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Comme il fallait s’y attendre, le projet de code des personnes et de la famille, qui devrait être examiné ce jeudi 1er juillet par les honorables de l’Assemblée nationale, sera sans doute renvoyé à une prochaine session, selon une source très proche de Bagadadji. C’est donc très à l’aise que la présidente de la commission des lois, l’honorable Camara Saoudatou Dembélé, devrait prendre la parole devant ses collègues pour demander le renvoi, encore une fois, de l’encombrant texte qui reviendra à l’ordre du jour de la très probable session extraordinaire et son agenda déjà chargé. Car les élus devraient se pencher aussi sur le projet de loi portant révision de la constitution du 25 février 1992.

Mais, en attendant, Mahmoud Dicko et ses camarades mènent des négociations à l’hémicycle dans un climat serein. Pas plus tard qu’hier mercredi, les deux parties étaient en pourparlers.  »Pas de tension. Nous sommes en train d’examiner article par article’‘, nous a confié un membre de la Commission des lois de l’assemblée nationale. Les parlementaires ont apparemment conscience des conséquences des éventuelles concessions à faire.

 »L’adoption de ce document, le 3 août 2009 par l’Assemblée nationale, après dix longues années de réflexion et de concertation entre les acteurs de la société malienne, constituait une avancée notable pour le respect des droits des femmes maliennes.

En effet, son adoption permettrait d’incorporer dans la législation malienne certaines des dispositions contenues dans les textes internationaux et régionaux que le Mali s’est engagé à respecter, notamment la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ratifiée en 1985, le Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits des femmes, ratifié en 2005, ainsi que la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, ratifiée en 1990.

A ce jour encore, les femmes maliennes ne jouissent pas des droits universels, énumérés dans ces instruments. Nous espérons que le texte sera examiné par l’Assemblée nationale dans les plus brefs délais, et que sa relecture ne se traduira pas par une révision à la baisse.

Ces réformes, en ce qu’elles tendent vers l’égalité entre les sexes, sont indispensables au respect des droits humains des femmes maliennes et honoreraient la République du Mali. », a souligné la présidente de la Fédération internationale des droits de l’homme, la Tunisienne Souhayr Belhassen, dans une correspondance en date du 24 septembre adressée au président de la République, Amadou Toumani Touré après sa  »sage décision » de renvoyer le texte à une seconde lecture à l’Assemblée nationale.

Tout en affirmant que la décision est parfaitement conforme à notre Constitution, l’Organisation internationale de défense de droits de l’homme a fait part de ses inquiétudes. La décision de renvoi, écrit Souhayr Belhassen, fait suite à  »des manifestations des forces les plus conservatrices du pays, opposées à toute avancée pour les droits des femmes. »

Mais, au regard de tout ce que l’on voit, de tout ce que l’on entend, de tout ce que l’on vit au quotidien il urge, plus que jamais, d’accorder crédit à une boutade lancée par le président de la République, avec le sens de l’humour qu’on lui connaît.

C’était en 2008. Amadou Toumani Touré a suggéré la tenue d’un Forum sur l’homme malien.  »Connaître les autres, c’est la sagesse, se connaître soi-même, c’est la sagesse suprême », disait Laozi.

Dans une excellente contribution parue dans  »Info Matin » du 14 septembre 2009, un certain Aménophis I. Traoré nous appelle justement à cette prise de conscience :  »Il me semble que le Mali devrait, en ces moments d’égarements et d’errements, faire le bilan de son parcours historique afin de retourner à la bifurcation où des événements malheureux nous ont fait tromper de chemin en vue de comprendre ce qui nous arrive aujourd’hui et reprendre le cours normal du progrès…

Sous le poids des trois traditions conflictuelles (animisme, islamisme et christianisme) l’homme malien est déboussolé, ne sachant plus sur quel pied se tenir ».

Au-delà du code, nous devrions être en mesure d’engager de véritables débats sur notre identité. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Que voulons-nous ? En essayant de répondre à ces différentes questions, nous arriverons à résoudre nos problèmes.

Par Chiaka Doumbia

Le Challenger du 02 Juillet 2010.