé dans les négociations qui ne servent qu’à reculer l’échéance de l’affrontement armé.

La partie de la classe politique, qui s’imagine que les élections ne peuvent se tenir, à cause de la chienlit en cours dans le Nord, oublie tout simplement, que dans une logique toute républicaine, les gens dits rebelles, en fait des malfaiteurs cherchant à se faire connaître par les autorités maliennes, se sont fait exclure d’eux-mêmes de la communauté nationale et, n’eût été le régime de « sanankunya » d’ATT, qui ne fait que les caresser dans sens du poil, ils auraient déposé les armes de bonne date par les actions de nettoyage systématiques de l’armée nationale. Il est vrai que le même régime a laissé les bandits s’installer aux points stratégiques du Nord et maintenant il faut les en chasser par tous les moyens sauf par la négociation qui ne sert plus à rien, sauf à donner du temps aux terroristes.

Il faut faire avec la psychologie des mercenaires qui s’imaginent en terrain conquis depuis les Accords d’Alger et qui croient toujours qu’il faut taper du poing sur la table pour faire trembler la République sur tous ses fondements et amener ses autorités à débourser pour qu’ils aillent s’amuser sur la Côte d’Azur en France.

Des Maliens déjà disqualifiés

Ils vivent entre eux aussi bien dans les villes du Nord que dans les centres urbains du Sud, se croyant supérieurs aux autres qu’ils traitent avec mépris et dédain. Le tort d’ATT est d’avoir cru à leurs sottises soutenues aussi par les chancelleries occidentales sans doute pour des raisons de solidarité raciale.

Le Mali est fatigué de se ruiner pour des gens qui ne songent qu’à l’attaquer et lui extorquer des fonds précieux destinés à son développement économique et qui, une fois obtenus, leur servent à acheter des armes et à entreprendre des actions de villégiature. Mais si la situation en est ainsi, c’est la faute du régime actuel qui, en aucun moment, n’a donné l’impression de maîtriser les paramètres du Nord. Pis, il a laissé les rebelles infiltrer l’armée, la gendarmerie, la police et même les organisations de la société civile.

Au jour d’aujourd’hui, les complicités avec les rebelles au sommet de l’Etat semblent si évidentes qu’envisager une situation apaisée dans un bref délai n’est raisonnablement pas envisageable. Il importe au plus haut point de montrer aux carabiniers du désert que leur situation de rentiers de l’Etat ne peut plus continuer et que les positions de soutien ou de compassion des Occidentaux à leur égard les disqualifient grandement parce qu’elles font d’eux des apatrides dans leur propre pays.

La classe politique doit cesser de se poser des questions sur l’opportunité de la tenue des élections. Son discours, si elle tient vraiment à la démocratie et à la fin de l’amateurisme politique, doit être axé sur la nécessité de respecter l’échéance électorale et convaincre le peuple que même avec des rebelles sous les ponts du fleuve Niger à Bamako, l’élection d’avril 2012 aura lieu.

En renonçant pour quelque raison que ce soit au processus électoral, elle donne raison aux ennemis de la nation et reconnaît leur victoire au nom de l’imaginaire République de l’Azawad qui rimerait à celle de Jean Foutre si jamais elle advenait.

Mais la nécessité de l’élection ne doit pas nous conduire à un scrutin bâclé qui installerait au pouvoir un autre tyranneau de village ; en élisant un farfelu comme chef de l’Etat, on aboutirait à une situation pire que celle que nous vivons actuellement.

Yiriba

Les Echos du 28 Février 2012