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La reprise du travail gouvernemental ce mardi, apportera-t-elle une méthode plus cohérente dans l’action gouvernementale ? Ou l’équipe Modibo Sidibé va-t-elle toujours ramer à contre-courant ?

Partis en vacances le 6 août 2008, c’est en principe aujourd’hui mardi, de sources officielles, que les ministres du gouvernement Modibo Sidibé reprennent le chemin du travail après quelques jours de repos entre côte d’Azur et terroirs.

Qu’il s’agisse des veinards, ceux qui ont eu les moyens de se taper du bon repos sur les plages ondoyantes, et ceux qui, rattrapés par la gestion quotidienne ou les soucis politiques, ou « consignés » pour gérer les affaires courantes, tout porte à croire qu’ils se sont requinqués avant la reprise. Avec la présente rentrée, les membres du gouvernement reprendront les choses en l’état.

Par essence, les vacances gouvernementales permettent aux membres du gouvernement de se revigorer en vue de mieux faire face aux défis de développement qu’impose le changement. Mais avec la reprise, la tendance sera-t-elle au changement ? En réalité, avant les vacances gouvernementales, il y a eu de nombreux dysfonctionnements au sommet de l’Etat d’autant plus que des ministres ont ramé à contre-courant.

L’on se souvient encore des divergences de vue entre le ministre de l’Agriculture, Tiémoko Sangaré, et son collègue des Finances, Abou-Bakar Traoré sur les engrais. A preuve, chaque fois que le premier disait qu’il faut telle quantité dans tel délai, le second prétendait qu’il n’y a pas possibilité. N’ayant rien compris à ce jeu de ping-pong entre deux membres d’une même équipe gouvernementale, le président de la République, s’est vu dans l’obligation de sortir de sa réserve en juin dernier lors du lancement de la campagne agricole pour fustiger de tels rapports au sein d’un gouvernement.

De même, selon certaines indiscrétions, le courant ne passait pas entre le Premier ministre et son ministre de l’Agriculture à propos de « l’Initiative riz ». Ce qui, dit-on, a fait que de nombreuses décisions du ministre Sangaré traînaient au niveau de la Primature.

Dans le même ordre d’idée, qui ne se rappelle pas de la fameuse décision du gouvernement dans le cadre de « l’Initiative riz », de réduire le budget des services d’Etat y compris l’Assemblée nationale. En son temps, des voix s’étaient levées pour dire que le gouvernement violait la Constitution. Il est connu qu’une fois le budget voté et promulgué dans le journal officiel, il commence à être exécuté.


Dynamisme et jeunesse nécessaires

Normalement, en décidant de réduire une partie du budget de l’Assemblée nationale, le gouvernement aurait dû saisir celle-ci par une loi de finances rectificative. Mais sans avoir été saisie par cette loi encore moins la voter, l’Assemblée a vu son budget connaître une coupe sombre de près d’un milliard de F CFA. Lors de la clôture de la session dernière, le président de l’institution, Dioncounda Traoré, a fait valoir que « le gouvernement a coupé une partie du budget de l’Assemblée nationale mais en réalité c’est une illégalité parce que la loi a été votée ».

Des procédures ambiguës de ce genre ne manquent pas dans la gestion des affaires publiques. En ce qui concerne le problème du Nord, il y a un véritable problème de coordination dans la gestion de cette crise, le gouvernement donnant toujours l’impression d’apprendre les choses au même titre que les citoyens. Les négociations en cours à Alger n’ont jusque-là donné que des résultats mitigés. Et le citoyen lambda n’est point informé de l’évolution de ces consultations. Conséquence : chacun y va de son commentaire. Pourtant, c’est une question d’intérêt national.

A propos de la vie chère, qui malmène les Maliens, le gouvernement n’a trouvé mieux que de mettre en place une Commission nationale des prix. Même si elle fait régulièrement les réunions, cette Commission n’a jamais fonctionné pour la simple raison que les acteurs ne sont pas au même niveau d’information et elle peine à trouver une solution originale à l’envolée des prix des produits alimentaires.

Ce qui n’a pas laissé indifférente l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) qui avait déclaré ne plus se reconnaître en elle au vu de sa lourdeur et de ses résultats peu probants. C’est dire que des dysfonctionnements, il y en a eu à tous les niveaux.

La reprise verra-t-elle la naissance d’une méthode beaucoup plus cohérente dans la gestion des problèmes ? Toujours est-il que c’est un grand défi qui se pose au chef du gouvernement qui donne pourtant l’impression d’homme de méthode. Aujourd’hui, le besoin de sang neuf, d’une nouvelle race d’hommes politiques dynamiques, jeunes, mobilisables, plus alertes qui pourraient avoir des ambitions nouvelles et novatrices pour le Mali se fait sentir.


Mohamed Daou

26 Août 2008