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Au moment où le gouvernement rentre de ses vacances, le constat est assez clair. Le Premier ministre Modibo Sidibé et son équipe ont fait une fuite en avant en se focalisant sur l’initiative riz censé sortir le pays du marasme économique, alors que d’autres indicateurs révèlent la fragilité d’une économie contrainte d’agir sur improvisation.

La flambée des prix qui se hissent à un niveau inaccessible aux faibles revenus malgré l’exonération, les problèmes de l’école ont fini de convaincre plus d’un sur l’utopie du Premier ministre qui annonce un taux de croissance de 7 %.

L’on est en droit de se demander aujourd’hui vers quelle direction va évoluer le gouvernement dans la mesure où il a révélé toutes ses limites dans la gestion des dossiers économiques du pays. Le citoyen malien est resté plus que sceptique face à la lutte annoncée de manière pompeuse contre la pauvreté.

Les denrées de première nécessité continuent d’être chères pour les bourses moyennes. Les caisses du Trésor public restent désespérément vides et le manque criard d’infrastructures continue de paralyser l’école malienne. De surcroît, le gouvernement se trouve confronté à de nouvelles mesures à prendre pour résoudre les problèmes des sinistrés des dernières inondations.

Ce qui prouve que les perspectives vers lesquelles le Premier ministre Modibo Sidibé a annoncé un taux de croissance de 7% demeurent plus qu’aléatoires pour ne pas dire tout simplement utopiques. Des inquiétudes surgissent concernant la gestion de la privatisation de la CMDT et notre pays tarde à s’affirmer dans le vrai sens de la signature des accords de partenariat économique dénoncés par les acteurs de la société civile.

Au demeurant, il convient de rappeler que le cadre stratégique de lutte pour la croissance et la réduction de la pauvreté (CSCRP), désormais cité comme cadre unique de référence des politiques économiques et stratégies de développement du Mali constitue le cadre de l’ensemble des politiques sectorielles. Sa préparation s’est inspirée de l’évaluation du CSLP1 2002-2006.

Or, dans le document du CSCRP 2007-2011, qui est le CSLP 2ème génération, on lit à la page 11 : ‘’ la mise en œuvre du CSLP1a permis de réduire le niveau de pauvreté monétaire de 68,3% en 2001 à 59,2% en 2005 sur la base d’un seuil de pauvreté actualisé de 153 310 F Cfa. L’objectif d’une réduction d’un quart de la pauvreté pendant la période 2001-2006 et visant à ramener ce niveau à 47,5% en 2006 n’a donc pas été atteint.

L’analyse dénote un écart significatif entre le milieu rural (73%) et le milieu urbain (20,1%)…En milieu rural, l’incidence de la pauvreté est restée stable, évoluant de 73,8% en 2001 à 73 ,0% en 2005. Enfin, les deux autres indicateurs, profondeur et sévérité de la pauvreté s’améliorent légèrement mais de façon insuffisante et moindre que prévue par le projet de premier CSLP.

En conclusion, il faut noter que le faible niveau de réduction de la pauvreté au cours du CSLP1 s’explique par la faible maîtrise de la croissance démographique, l’insuffisance du taux de croissance et le faible accès aux services sociaux de base. ‘’ Il n’y a donc pas pire constat d’échec économique pour un gouvernement qui, à travers le CSLP 2ème génération, reconnaît son incapacité à mobiliser les financements extérieurs. C’est d’ailleurs pourquoi il est recommandé dans le CSLP2 l’accroissement de la part relative des recettes fiscales dans le budget de l’Etat et la réduction drastique des exonérations.

Or, le gouvernement Modibo Sidibé penche plutôt vers la propension répétée à fouler aux pieds ces recommandations en accordant de manière intempestive et irréfléchie des exonérations sans impact positif sur la vie des populations. Cela révèle l’immobilisme d’un gouvernement face à de nouvelles réformes, notamment celles de la modernisation des finances publiques pour accélérer la croissance.

Toutes choses qui signalent donc que le Premier ministre Modibo Sidibé et son équipe ont fait une fuite en avant en se focalisant sur l’initiative riz annoncé à cor et à cri, censée sortir le pays du marasme économique alors que d’autres indicateurs révèlent la fragilité d’une économie contrainte d’agir par improvisation.

Baba Dembélé

01 Septembre 2008