Partager

Le président du RPM a tapé du poing sur la table pour obtenir son deuxième poste dans le gouvernement et avait menacé de quitter l’équipe au cas contraire. Une attitude du moins incohérente et surprenante de la part du leader politique qui avait pourtant annoncé son refus de participer à tout gouvernement avant les « Concertations nationales ».

jpg_une-995.jpgLa démarche est opportuniste et n’a sa justification que dans le contexte malien actuel où les regroupements et la société civile s’entre-déchirent à la recherche de postes au gouvernement au nom d’une prétendue « union nationale ».

Une semaine après la formation de la nouvelle équipe gouvernementale de transition, un autre ministre vient de prendre le train en marche. Il s’agit de M. Bocar Moussa Diarra, nommé ministre délégué chargé de la promotion des Langues nationales et de l’Instruction civique. Si le décret n’a été jusque-là officiellement lu à la télévision nationale, l’information ne fait aucun doute désormais. Car elle a été confirmée la semaine dernière par l’intéressé lui-même auprès de plusieurs journalistes politiques des rédactions. Mieux, au journal télévisé de « 20 h » du samedi, le regroupement « IBK-2012 » s’est félicité de la nomination de 2 de ses cadres « compétents ».

M. Bocar Moussa Diarra, qui vient de prendre le gouvernement en marche, est donc un fidèle parmi les fidèles d’Ibrahim Boubacar Keïta, président du Rassemblement pour le Mali (RPM). Il entre dans le gouvernement dit d’ « union nationale » après les autres au nom du regroupement « IBK-2012 ». Il n’y a pas de doute, nous assistons à la formation d’un gouvernement au compte-goutte puisqu’une autre nomination se profile à l’horizon.

« Cheick ne peut pas me faire ça ! »

De sources dignes de foi, nous apprenons qu’IBK a piqué une colère noire à la lecture de la liste des membres du gouvernement la semaine dernière, au motif que la promesse de deux postes ministériels faite par Dioncounda Traoré et le Premier ministre n’a pas été respectée. « Passez-moi Cheick, je dois lui parler. Il ne peut me faire ça », a craché l’ex-Premier ministre au téléphone, demandant au protocole de parler à Cheick Modibo Diarra.

Un jour après cette manifestation de colère du président du RPM, coup de théâtre dans le gouvernement : le nombre de postes réservés au regroupement d’IBK est complété à deux. En plus du ministère de l’Artisanat et du Tourisme, « IBK 2012 » s’offre également le ministère délégué chargé de la promotion des Langues nationales et de l’Instruction civique.

Jusque-là très respectés par l’opinion publique depuis la formation des différents regroupements pro, anti-putschs et centristes, IBK et son mouvement ont fini par étaler le caractère opportuniste de leur démarche. Le président du RPM a menacé le Premier ministre de quitter le gouvernement si son regroupement n’obtient pas ses deux postes. Une attitude qui tranche d’avec ses discours d’il y a quelques semaines où il avait clairement exprimé son opposition à participer à tout gouvernement sans la tenue d’une Concertation nationale.

La conférence de presse tenue à la Maison de la presse dix jours avant la formation du gouvernement en est une illustration parfaite. IBK, en adoptant une attitude de va-t-en-guerre pour réclamer un poste supplémentaire dans le gouvernement, fait preuve de l’inconstance de son discours et étale sa politique de l’Autriche dans cette crise depuis le coup d’Etat 22 mars dernier. IBK a beau manifesté son « désintérêt pour les postes » dans ce contexte de crise, les masques ont fini par tomber. L’ancien président de l’Assemblé nationale sous ATT confirme ainsi à travers cette guerre de place, la thèse de ses détracteurs qu’il ne peut jamais être un opposant sérieux à un régime. Tout comme son entrée dans le gouvernement Mariam Kaïdama Sidibé (alors qu’en avril 2007 il se réclamait de l’opposition), celle-ci a surpris plus d’un si on se réfère à ses premiers discours.

Mais le drame c’est la responsabilité jouée par le Premier ministre face à un tel chantage. Il faut se dire les vérités en face, qu’IBK et son regroupement participent ou pas à un gouvernement, le Mali doit continuer sa marche. Il n’y a pas de doute, ceci donne la preuve d’une aire de partage du gâteau où chacun veut se tailler la part de Toto le gourmand. Dans les prochains jours, il faut sans doute s’attendre à ce que d’autres ministres prennent le gouvernement en marche. Que Dieu sauve le Mali de ses fils !

Issa Fakaba Sissoko
L’Indicateur du Renouveau du 27 Août 2012.