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Parce que le Mali est en chantier et que le commerce mondial offre des possibilités beaucoup plus intéressantes qu’il y a 40 ans, parce qu’un ministre est payé pour trouver des solutions aux problèmes graves, un lecteur démonte les propos du ministre de l’Industrie et du Commerce qui semble tirer un trait sur la réouverture de la cimenterie de Diamou.

Sur la remise en état de la cimenterie de Diamou, j’ai lu dans les colonnes du jounal Les Echos du 12 juin 2007 certains de vos propos qui m’ont ému en tant que citoyen du Mali dans lequel l’avènement de la démocratie a suscité un grand espoir.

M. le ministre, les Echos vous cite : « Tout le monde dit qu’il y a de la matière, mais ce qu’on ne dit pas c’est que 60 % des charges de fonctionnement de l’usine vient de l’électricité et des transports… Depuis 1967, les données ont montré que l’usine n’était pas rentable… On continue à importer du ciment en attendant que les obstacles soient levés ». Fin de citation.

Je suis peut-être naïf, mais j’incline à croire que c’est pour votre compétence qu’on vous a confié le poste pour nous rendre les choses rentables. Dans un pays comme le nôtre, les conclusions négatives ou l’attentisme ne sauraient être un mode de gestion.

M. le ministre, tous les Maliens ont exprimé un souhait en constatant que la matière première pour le ciment existe à profusion sur notre sol. C’est leur bon droit. Dès lors, vous avez le devoir de l’exploiter à l’avantage du pays. Pour cela, vous disposez de plusieurs atouts.

D’abord le gouvernement dont vous faites partie. Ensuite, les populations pour leur participation physique éventuelle ; le concours des bailleurs tant à l’intérieur qu’à l’extérieur…

Autant dire que la réouverture d’une cimenterie rentable est possible même si cela va prendre beaucoup de temps. Mais, il faut qu’elle soit faite à hauteur de souhait. Quand vous dites « en attendant que les obstacles soient levés, on va importer du ciment » sur qui comptez-vous au juste ?

Le Mali de 2007 est un vaste chantier. Cette dynamique enclenchée depuis mars 1991 a besoin qu’on explore, qu’on innove, afin qu’elle soit porteuse de fruit. Lors de son investiture, le nouveau président du Mali a fait état du grand chantier d’infrastructures et d’édifices à bâtir.

Autrement dit, dans les années à venir, les matériaux de construction seront sollicités. Ceci, à mon avis, suppose un minimum d’autonomie en la matière. Or, vous, apparemment, vous vous attendez à ce que les alouettes vous tombent toutes rôties du ciel.

Des Maliens ont laissé la cimenterie de Diamou mourir de sa belle mort impunément. Si vous, vous vous engagez à la remettre en état de marche au profit de tous, l’Histoire le retiendrait et le peuple vous saurait gré de cela. Mais en affirmant que certaines données de 1967 ont montré que l’usine n’était pas rentable, vous baissez les bras et cherchez peut-être à faire passer un message.

De 1967 à 2007, au Mali, beaucoup de secteurs (coton, élevage, secteur privé dans son ensemble) sont devenus rentables. Mais est-ce que l’Itema l’a été sous votre gouvernance ? Les données de 1967 ne sauraient donc être un argument ! De 1967 à nos jours, il y a 40 ans. Entre-temps, le commerce mondial, fortement modifié, donne aujourd’hui aux décideurs de plus grandes possibilités et opportunités.


Les avez-vous toutes explorées ?

C’est vrai que l’offre de 50 000 tonnes par an est dérisoire. Cependant, je pense que chaque centime gagné est à l’avantage du Mali. Le plus gros consommateur de ciment au Mali, c’est l’Etat. Au demeurant, aucun défi ne devrait ébranler notre engagement pour le Mali.

Bakary Sangaré (imprimeur à Bamako)

14 juin 2007.