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Qu’est-ce qui se passe réellement à l’ADEMA-PASJ? C’est la moindre des questions que l’on puisse se poser aujourd’hui. En effet, initialement prévus entre le 1er Avril et le 31 Mai 2008, les délais de renouvellement des organes des structures du parti viennent d’être prolongés jusqu’au 30 Juin prochain.

C’est une lettre circulaire datée du 20 Mai 2008 du président du Comité Exécutif, envoyée aux secrétaires généraux des sections qui l’annonce. Pourquoi donc cette prolongation d’un mois?

Pour expliquer cette prorogation, la lettre circulaire N° 139/CE-Adéma-PASJ du président du Comité Exécutif, signée par le Secrétaire Général Marimantia Diarra, avance “des retards constatés dans la mise en place des organes de structures du parti, retards dûs essentiellement à l’adhésion massive de militants provenant d’autres partis, de la société civile…

On le sait, depuis un certain temps, on assiste à une ruée vers le parti de l’Abeille. Cet enthousiasme des cadres crée un embouteillage monstre au niveau des différentes structures du parti à la base. Or, il ya “la nécessité d’en tenir compte lors des renouvellements de ces organes”, recommande le CE, dans sa lettre circulaire.

Les revenants

En effet, les militants qui adhèrent au parti viennent de divers horizons. Il y a d’abord ceux qui retournent en famille ; après l’avoir quittée à un moment donné, pour diverses raisons. Depuis 2004, on assiste au retour de ces camarades.

Ainsi, sont concernés ceux qui avaient quitté en 1994, en compagnie de feu Mamadou Lamine Traoré, pour créer le MIRIA. Ensuite viennent les camarades qui ont suivi Ibrahim Boubacar Kéita en 2000-2001, pour fonder le Rassemblement Pour le Mali (RPM).

Le troisième groupe est celui de ceux qui sont partis après la présidentielle de 2002, parce qu’estimant que Soumaila Cissé, candidat élu et investi par la convention nationale du parti, a été trahi. C’est pourquoi ils ont suivi ce dernier pour porter sur les fonts baptismaux l’Union pour la République et la Démocratie (URD).

En plus de ces camarades, d’autres regagnent la famille après avoir séjourné dans des partis autres que les rejetons de l’ADEMA. Mais d’autres avaient également quitté, non pas pour adhérer à des partis politiques, mais à des associations ou mouvements.

C’est le cas des militants qui, sentant la victoire d’ATT venir en 2002, avaient abandonné la Ruche pour aller au Mouvement Citoyen. Aujourd’hui, bon nombre de ces camarades sont de retour.

Cependant, il ya le cas spécifique des exclus de 2007. Ayant refusé la décision du parti de transformer son soutien politique en soutien électoral au Président ATT, candidat à sa propre succession, Soumeylou Boubeye Maiga et partisans ont été exclus du parti. Après la présidentielle, au cours de laquelle, Boubeye a été candidat sous les couleurs de Convergence 2007, les exclus ont démandé et obtenu leur réintégration au parti.

Cette décision est étendue à d’autres camarades qui, lors des dernières législatives, étaient partis en dissidence contre l’ADEMA en créant, soit des associations, soit en se portant candidats sur des listes indépendantes.

Les adhérents

En plus des revenants, on assiste à une adhésion massive de militants provenant d’autres partis et de la société civile. Le cas le plus connu et cité est celui des formations politiques qui ont décidé de se fondre dans l’ADEMA.

Ce phénomène a concerné le RND, le PUDP, le PDCI, même si ce dernier attend de tenir son congrès de dissolution, le 25 Mai prochain, pour venir. D’autres partis sont sur la liste d’attente, pour être eux aussi engloutis par le parti de l’Abeille.

Par ailleurs, l’ADEMA est en train d’accueillir des cadres et militants en provenance d’autres partis politiques. Dans ces cas précis, il ne s’agit pas de fusion de deux formations politiques pour donner une, mais des dissidents qui ont décidé d’abandonner leurs partis respectifs pour venir à l’ADEMA. Ces adhérents viennent de tous les partis, qu’ils soient grands ou petits, nouveaux ou anciens.

En plus des formations politiques, des associations ont, elles aussi, choisi de se fusionner à l’ADEMA. Dans la plupart des cas, ces associations sont formées pour aller aux élections (législatives, municipales). La liste des adhésions est loin d’être limitative.

Les hostilités sont ouvertes

Avec ce afflux de militants, il va s’en dire que cela crée des problèmes à la base. Ceux qui adhèrent ainsi au parti viennent certainement avec des ambitions. Pour les uns, il faudrait obtenir un petit quelque chose et dans l’immédiat.

Pour d’autres, l’objectif serait de trouver ce qu’on n’a pas pu jusqu’ici avoir sur le plan politico-administratif, soit au sein de son propre parti qu’on abandonne, soit en ayant quitté l’ADEMA à un moment donné pour y retourner aujourd’hui. D’autres également compteront retrouver leurs anciennes places au sein du parti, après leur réintégration.

Pourtant, cet enthousiasme semble buter sur la volonté de ceux sont restés fidèles au parti jusqu’ici. Parmi eux, certains entendent intégrer les organes des structures pour la première fois, car depuis la création du parti, ils sont restés toujours simples militants.

D’autres, à défaut de se maintenir à leurs postes, sont prêts à rester coûte que coûte dans les différents bureaux de comités, de sous-sections et de sections, quelles que soient les places qu’ils y obtiendront.

Ce faisant, on assiste à des batailles de positionnement dans beaucoup de structures, qui tournent le plus souvent en des guerres de personnes. Puisque l’objectif est d’abord de chercher à être délégué pour aller à la sous section, à la section et au CE ; ensuite, de combattre un tel censé être proche de tel baron.

Pis, la divergence est grande entre les uns et les autres, surtout qu’à l’ADEMA, beaucoup pensent que la présidentielle de 2012 passe nécessairement par le prochain congrès. Et comme tout peut arriver par rapport à la candidature du parti à la prochaine présidentielle, on profite du renouvellement des organes des structures pour placer ses pions, au cas où…

C’est pourquoi les retards constatés dans la mise en place des organes des structures sont sciemment orchestrés par les adémistes eux-mêmes. Dans certaines structures, on procède au renouvellement pendant que des camarades sont allés à des funérailles ou sont en déplacement. Dans d’autres, on en vient aux mains ou on se sert de coûteaux pour menacer son adversaire.

Rarement un renouvellement d’organes de structures a connu une telle tension, depuis la création de l’ADEMA. A croire que pour rester incontournable dans les années à venir, il faudrait être d’un organe, quel que soit le niveau.

Avec toutes ces hostilités ouvertes sur le terrain, les nouveaux délais fixés par le CE seront-ils respectés? Le congrès prévu initialement en Juillet n’est-il pas dans l’impasse?

Oumar SIDIBE

22 Mai 2008