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« Mon discours a été conçu avec l’idée que le président de la République serait là », dixit le bâtonnier, Seydou Ibrahim Maïga avant que le ministre de la Justice, garde des Sceaux ne précise que le chef de l’Etat n’a pu effectuer le déplacement « pour raison de calendrier ». S’il y a un homme que les uns et les autres s’attendaient à voir, c’est bien sûr le chef suprême de la magistrature, celui-là même qui avait affirmé lors de la rentrée des cours et tribunaux en novembre dernier qu’il n’y a que le menu fretin qui boit la tasse alors que les gros caïmans circulent impunément.

Bon nombre de citoyens présents à la rentrée du barreau pensaient que le président de la République allait réparer cette « bourde ». Grands défenseurs du « droit au service du justiciable », les avocats n’en attendaient pas certainement moins. Las ! Amadou Toumani Touré n’y était pas, mais pourra tout de même prendre en compte les préoccupations des avocats.

En son nom, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Maharafa Traoré, a déclaré que les autorités sont bien conscientes du rôle du barreau dans l’établissement d’un Etat de droit. C’est pourquoi, a-t-il promis, l’Etat sera toujours aux côtés du barreau, notamment pour la construction de la Maison de l’avocat à Bolé. Le ministre de la Justice s’est félicité de « l’unité et la confraternité » qui existent au sein du barreau, ce qui traduit sa maturité.

De la confraternité, il en a été question dans l’intervention du bâtonnier du Mali. Seydou Ibrahim Maïga a eu une pensée émue pour les pionniers de l’Ordre des avocats du Mali et certains de ses membres, dont le rôle a été déterminant dans l’avènement d’un Mali démocratique et dans la « consolidation et le rayonnement » de l’Ordre. A certains de ceux-ci des distinctions ont été décernées. Parmi les récipiendaires, il y a Mes Tiémoko Diatigui Diarra, Hassan Sèye, Touré Aïda Niaré (paix à leurs âmes), Boubacar Sidibé (ancien ministre de la Justice) et Mamadou Dia.

Le bâtonnier n’a pas occulté les difficultés à « caractère existentiel » auxquelles l’Ordre fait face. La problématique du marché avec la concentration de 300 avocats à Bamako est au 1er rang de celles-ci. La conséquence est que la « fonction d’avocat a du mal à nourrir son homme ». Et « cette situation est d’autant plus exacerbée par la prolifération des agents judiciaires de toutes sortes qui, profitant des dysfonctionnements de l’appareil judiciaire, interfèrent dans les dossiers », a regretté Me Maïga.

« Avocat aujourd’hui, rebut demain ? »

Malgré l’aide du gouvernement et les multiples efforts du barreau, les avocats doivent faire face aux défis de la formation, particulièrement les plus jeunes, et surtout de la protection sociale. Car, selon le bâtonnier, le corps n’a ni de couverture maladie, ni d’assurance invalidité retraite, « avocat aujourd’hui, rebut demain ? ».

Nul ne doute que la corruption est un phénomène désormais ancré dans les pratiques au Mali. Pour preuve, le Vérificateur général a débusqué plus d’une centaine de milliards de nos francs détournés des caisses de l’Etat. Union de professionnels de droit, le barreau se sent directement concerné par le phénomène. Ce qui a motivé, dans le cadre de la rentrée, l’organisation d’un colloque sur la « justice pénale face à la délinquance économique et financière ».

L’Ordre des avocats entendait ainsi ouvrir un patchwork d’échanges entre décideurs politiques, l’administration publique, les bailleurs de fonds et la famille judiciaire sur le « mal du siècle ». En dépit du fait que les fossoyeurs de l’Etat circulent impunément dans la cité, le ministre Traoré ne s’est pas empêché de dire que la lutte contre la corruption est un combat du Programme de développement économique et social (PDES) du président de la République, la réalisation duquel est tributaire d’un budget assaini.
Le bâtonnier du Niger, Me Coulibaly, lors d’un déjeuner de presse jeudi, a laissé entendre que le colloque permettrait de faire l’état des lieux et de voir si la justice est à même de répondre efficacement à la délinquance financière, sans oublier de faire des propositions. Toutes choses qui, à l’en croire, s’avèrent utiles d’autant plus que « le phénomène ruine nos économies ».

A noter que cette rentrée a été marquée par une soirée gala et un match de football entre les avocats et l’Association des journalistes sportifs du Mali.

Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)

30 mars 2008