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A l’image de toutes les institutions du Mali, l’école malienne végète dans le creux de la vague et cela chaque jour davantage. Cette chute vertigineuse de notre système éducatif national a débuté avec le régime de Moussa Traoré lorsque celui-ci avait commencé à contraindre les enseignants à enseigner pendant des mois sans salaire. Les conséquences, il faut le dire, ont été désastreuses.

De sacerdoce qu’il était, l’enseignement s’est transformé en un centre des affaires peu honorables. On y regroupe pèle mêle : l’affairisme, autour des notes de passage en classes supérieures, a été institué à toutes les instances de notre école.

Désormais, le passage en classes supérieures nécessite que les élèves et étudiants procèdent à la corruption des enseignants par l’argent, des lots à usage d’habitation et au moyen du sexe.
Pendant ce temps, le système éducatif, soumis au diktat au Programme d’ajustement structurel (PAS), consacre la déperdition scolaire avec comme première conséquence la désertification intellectuelle progressive dans notre pays. Les grèves sans fin tant des élèves et étudiants que des différents syndicats d’enseignants se heurtant à ce principe établi, hélas, qui consiste à se comporter comme bon semble dès qu’on détient une parcelle de pouvoir, ont donné à notre école un visage d’aliénation. C’est bien ce visage qu’a produit le régime affairiste de Alpha Oumar Konaré. La suite avec ATT n’a échappé à personne : la baisse tendancielle du niveau de nos scolaires a fini par décrédibiliser tous nos examens et concours et par conséquent tous les diplômes obtenus en République du Mali.

Est-ce pour saboter l’élection de IBK à la magistrature suprême de notre pays ? En tout cas, l’année scolaire 2013- 2014 s’annonce déjà très mal comme en témoigne le non paiement aux dates échues des perdiems de formation des enseignants du secondaire à l’APC (Approche par compétence) qui a occupé les deux dernières semaines des vacances qui s’écoulent. Peut- on faire croire aux enseignants que les Canadiens, principaux acteurs de l’APC, ne se sont pas acquittés de leurs engagements financiers ?
Visiblement, les responsables de ces formations à l’APC doivent expliquer quelque chose de crédible aux gens sauf que le non paiement desdits perdiems est lié au changement de ministre. L’Etat étant une continuité, cet argument est monté de toute pièce et destiné à convaincre les «béni oui oui».

Le même scénario de non paiement des indemnités de surveillance du concours d’entrée à l’ENA, nouvelle formule, a sanctionné l’espoir de ceux qui entendaient enrichir leur fond de marmite le jour du 22 septembre 2013, juste le lendemain dudit concours. Pour continuer à se moquer du monde enseignant, les payeurs desdites indemnités ont donné rendez- vous aux ayant-droits à 10 heures au lycée Kankou Moussa de Daoudabougou (LKMD) pour le paiement de leurs droits. Tenez-vous bien ! Le concours de l’ENA qui devrait s’étendre sur deux jours a été concentré en une seule journée.
En conséquence, les frais de surveillance, qui devraient être payés pour deux jours, selon les indiscrétions, s’élevaient à 10.000 FCFA. Avec la seule journée et pour le même travail, les enseignants n’auraient eu droit qu’à 7.000 FCFA le lendemain du faux rendez- vous. C’est-à-dire le 26 septembre 2013.

Pourtant, rendez- vous a été donné aux enseignants par voie hiérarchique, c’est-à-dire, la primature qui avait organisé ledit concours aux proviseurs des lycées via l’Académie d’enseignement Bamako Rive droite. Quelle attente et quelle perte de temps a-t-on imposée aux enseignants ! Dieu se chargera de récompenser les auteurs de ces attitudes de financiers qui, en terme de valeur intellectuelle, ne sont que des cadres B et C.

Cette triste moquerie à l’adresse des enseignants du secondaire s’ajoute au tableau des crimes délibérément organisés contre notre système éducatif au nom duquel des agents véreux se taillent des millions de nos francs. S’il n’y a pas de doute qu’IBK est venu aux affaires pour servir le Mali, il doit demander des comptes à tels agents ennemis de notre école. Tout compte fait, rien ne peut justifier qu’on invite les enseignants à prendre leurs maigres perdiems pendant que les sous n’étaient pas encore disponibles.
Monsieur le président, de tels actes sont de nature à jeter le discrédit sur votre pouvoir avec comme gage la récupération dudit pouvoir. En tout cas, il est utile de se demander si le gouvernement dit de transition a vidé les caisses de l’Etat, notamment de l’éducation avant de se démettre. L’audit de la nation serait la réponse idoine à cette interrogation essentielle.
La formation à l’APC fut tout sauf la formation des formateurs. A l’image de la navigation à vue, des enseignants dans les programmes de l’APC des classes de 11e, l’Approche par compétence dans les classes de terminale des lycées n’augure pas d’une bonne formation de nos enfants à faire face aux nombreux défis de l’avenir dans un monde de moins en moins humain et de plus en plus compétitif.

