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Un marché de gré à gré suscite la révolte des occupants


Une lettre du 2e adjoint au maire du district de Bamako invitant les occupants de la Gare routière de Sogoniko à libérer les lieux au motif du démarrage des travaux de rénovation suscite des inquiétudes face au refus d’obtempérer des commerçants et transporteurs qui se disent victimes d’une attribution de marché de gré à gré.

Nous évoquions, il y a quelques mois dans un article, une vive tension entre les occupants de la Gare routière de Sogoniko et la mairie du district au sujet de la rénovation du site. Face aux protestations des associations des commerçants et des syndicats de transporteurs, qui ont estimé que le projet ne répond pas à leur préoccupation mais vise plutôt à les chasser du lieu, il avait été sursit à la décision.

A l’époque, les ardeurs s’étaient calmées suite aux différentes rencontres entre le comité de pilotage et de gestion de la Gare routière et le 2e adjoint au maire du district, Youssouf Coulibaly qui est chargé du dossier.

Mais depuis quelques jours, l’affaire refait surface et suscite déjà des inquiétudes sinon la colère des occupants. En effet, le 2e adjoint au maire a adressé le jeudi 28 août 2008 une lettre à l’ensemble des occupants de la gare les invitant à libérer les lieux.

« Le maire du district de Bamako a l’honneur d’informer les occupants de la Gare routière de Sogoniko du démarrage des travaux de construction et de rénovation de ladite gare. A cet effet, il demande aux commerçants de la gare de prendre contact avec l’administration gérance des Halles de Bamako pour se faire inscrire en vue de leur réinstallation » , peut-on lire dans la lettre qui conclut : « Aussi, il invite l’ensemble des occupants à libérer les lieux au plus tard le 15 septembre 2008, date prévue pour le démarrage des travaux ».

Le porte-parole des commerçants de la gare condamne vigoureusement cette décision de la mairie, qui pourtant leur aurait promis que les travaux allaient s’effectuer étape par étape, pour ne pas perturber leurs activités.

« Nous pas bouger ! »

« Le 2e adjoint au maire du district veut nous mener en bateau. Il nous a toujours menti. Nous ne serons pas les sacrifiés d’une manigance. Nous savons tous qu’il a quelque chose à manger dans cette affaire de marché de gré à gré attribué à un opérateur économique malien installé au Gabon » , dénonce le porte-parole des commerçants, qui avertit les autorités du district que les occupants de la gare ne bougerons pas d’un iota, en tout cas pas avant d’avoir discuté d’égal à égal les conditions de leur retour.

Aussi à la Gare de Sogoniko on s’élève avec véhémence contre le fait que la marie n’a montré aucun site pouvant abriter les déguerpis en entendant la fin des travaux. L’option de réinstallation aux Halles de Bamako ne serait qu’une arnaque aux yeux des commerçants et transporteurs qui révèlent que les Halles sont un établissement privé qui n’a d’ailleurs jamais été contacté par la mairie pour quelque motif que ce soit.

Les occupants de la gare, qui s’organisent déjà pour riposter à la décision de la mairie que certains considèrent comme une volonté du 2e adjoint du maire de mettre le feu aux poudres, menacent de s’opposer énergiquement à leur déguerpissement le 15 septembre prochain.

Les compagnies de transports maintiennent également que toutes les maisons de la gare ont été construites par elles et non par l’Etat ni par la municipalité. Un autre point sur lequel il va valoir discuter pour parvenir à un consensus permettant une meilleure exécution des travaux de rénovation de la Gare de Sogoniko.

Le projet de rénovation de la Gare routière de Sogoniko, faut-il le rappeler, a depuis son initiation suscité des vives polémiques qui auraient pu être évitées si une large concertation avait préalablement eu lieu. Pourquoi le 2e adjoint du maire tient-il à l’exécution forcée des travaux ? Que se reproche-t-il ? Des questions qui font peser de forts soupçons sur la sincérité de la mairie du district dans cette affaire.

Pour mémoire, la mairie, au début de l’affaire, entendait construire 90 magasins. Mais après protestations des occupants, elle aurait augmenté le nombre à 240. Or, aujourd’hui la gare compte, aux dires du porte-parole des commerçants, environ 580 magasins. Toutes choses qui témoignent de l’inadaptation du projet de rénovation, qui ne profiterait pas aux commerçants et transporteurs.

Amadou Waïgalo

03 Septembre 2008