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La rentrée solennelle des cours et tribunaux a fini de divorcer d’avec la routine et les discours pamphlétaires pour s’imposer comme un sérieux cadre d’échange entre le pouvoir exécutif et le corps judiciaire. La corruption et la délinquance financière se sont fait inviter par la grande porte, à travers le thème du jour : « Rôle du juge des comptes dans la bonne gouvernance ».

Mercredi dernier, le Centre International de Conférence de Bamako s’est mué en un gigantesque tribunal, à l’occasion de la cérémonie solennelle de rentrée des cours et tribunaux. Un thème relatif à la bonne gouvernance ne peut être que bienvenu au Mali, suite aux nombreux rapports de contrôle et de vérification publiés par la Casca et le Bureau du Vérificateur général.

Justement, en décidant de réfléchir sur le « Rôle du juge des comptes dans la bonne gouvernance », le gouvernement affiche sa volonté d’aménager les conditions d’émergence d’un Mali prospère. Avec comme corollaire, l’accélération de la croissance, la création d’emplois, la réduction de la pauvreté, entres autres objectifs.

C’est pourquoi, la présidente de la Cour suprême, Mme Diallo Kaïta Kayentao, a relevé la pertinence du thème, avant de préciser que le rôle du juge dans la gestion des ressources publiques n’épargne pas ceux qui reçoivent des subventions de l’Etat. Cet aspect soulevé à bon escient règle une querelle qui voudrait que le Bureau du Vérificateur général n’accède pas à des structures qui se réclament du privé bien que vivant de subsides de l’Etat.

Mais, si on parle de bonne gouvernance, c’est pour faire référence à la gestion rigoureuse des fonds publics. Le cas contraire amènerait à parler de mauvaise gestion, caractérisée beaucoup plus par la corruption, ce phénomène qui, selon le rapporteur, Mamadou Moriba Diarra, auditeur à la Cour suprême, s’est installé dans tous les secteurs d’activités de la vie nationale. Il a d’ailleurs précisé qu’aucune couche socioprofessionnelle n’y déroge. En somme, il a dressé un tableau très sombre de la corruption.

Mais, que valent les débats et les innombrables rapports si aucune action concrète n’est mise en branle pour juguler, voire anéantir, ce mal qui ronge l’économie et la cohésion nationales ? Le rapporteur a remué le couteau dans la plaie lorsqu’il s’écrie : « Seuls les menus fretins sont attrapés et les gros poissons, écartés ».

Saisissant la balle au rebond, le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats, Seydou Ibrahim Maïga, noircit le tableau, avant de dénoncer l’incohérence entre la volonté affichée et la pratique, dont la cacophonie ambiante au niveau des structures de contrôle où « les missions traditionnelles des unes sont parfois reprises par les nouvelles structures, les unes marchant sur les plates- bandes des autres. Souvent, on a tendance à ne pas savoir qui doit faire quoi ».

Il s’agit naturellement d’une série d’interpellations du chef de l’Etat qui a répondu avec flegme et aisance car, il a rappelé que dans le Programme de développement économique et social (Pdes) qui a reçu l’adhésion populaire ayant abouti à son élection d’avril dernier, le renouveau de la justice existe en bonne place, tout comme la lutte contre la corruption et la délinquance financière. C’est aussi un des axes stratégiques qui alimentent la lettre de cadrage de l’action gouvernementale.

Du côté de l’exécutif, les ambitions sont clairement affichées, reste à la justice de jouer son rôle sans ambages, comme l’y invite solennellement ATT qui n’a pas raté l’occasion de rappeler qu’il n’y aura pas de garantie d’impunité dans la croisade contre les délinquants financiers. Ce qui sonne le tocsin du sale temps des prédateurs des fonds publics.

Amadou Bamba Niang

29 novembre 2007.