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Déverouillage du mandat présidentiel


Plaise à vous m’autoriser cet échange d’inconnu à inconnu qui a été suscité par l’article combien surprenant que vous avez bien voulu nous servir à la table intellectuelle. Plaise à vous comprendre ma réaction somme toute logique du juriste au juriste. N’est-ce pas la confrontation des idées qui fait toute la beauté de ce monde auquel vous et moi appartenons !

« Je n’entre pas dans ce débat ». Le chef de l’Etat est, pour une fois, on ne peut plus clair sur un sujet. Même ses plus virulents détracteurs sont unanimes pour reconnaître sa hauteur de vue. Reconnaître la valeur d’un homme, fut-il, un ennemi, c’est en soi une preuve de grandeur. Bravo ATT !

Je ne suis pas en mission commandée. Ma carrière politique est aussi pauvre qu’est riche votre cursus universitaire présumé et au nom duquel, vous vous érigez en « Doyen Vedel ». Rien ne peut me compromettre quant à une quelconque appartenance politique.

Mes motivations sont d’ordre scientifique, intellectuel et je ne réagis qu’en ma qualité de juriste indigné par un subterfuge aussi criant.

Gardez-vous de me voir dans un puritanisme de mauvais alois, je suis un juriste moderne qui ne vous répond qu’en tant qu’intellectuel. Votre argumentation est si fantaisiste que je ne juge pas avantageux de le disséquer, je m’en tiendrai aux réponses d’ordre purement intellectuel.

Le déverrouillage de la limitation constitutionnelle du mandat présidentiel… Allah Akbar ! Une hypothèse scandaleuse et piètrement défendue par une vacancière qui veut nous faire la leçon. La mise au point du chef de l’Etat vient couper l’herbe sous les pieds de ceux qui se prennent plus royalistes que le roi.

Défendre une cause n’est pas mauvais en soi, mais quand on perd l’occasion et les mots pour le faire, on dessert la cause. L’occasion n’est ni opportune, les mots ni bien trouvés pour convaincre de la justesse de votre postulat. Autrement dit, vous avez loupé le coche. Le silence est souvent plus grand que certaines sorties malencontreuses comme la vôtre, hélas !

Jusqu’à cette publication, peu de lecteurs vous connaissent tout comme moi d’ailleurs, un illustre inconnu. Vous auriez pu réussir votre entrée dans l’arène politique (puisqu’il s’agit de cela), si vous aviez publié autre chose que cet article insultant. Je ne vous propose aucun sujet car je présume que votre séjour vous a suffisamment profité pour savoir ce que nous, « les résidents » vivons au quotidien.

L’école pour l’universitaire comme sujet ; quoi de mieux qu’une ruche pour les abeilles ! L’énergie consacrée à la rédaction de ce pauvre article aurait pu servir l’universitaire pour nous éveiller sur des systèmes de gestion qui conviennent au contexte particulier du Mali.

La gestion de l’école est devenue une géométrie résistible à tous les efforts déployés ces dernières années. Elle appelle à la contribution des tous, même des vacancières et surtout des universitaires.

L’œil trop vigilant de l’analyste aurait pu voir les décrépitudes de la société car il y en a bien. Le meilleur service que vous auriez rendu à votre pays serait de l’aider à sortir de la tourbière ; non pas à exciter les nigauds. Le pays patauge dans la marée de toutes les incertitudes, assurez-vous, ce n’est qu’une mauvaise passe qui ne saurait durer.

L’intellectuel que vous êtes prétendument aurait pu proposer mille et une solutions pour sortir de ces multiples crises, renverser les mauvaises tendances et patati et patata.

Hélas ! Le pied est posé là où il ne fallait pas ; c’est alors un mauvais pas. Je ne vous nie pas le droit d’écrire, mais celui de m’induire en erreur, je ne vous le concède pas, pas plus que je ne vous reconnais la qualité de constitutionnaliste du moins à la limite de la lecture ce votre article.

« Le rôle véritable de l’écrivain devrait et doit toujours être : aider la masse à prendre conscience de sa situation en expliquant et en posant clairement les problèmes ; proposer des solutions pendant les périodes de crises et d’angoisses » (Aron Tollan) ; autrement ; vous êtes dangereux pour votre peuple.

L’écriture au service d’une cause, c’est bien la distinction des intellectuels. Certains en ont payé le prix fort. Elle (l’écriture) postule plusieurs préalables que vous avez volontairement ou involontairement foulés aux pieds. Non, les règles sont ce qu’elles sont c’est-à-dire valables pour tous. Pour prétendre écrire au service de la cause d’une personne, il faudrait s’assurer du soutien, ne serait-ce que moral, du « servi ».

Tel n’est pas le cas. Pis, celui que vous prétendez servir même si vous ne le dites pas a désavoué votre démarche. Alors l’isolement putréfie le talent. J’adhère à la démarche de celui qui initie le débat, étant entendu que le débat pose la question. Edmond Jales écrit : « privilégier la question, c’est soumettre la réponse à l’interrogation sans fin ; c’est faire basculer le pouvoir, préserver l’ouverture ».

