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En 2012, alors que le Mali était sous l’occupation des djihadistes, le monde entier avait assisté, quasiment impuissant, à la destruction des mausolées de Tombouctou, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. On revoit, comme si c’était hier, une horde d’hommes armés de pioches, de pelles et de marteaux qui s’acharnaient sur ce que Tombouctou a de plus cher, c’est-à-dire ses trésors religieux. Passé donc le temps de l’émotion, du choc et des condamnations, l’heure est maintenant à la restauration et aux réparations de ce qui peut  encore l’être. Car, il faut le dire, la profanation d’un lieu sacré est très difficile à réparer, tant elle brise le mythe  de la croyance. C’est ce qui fait dire à certains qu’il sera difficile pour Tombouctou de renaître de ses cendres. Mais dans le cas d’espèce, rester les bras croisés, serait une manière de donner raison aux djihadistes qui ont pris sur eux la responsabilité, on ne sait au nom de quelle idéologie, de braver des interdits qui ont traversé des siècles et des siècles. C’est pourquoi les autorités de la Transition et la Cour pénale internationale (CPI) ont décidé d’organiser une cérémonie, ô combien symbolique, dans l’affaire  des mausolées de Tombouctou. Cela fait suite à la condamnation par la CPI, en 2016, d’un cadre d’Ansar Dine, en la personne d’Ahmad Al Faqi Mahdi qui avait commandité la destruction des mausolées de la « Ville aux 333 saints ». De quoi apporter du baume au cœur des Maliens en général et des Tombouctiens en particulier, qui ont encore du mal à croire à ce qui leur est arrivé, tant cela dépasse leur entendement. Ils ont vécu la désacralisation des tombeaux de leurs grands érudits comme une forme d’émasculation dont le souvenir reste  encore très profond et douloureux. En témoignent les propos d’un habitant de Tombouctou dès l’annonce de la nouvelle : « Vraiment, la population est très très en colère parce que le mausolée, c’est le symbole de Tombouctou. C’est la ville historique de Tombouctou ». 

L’impérieuse nécessité de déployer un dispositif sécuritaire conséquent et permanent pour parer à toute éventualité

En tout cas, si l’on peut se féliciter du geste symbolique des autorités maliennes de la Transition et de la CPI, qui, quoique l’on dise, permet de sauver les apparences, on ne peut que nourrir quelques appréhensions. Car, le Mali étant toujours en proie à des attaques répétées, il faut craindre que Tombouctou ne devienne la cible privilégiée des terroristes qui ne manqueront pas d’exploiter la moindre faille pour répondre du tac au tac. D’où l’impérieuse nécessité de déployer un dispositif sécuritaire conséquent et permanent pour parer à toute éventualité. Car, les terroristes sont ainsi faits qu’ils aiment les actions d’éclat. Conscients qu’ils ne peuvent pas faire le poids face aux forces militaires présentes au Mali, ils travailleront à leur tailler des croupières aux fins de provoquer ainsi une mésintelligence réelle entre alliés. C’est cet amalgame qu’ils ont réussi à créer dans le village de Bounti, dans le Centre du pays, lorsque, croyant avoir affaire à des terroristes, l’armée française a ouvert le feu sur une cérémonie de mariage, tuant  16 personnes. Certes, celle-ci s’en défend. Mais les faits semblent têtus puisque dans un rapport, la MINUSMA reconnaît qu’il y a eu bavure et demande l’ouverture d’une enquête indépendante afin « d’examiner les circonstances de la frappe et son impact sur la population civile ». Autant dire que ce rapport met Barkhane dans une situation embarrassante.

B.O

Source: Lepays.bf