Le nouveau départ exige tout l’audit des affaires de l’école malienne

Le constat est amer : vingt deux (22) ans de règne de démocratiste ont sacrifié l’école malienne sur l’autel des calculs politiciens. A présent, il faut un nouveau départ pour notre système éducatif national. Le nouveau départ exige avant tout l’audit des affaires de l’école malienne et cela depuis la chute de Moussa Traoré. Cet audit aura l’avantage pour le nouveau pouvoir de savoir qui a fait quoi au nom de cette école, quels fonds ont été utilisés et à quelle fin. C’est en connaissance de ces réalités qu’un changement à hauteur de souhait est envisageable.
Il faut une école nouvelle débarrassée des renégats de notre système éducatif et de toutes celles et de tous ceux qui ont montré toutes leurs limites objectives dans la gestion de la chose scolaire. Pour ainsi dire, le Mali pouvait se passer du retour de Moustapha Dicko à la tête du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

Certes, les hommes peuvent évoluer positivement comme négativement. Mais le Mali regorge de cadres compétents pour reconduire le même ministre qui n’a guère brillé par sa gestion intelligente des affaires scolaires. IBK doit éviter de se tromper dès maintenant dans le choix des hommes, en tout cas s’il veut honorer son serment de redorer le blason de notre école.
Pour une école nouvelle, toutes les directions doivent changer de locataires pour qu’elles travaillent autrement à servir le Mali. Pour ce faire, il faut à présent une formation sérieuse continue des formateurs pas surtout à la façon de l’APC. Aussi, dit- il en passant, IBK doit comprendre que le Mali a longtemps été le banc d’essai de toutes les méthodes d’enseignement venues d’ailleurs.
Si hier, Modibo Keïta a opéré un changement à la taille de la grandeur du Mali qui a dit non au régime colonial français et à son système éducatif et cela avec des cadres de niveau moyen, ce n’est pas le Mali des centaines de docteurs dans tous les domaines, qui peut dire aujourd’hui qu’il ne peut pas insuffler une dynamique nouvelle en notre système éducatif. Surtout, il faut rappeler au passage que le Mali était encerclé par des pays totalement acquis à la cause de la poursuite du colonialisme français en tout cas pour la plupart.

Aujourd’hui, le changement est plus facile à opérer avec cette marmaille d’experts de tous genres. Toute la question est de savoir : qui sont ces «gros savants» acquis à la cause du Mali. Tout compte fait, comme l’a si bien dit Thomas Noël Sankara du Burkina Faso «le diplôme est un laisser passer»’ et que les meilleurs intellectuels ne sont pas forcément ces «gros diplômes» des grandes universités d’Occident.
Au contraire, par le biais de ces études en milieux impérialistes, nos cadres empruntent pour la plupart le moule de l’individualisme réactionnaire bourgeois. C’est dire que si IBK veut remettre la balle à terre et de cesser de se fier aux diplômes. Les vrais diplômes sont ceux qui façonnent les hommes capables d’inventer l’avenir.

Par ailleurs, une des fautes monumentales de Alpha Oumar Konaré était de surestimer les hommes de droit, tombant ainsi dans le juridisme béat. De toute évidence, le droit n’a jamais rien réglé quelque part. Cette erreur d’Alpha qui a consisté à saboter l’enseignement est en partie responsable de la désagrégation du tissu scolaire malien. Le président IBK doit faire une lecture critique (pas politique) de ces errements des gouvernants maliens depuis l’apache régime de Moussa Traoré.

Si IBK veut fonder une école nouvelle, il doit opérer un changement radical à la tête de nos institutions scolaires. S’il veut hisser l’école malienne à hauteur de ses ambitions, il doit revoir tout le tableau des formateurs. Cela est un impératif catégorique quand on sait bien qu’aujourd’hui n’importe qui enseigne n’importe quoi. Non pas par vocation pour enseigner, la plupart des enseignants sont venus à l’enseignement pour palier à la problématique du chômage.
A suivre

Fodé KEITA

L’Inter de Bamako du 30 Septembre 2013