L’écriture est une arme ; l’une des plus merveilleuses armes pour défendre une cause et qui revêtit l’homme du statut de ce que Maurice Barres appelait non sans ironie l’intellectuel. Les dreyfusards Zola, Mirabeau et France ont démontré jusqu’où l’écriture peut servir une cause fut-elle juridique.

Quand Vidal Nacquet s’insurgeait dans ses écrits contre la torture en Algérie et que Noam Chomsky stigmatisait la politique étrangère des USA, ils répondaient à des appels. Mais leur démarche est logique ; la vôtre ambiguë. Car personne ne vous a appelé. Vous avez loupé le coche.
ATT a été l’un des plus illustres artisans de la Constitution. C’est lui qui l’a promulguée. Cet acte vaut tout pour un homme qui a servi sous le drapeau.

Peu d’hommes réussissent comme lui cette entrée dans l’Histoire de leur peuple. Vous ignorez la symbolique que représente pour votre « servi » cet acte (de promulgation de la Constitution) marqué d’un point particulier dans les annales de l’histoire démocratique malienne, voire africaine. ATT ne saurait se dédire. Vous loupez le coche encore une fois.

L’homme est venu mettre fin au désarroi du peuple malien qui a durant vingt-trois ans souffert le martyre d’un régime de dérive.

La Constitution que vous banalisez est un acte non seulement historique de la marche inexorable du peuple malien vers la liberté, mais qui nous rappelle à jamais le sacrifice des femmes, hommes et jeunes qui ont offert leur vie à l’avènement de la démocratie.
Puisqu’il s’agit de cet acte, il s’agit de l’orgueil du peuple malien, de sa possession la plus prestigieuse.

Sacrée Constitution ! Pauvre Constitution par le fait de pauvre constitutionnaliste ! En banalisant la Constitution, vous insultez le peuple fier du Mali car insultant ses morts. Plaise à vous mesurer la gravité de l’acte que vous posez ainsi. Respectons la mémoire de nos morts, de nos martyrs !

Ce qui est troublant, c’est moins l’état de l’analyse que le statut de l’auteur. Un charretier dans ce postulat n’aurait pas été plus ridicule que vous êtes ambiguë et insinuante. Le Mali ne sera jamais comme ces pays auxquels vous faites référence. Ces pays ont leurs coutumes politiques que nous respectons, le Mali a les siens et n’a que faire de parallèle insensé.

ATT ne sera jamais ceux que vous citez. Il est un modèle pour le monde en matière de démocratie et d’alternance et le démocrate qu’il est, ne tombera jamais aussi bas que vous le souhaitez. Il a de la valeur et le Mali en bénéficie.

Alexis Carrel écrivait dans l’Homme, cet inconnu : « chaque homme est une histoire qui n’est identique à aucune autre » ; ATT est l’Histoire du Mali qui gagne sur le chemin de la démocratie dans toute son acceptation.
Un bilan fut-il des plus prestigieux ne peut justifier la prétention d’un homme à s’éterniser au pouvoir.

Nul n’a le monopole du succès ; la règle vaut pour ATT. Lui le sait déjà ; apprenez-le ! On n’a pas besoin d’être au pouvoir pour tout réaliser. On fait ce qu’on peut ; ATT a fait ce qu’il a pu, nous lui seront pour l’éternité reconnaissants. Que vaut une Constitution qui consacre le pouvoir à vie ?

Nous sommes progressistes, progressistes, progressistes !!!
Koulouba n’est pas le seul nid indiqué pour réaliser ce qu’on veut pour le Mali. ATT a démontré toute sa classe et tout son mérite en étant l’un des rares militaires à avoir fait un coup d’Etat et à remettre le pouvoir aux civils après un processus électoral qu’il a dirigé de manière magistrale.

Il s’est mis à côté pendant dix ans pour servir le Mali autrement, et de belle manière. Ne voyez-vous ce qui se passe au Quai Branly ? Chirac continue son combat non pas à l’Elysée mais ailleurs quand bien même il avait toutes les possibilités non comme ATT de briguer un troisième mandat.

Nelson Mandela ne chôme pas ; pourtant un deuxième mandat ne lui était guère impossible. Alpha Oumar Konaré, Abdou Diouf, Jimmy Carter, Lech Walesa et tant d’autres anciens chefs d’Etat continuent de forger davantage leur siège dans la cour des Immortels.

ATT ne saurait manquer de prendre exemple sur ces illustres devanciers pour lesquels il a lui aussi un moment servi de modèle. La sagesse qui est la sienne et que vous perdez de vue est assez forte pour l’insuffler des orientations non comme les vôtres mais celles qui finiront par forger sa place au Panthéon national.

Pour finir, plaise à vous ressasser les propos combien religieux de cet ancien chef d’Etat (Alpha Oumar Konaré) qui a compris fort longtemps tout le sens de la démocratie : « Homme oui, serviteur de Dieu, du peuple et de son prochain et pour lequel les choses les plus sûres sont la vulnérabilité et la certitude de passer un jour proche ou lointain la main (mars 1992) ».


Gousmao

16 Juin 2008