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La fin des législatives marque un tournant décisif dans l’histoire politique de notre pays. Elle met définitivement fin à une législature qui n’a pas pu répondre aux aspirations d’un peuple avide de changement. Avec la recomposition d’un parlement accusé de tous les péchés d’Israël, le président de la République saura inscrire son mandat sous le signe du renouveau. Dans l’architecture de la nouvelle Assemblée, il faut une opposition constructive pour donner à l’institution ses lettres de noblesse.

Notre pays vient de boucler la phase des législatives. Ce qui signe son retour définitif dans la légalité constitutionnelle. Après une année de transition politique, cette assemblée ne faisait plus l’unanimité au sein de la population malienne. Beaucoup de nos concitoyens voyaient d’un très mauvais œil cette assemblée. Sa légitimité était fortement mise en cause. Cela se comprenait aisément dans la mesure où les élus de la nation se sont rendus complices de l’effondrement de notre pays. Car ils n’ont pas su jouer pleinement leur partition dans le jeu démocratique. Toute chose qui a entrainé la faillite de l’Etat. On s’en souvient, il y a juste deux ans avec l’adoption du code des personnes et de la famille, les mandataires du peuple ont foulé aux pieds les valeurs qui fondent la société malienne. La suite est connue. Ils ont été rappelés à l’ordre par la société civile malienne. Depuis ce triste épisode, les honorables ont été vilipendés par le peuple.

Notre assemblée faisait office de chambre d’enregistrement, car aucune proposition de loi n’émanait de nos élus. Il faut le dire sans ambages, la crise que nous traversons est la somme des responsabilités non assumées. Parce que les tenants du pouvoir ont relégué au second plan les intérêts supérieurs de la nation aux profits des leurs. La conséquence fut fatale au président ATT. Ainsi, le système de consensus politique mis en place par le prédécesseur d’IBK a tué la démocratie malienne. Le débat parlementaire digne de ce nom était inexistant. Avec le parachèvement des législatives, notre pays va bientôt se doter d’une assemblée. Ce qui met fin à une période sombre de notre système démocratique. L’occasion semble propice aux nouveaux élus aussi bien qu’aux anciens de redorer le blason du pouvoir législatif, qui a brillé par son mutisme lors de la précédente législature. Cette législature devra créer une différence en faisant preuve de responsabilité.

Une opposition constructive s’impose dans la nouvelle architecture
Le renouvèlement du parlement passe inévitablement par la constitution d’une opposition constructive, nécessaire pour le renforcement de la démocratie dans notre pays. Il ne faut pas qu’on se voile la face, une démocratie sans opposition est une démocratie moribonde. Nous venons d’en faire l’amère expérience. Les partis politiques craignent d’animer l’opposition. Pire, ils sont devenus des opportunistes qui changent de camp au gré de la direction du pouvoir. Pour preuve, Adema Pasj, l’ancienne première force politique du Mali, en termes de députés, a toujours été, depuis la fin du mandat d’Alpha Oumar Konaré, un éternel accompagnateur du pouvoir en place. On a l’impression, avec cette situation, que les politiciens maliens n’ont pas de convictions. Ils sont prêts à tout pour ne pas perdre les faveurs du pouvoir.

Ainsi, par appétit du pouvoir, ils foulent aux pieds les principes et les valeurs du parti. La crise multidimensionnelle qui a frappé notre pays a décelé toutes les failles du consensus et de l’unanimisme politiques. Il appartient aux nouvelles autorités d’en tirer les leçons du passé pour ne pas sombrer dans un tel jeu trouble. Pour ce faire, la mouvance présidentielle doit éviter de s’acoquiner avec certaines formations politiques au risque de s’emmêler les pédales. Il est grand temps pour les formations politiques d’avoir le sens de la responsabilité. Si vous avez l’idée de créer votre parti politique, ayez le courage de vous battre pour faire triompher vos idées. Il faut nécessairement une opposition constructive pour contrer les dérives du pouvoir.

La démocratie se nourrit de l’opposition, sans elle, elle meurt. L’espoir semble permis avec l’entrée du patron de l’URD à l’hémicycle, ce qui pourrait redonner vie à l’opposition, car pendant la précédente législature, Dr Oumar Mariko s’est battu seul contre vents et marées. Mais hélas ! cela n’a pu rien changer. Comme dirait Paul Valery, dans son ouvrage Mauvaises pensées et autres, « politique de la vie, le réel est toujours dans l’opposition »

Boubacar SIDIBE

Le Prétoire du 23 Décembre 2013