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A l’occasion de la rentrée solennelle des cours et tribunaux de cette année, le thème central qui était à l’ordre du jour « civisme, gage de paix sociale » a été diversement apprécié par les différents intervenants.

Si pour le procureur général près la Cour suprême du Mali, Cheicknè Détéba Kamissoko, le civisme est l’exercice du respect à l’égard de la République et ses lois, Mme le président de la Cour suprême, Mme Diallo Kaïta Kayantao estime qu' »il convient par ailleurs, de déplorer cette autre mentalité qui tend à s’enraciner dans nos moeurs, consistant à magnifier et aduler les fossoyeurs des caisses de l’Etat au détriment d’honnêtes citoyens« .

Selon elle, cette conception négative, véritable incitation au détournement et à la corruption, est à proscrire, car elle décrédibilise les Institutions publiques. Mme le président de la Cour suprême du Mali ajoute que le citoyen doit comprendre qu’attenter aux fonds publics, aux biens de la communauté, équivaut à anéantir les sacrifices consentis par d’honnêtes citoyens dans le cadre du développement de la société notamment dans la lutte contre la pauvreté, la précarité, le chômage des jeunes, la famine, la malnutrition et les maladies invalidantes et endémiques.

« La réalisation et le renforcement de la paix sociale, ajouta-t-elle, sont tributaires des contraintes socio-économiques, d’une bonne gouvernance, d’un développement institutionnel adéquat, d’une participation effective de toutes les différentes couches de la société aux affaires de l’Etat et d’une promotion du droit positif en construction par la publication des décisions de justice« .

Selon elle, les nouveaux espaces démocratiques en construction dans nos Etats, exigent pour être élargis, un éveil des individus à la citoyenneté active. Une conception qui a été déjà prise en charge chez nous par la mise en oeuvre du processus de décentralisation. Mme le président de la Cour suprême dira que l’incitation au civisme serait d’amener les individus à intégrer dans leurs comportements des réflexes susceptibles d’améliorer leur cadre de vie au quotidien.

Selon elle, il s’agit de faire comprendre à chacun que le respect de la loi, de la chose publique, gage de l’intérêt général, est une condition sine qua non de la liberté et qu’elle doit être obéie non par peur de la sanction, mais par devoir. Elle doit aussi être acceptée dans le cadre d’un pacte social renouvelé à chaque instant.

L’objectif est, pour le président de la Cour suprême, d’inviter tous les acteurs de la cité (paysans, éleveurs, pêcheurs, ouvriers, fonctionnaires, opérateurs économiques, leaders politiques et associatifs) à contribuer à la construction d’un régime de droit protecteur des intérêts de toutes les composantes de la société, à accepter de remplir leurs obligations vis-à-vis de la communauté et enfin à lutter contre la banalisation des faits d’apparence anodine qui mettent en danger les équilibres sociaux et perturbent la paix sociale.

Pour le procureur général près la Cour suprême, Cheicknè Détéba Kamissoko, face à la gamme de comportements et actes attentatoires au civisme, qui sont tous des sources de troubles à la paix sociale, force doit rester à la loi. En effet, devrions-nous continuer à laisser se faire ce à quoi nous assistons tous les jours ? s’interrogea-t-il.

Quand le monde scolaire ignore délibérément le calendrier décrété par l’administration, pour décider des jours de préparation de fête, des délais de préparation des compositions et examens ; quand les magistrats foulent leur déontologie aux pieds, marchandent leurs décisions au « motif que tout le monde est corrompu« , alors qu’ils devraient être le recours du citoyen lésé dans son bon droit, quand les chefs de famille se réfugient dans les « grins » ou autres lieux de loisir laissant femmes et enfants à eux-mêmes sous prétexte qu’ils ne manquent de rien, alors que leur éducation morale et civique leur incombe.

Que dire de ces manifestants en tout genre dont les principales cibles sont des édifices publics et les commodités de la voie publique qu’ils détruisent sans rémissions alors qu’ils vivent de fraude et de détournement dans le meilleur des cas ? A cet égard, force doit rester à la loi, enrayer l’incivisme et les pratiques illégales par une saine distribution de la justice sont aussi des actes de civisme.

Selon le procureur général Cheicknè Détéba Kamissoko, à partir du moment où chacun s’acquittera de son devoir, prenant sur lui la dénonciation des atteintes à l’ordre et à la tranquillité, que les services légalement investis répondent présents pour assurer la protection des personnes et de leurs biens, la cité ne saurait brûler.

« Il ne suffit donc pas de dire qu’il faille enseigner la morale à l’école, qu’il faille privilégier l’intérêt général, qu’il faille faire ceci ou cela, l’on doit sortir du rôle de donneur de leçons et pratiquer soi-même l’attitude qui sied« , conclut-il.

Birama Fall

29 novembre 2006.